Réalité

« La réalité est l'importance de la prise en compte de l'équité, l'importance de se montrer responsable de l'équité dans les relations » (IBN 1991).  

« la vie reçue par les anciens, poursuivie par la postérité est une chaîne de conséquences qui s'entrelacent, reliées par l'interdépendance des générations. Il y a une spécificité dans le monde humain, elle exige que chacun assume la responsabilité des conséquences dans cette chaîne. Les conséquences sont par elles-mêmes une réalité existentielle inévitable » (...)

 « L'héritage familial invisible de la justice et de l'injustice organise un contexte relationnel qui forme l'une des composantes dynamiques la plus significative du monde de l'individu. L'essence du monde de chacun est  lié à  l'éthique des relations, elle ne peut pas être maîtrisée ni par l'intelligence ni par l'ingéniosité .(IBN 1986).

«Que peut faire le parent moyen contre la réalité de la pollution de l’atmosphère, voire contre la menace d’un cataclysme nucléaire ? Très peu de choses. En ressent-il une culpabilité? Pourquoi avons-nous donné naissance à un enfant dans un tel monde ? Jusqu’à quel point est-il juste d’attendre des parents une protection des enfants pour un futur imprévisible?

Les enfants sont fondés à chercher à qui assigner la responsabilité du chaos qu’ils ont hérité. Fréquemment, ils considèrent les parents, comme les bénéficiaires égoïstes d’avantages non hérités. Les parents désarmés, transformés en bouc émissaire sont aussi fondés à réagir avec indifférence, voire une absence de pitié. Alors, qui incriminer? Tandis que le progrès technologique augmente, chaque génération est obligée de donner plus que ce qu’elle a reçu. L’injustice de cette situation doit renforcer le droit de chaque génération à être vindicatif . »(IBN)

 

 

Recevoir

Quels sont les motifs qui poussent à accepter ou refuser de recevoir au sein de la famille? Est-ce un état de détresse ? Le fait d’avoir déjà donné ? Recevoir de bon cœur est-ce rembourser par avance? Est-il si facile d'être disponible pour recevoir ? Notons qi'il y a « une différence entre l'acceptation de ce qui est donné et reconnaître ce qui est donné » (IBN 1994).

Recevoir est mériter d'exister, avoir des droits humains minimums, une légitimité à exister. 

L'enfant doit à sa mère une « somme » qui fonde sa valeur entièrement due à l'autre. Avoir peu ou rien reçu est une dévaluation de l’importance de soi, il y a une perte similaire d'avoir reçu sans pouvoir (re)donner.

Il faut une légitimité pour recevoir de bon coeur, avoir été reconnu dans des contributions, reconnu pour avoir donné: 

«Il y a une forme et une manière de recevoir qui n'apparaissent qu'avec la possibilité d'avoir pu donner » (IBN 1995 ).«Qui donne gagne de la légitimité, qui refuse de recevoir n'en obtient pas» (IBN 1998)

«Il ne faut pas ignorer la capacité de bloquer la possibilité de donner, ne pas ignorer les séquences où les parents offrent à l'enfant une possibilité de donner ou au contraire s'y opposent» (IBN 1996).«Est-ce qu'en donnant,  je reçois plus que celui qui reçoit ?» (IBN 1993)

L'enfant est tenu d'accepter les gestes parentaux, il reçoit sans poser de conditions,il se plie « dans une ivresse de soumission » à la demande parentale qu’il reçoive. « La manière la plus marquante de donner est d’accepter que l'autre donne» (IBN 1992),« recevoir est plus important que donner » (IBN 1991). l!enfant se donne en recevant, se constitue et se perd en répondant à l’oblativité. Peut-on recevoir ce qui débordent et dépassent nos capacités de réception?
Recevoir assigne à une place infantile désubjectivante et passive. « Quelles sont  les limites entre exister et être une présence pour recevoir ? » (IBN). L'enfant accepte pour tenir le lien, soutenir la mère en oubliant ses propres besoins. Il demande, est abreuvé de dons intarissables qu’il est incapable de recevoir et de supporter. 

La «charge à recevoir » fait oublier l'objet du don, le donateur envahit l’âme du bénéficiaire; il est en risque d'être annexé, dans une peur d’empiètement  et de dissolution de soi dans  l'excès de recevoir. Le désespoir de n’être qu’une cible de réception, un objet à combler non reconnu dans une tentative de donner à son tour.

Trop recevoir annule le don, interdit un rapport pacifié à soi-même et avec les autres.

Un élève inattentif  ne se centre pas sur le contenu de la transmission scolaire mais sur la jouissance ou l'horreur du professeur à transmette: par contraste « l'apprentissage est ouverture à l'autre, une offre de disponibilité, il peut être freiné par la légitimité destructrice » (IBN). 

A l'inverse s'approprier le don, « prendre » est un risque ou une opportunité d'oublier le donateur, celui-ci ne pouvant pas contrôler la réception. Que fera-t-on de son don? Le récepteur peut gagner du pouvoir par une maîtrise passive omnipotente.

 

L'adolescent, par exemple, ne veut plus accueillir les gestes parentaux, il craint de se plier en recevant, refuse, tente de naître à lui-même. Il ne veut plus donner l'occasion de donner, se "faire avoir" en recevant. il n'a pas été reconnu pour ce qu'il a fait, il ne sait pas encore donner dans la vie sexuelle.

Tout recevoir, trop recevoir pose la question de la valeur de celui qui reçoit. Il y a une peur de la dissolution de soi dans un excès de recevoir. En s’opposant à répondre à la demande des adultes de lui donner encore , le sujet adolescent ouvre-t-il à ces adultes (à la mère) un désir en dehors de lui?

Donner devient une manière de se défaire de la charge de recevoir et une amorce d’un échange plus réciproque.

Le contrôle omnipotent du recevoir, le refus de recevoir est la monnaie rendue du tout ou trop donné.

 

 

Réciprocité

 

«Il est cliniquement établi que la réciprocité dans une relation est motivée par des besoins individuels d'autogratification. Les implications de la notion de complémentarité des besoins sont basées sur des observations: chacun peut temporairement mettre de côté ses satisfactions dans la perspective d’un accomplissement au sein d'une relation plus durable. Des points de vue psychologiques comme éthiques, on déduit que dans une relation intime, le potentiel de gratifications centripètes peut être complété par des préoccupations centrifuges »( IBN 1973).

 

La psychologie du donneur (D2) intéresse moins l’approche contextuelle que l'équilibre de la relation. La thérapie contextuelle promeut un dialogue pour favoriser une réciprocité différée des engagements sur le long terme dans les relations familiales. De plus au sein de la famille il s'agit d'une réciprocité multilatérale.

La mutualité décalée assure stabilité et sécurité  émotionnelle, les partenaires familiaux acceptant la tension dysharmonique des arrangements temporaires, ils ne sont pas esclaves d’une réplique immédiate. L’escalade symétrique de la réciprocité, les rivalités mimétiques sont refus d'être ou de mettre en dette, elles tiennent le lien dans un présent éternel, sans reste à charge.

L'unisson absolue d’une réciprocité instantanée est une tentative de ne pas tenir(des) compte(s). Un tel rapport hors compte refuse la différence entre donneur et récepteur. Tout  plaisir de recevoir est immédiatement confondu avec le plaisir du donateur dans un court-circuit qui remplace la balance du donner, recevoir et rendre. Chacun assume la jouissance de l’autre, reste dans l’ignorance ou le sacrifice de ses souhaits et renonce à la séparation. La nécessité d'un ratage, d'un loupé dans l’échange est un facteur dynamique. 

Non soutenu par le crédit de ses contributions, l'enfant parentifié s'engage dans le gouffre d'une réciprocité autant idéale qu’impossible, beaucoup plus ardue qu'une réponse a une demande formulée par les parents pour eux-mêmes.

 

 

 

Reconnaissance,

«Je propose de cesser de voir dans le rapport de don une affaire de transfert de biens (…) Il s'agit ne se reconnaître réciproquement, de s’honorer, de se témoigner de l’estime; ce sont les dons reçus ou rendus qui assurent le prestige qui définissent les statuts » (M Hénaff 2002).

 

«Qu'est-ce que la disponibilité à reconnaître le don ?» (IBN 1996).«Combien de fois sommes-nous ignorés dans la vie de tous les jours? Nous prenons le risque de donner, ce risque n'est pas reconnu, il est, alors, perdu dans des manifestations de colères et de rage» (IBN 1994);

Notons : «qu'Il y a une différence entre l'acceptation de ce qui est donné et la reconnaissance de ce qui est donné » (IBN 1994) .

Le crédit, la validation permettent à chacun d’être reconnu dans l'effort singulier de ne pas disposer uniquement de lui-même. La reconnaissance concède au partenaire une valeur, sources d'exigences légitimes et de respect; elle n'est seulement politesse.

« Pour qui donne le bénéfice de mérites réside dans le geste de donner, pour qui reçoit le gain se situe dans la reconnaissance du don reçu. Le récepteur obtient-il, alors, davantage de mérites que l'émetteur du don ?  » (IBN 1996).

Parallèlement Il y a une reconnaissance du dédommage «Lorsque l'on reconnaît l'injustice que quelqu'un a subie, on  diminue la justification à revendiquer le droit à une compensation il y a un équilibre délicat, la personne peut avoir tendance à réaffirmer son droit » (IBN 1992)

«Un enfant qui n'a pas eu la reconnaissance du fait qu'il a été exploité, reste créditeur par rapport au monde humain» (IBN 1991).

L’abus de reconnaissance est une « gonflette narcissique » ou éthique, sans conditions, sans exigences, ni contributions; un lien à bon compte qui se paye de mots. La survalorisation narcissique du don et le crédit excessif se font au détriment d’un lien durable.

Valider les contributions d’un enfant nécessite de l’aider à aider, en évitant de le blâmer pour ses contributions et sans l’abandonner dans l’engagement excessif envers les adultes. L’étape essentielle vers la déparentification « consiste à permettre à la famille de reconnaître le capital de confiance qui a été puisé dans l’enfant parentifié ». Soulager l’enfant de la culpabilité de se sentir  incapable d’un retour à la hauteur des dons reçus, passe par la parole d’un parent qui identifie et proclame les gestes de gratitude envers lui. « La reconnaissance de la contribution, la reconnaissance du mérite de l’enfant diminue la parentification » (IBN). 

«À qui profite la reconnaissance ? »., « elle est plus essentielle pour les parents que pour l’enfant ». «Quand un thérapeute essaie que les parents reconnaissent le don de l'enfant, il aide davantage les parents que l'enfant» (IBN1996).« Qui exprime sa reconnaissance fait un bénéfice de mérites » car «aider quelqu'un à recevoir est une forme de donner » ( IBN 1996)

 

L’enfant non crédité recherche une reconnaissance dans un « autre monde », l’univers de la toute-puissance imaginaire ou de la performance à tout prix. L’ absence de reconnaissance de « l’enfant apportant » génère de l’incalculable; quoi qu'il donne, il ne sera pas reconnu, restera toujours redevable et s’engouffrera dans des dons sans mesure sur n’importe quelle cible. Ce déficit d'approbation, de reconnaissance habilitante des  contributions des enfants est l'un des malentendus majeur de notre époque.

 

 

Refus

Tout partenaire a la possibilité de bloquer la capacité de donner d'un autre. «Qu'est-ce que la capacité de bloquer? Comment être attentif à la capacité de bloquer…. de bloquer l'investissement de la confiance, les opportunités de donner? » (IBN 1996). .

Refuser de recevoir, ne pas laisser l'autre donner,  priver de gestes généreux un partenaire est une injustice pour celui-ci. «Une des origines de la légitimité destructrice est le refus de l'offre de donner».(IBN 1994).Les adultes qui refusent de recevoir d'un enfant, le jettent dans la dimension du pouvoir.

«Le plus grand dommage est de bloquer la capacité de donner »,

«le plus grand dommage est de bloquer la capacité de donner »

« le partenaire perd la possibilité d'acquérir de la légitimité…. au risque de devenir dépressif » (IBN) .

Qu'est-ce qu'un parent qui n'est pas disponible pour ce que l’enfant donne ? «Formuler à un enfant: tu n'as pas besoin de donner est facteur de blocage et d'inhibition pour cet enfant »

« Si je prive mon enfant de me donner, je bloque le don vers moi mais aussi le don qu'il  peut donner à l’autre parent » (IBN 1992). Une des plus fortes contraintes à laquelle un enfant peut affecter un adulte consiste dans la détermination de rompre le lien en privant l’adulte de donner. Le discours de l’enfant est, alors, dénué de toute attente, il ne comporte aucune demande et ne fait plus lien. Cet enfant qui refuse de monter sur la scène de l’échange, de tisser la navette du don, se désarrime, ne reçoit plus et  met l‘adulte hors de lui. La rancoeur et le désarroi « du manque à donner » sont le lot du parent laissé en peine de don. 

L’enfant insupportable, le mauvais bébé sont ceux qui refusent de recevoir. L'autiste refuse de manger pour ne pas satisfaire la jouissance de la mère à donner.

Se retrancher pour ne plus recevoir. Se mettre hors circuit pour refuser de participer aux nouages du donner du recevoir et du rendre provoque un  vécu désseulement radical qui condamne à un sentiment mélancoliforme d’être inexorablement mauvais et d’être hors compte abandonné par le monde humain .

Le refus de recevoir peut prendre la forme de l’anorexie: « manger rien » pour se dé-pendre de la satisfaction maternelle qui fait de  l'enfant de manière mortifère son talisman pour avoir une cible pour donner.

Par contre: « aider à donner ou aider à accepter ce qui est donné peut encourager à acquérir une légitimité constructive » (IBN)

 

 

Rendre

D’où vient l'impératif de rendre? Rien ne serait dû sauf l'exigence énigmatique de rendre ou de (re)donner ? Faut-il arrêter de rendre pour pouvoir donner?

«Qui doit à qui ? Comment le dire? Comment comprendre que l’un serait en dette envers l'autre au sein d'une relation intime? Un « juste remboursement », est-il possible dans l'univers familial?  

On ne peut  rembourser ni son existence ni son enfance qui sont des dons hors prix. Il y a là des dettes impayables l’égard de ceux qui nous ont accordé la vie. Chacun de nous est en retard pour saisir ce qui nous oblige.

S’agit-il de rendre la pareille, de s'acquitter d'une dette ou de reprendre, par un retour, l'initiative du don?

En n’osant pas se séparer des géniteurs, les sujets se ressentent-ils insolvables? Grandir est-ce tenir le parent quitte, se soustraire à ses dons?  Est-ce se sentir quitte ?

La vie n'est pas un cadeau gratuit voire un fardeau, elle inclut l'exigence paradoxale de la léguer bien qu’elle soit promesse de mort, les parents n’étant plus les garants de la vie en prenant la mort sur eux.

Dans la psychose et dans la mélancolie, la dette devient imaginaire à cause de l'impératif de rendre sans faille dans une réciprocité absolue.

Le sujet peut rendre en se donnant la mort faute de pouvoir rembourser sa vie, faute de pouvoir se venger. Il peut rendre en renvoyant la note par son décès en refusant de transmettre l'impayé des générations précédentes.

«Un sujet est-il capable de mettre un frein cette culpabilité qui force à donner plus?  il lui faut s'arrêter de rendre pour pouvoir donner, trouver l'espace d'un don généreux,  d'un don spontané» (IBN 1994)

 

 

Réparation 

L'espoir de restaurer « justice » par une compensation réparatrice  pour ce  qui a manqué n'est pas l’axe de la thérapie contextuelle.«La réparation reste impossible. L'important est d'offrir du crédit, de la crédibilité, de confirmer qu'une injustice a été  subie . La compensation s'avère impossible,..il est trop tard: l'injustice peut avoir été commise par les parents ou par n'importe quel agresseur ou encore par l'existence elle-même, tel un enfant qui perd sa mère à sa naissance. La fonction du thérapeute est celle d'un être humain: il prend la position de reconnaître qu'une telle injustice a été réellement commise » (IBN 1985). On ne peut pas corriger les injustices, ni les effacer par un rachat du passé ; mais il est  possible de réanimer des mouvements de la balance du donner, recevoir dans une relation.

En prenant en considération ses tentatives de soins, la thérapie vise à aider l’enfant à supporter « la violence liée à une situation où il n’a pas pu donner » (IBN 1996), les frustrations de ne pouvoir réparer le monde qui a été injuste pour ses parents

 

 

Responsabilité

«La question de la responsabilité dans la relation est un aspect privé de la vie humaine auquel on se confronte rarement entre partenaires, (...) on évite d'aborder le sujet, ce qui conduit à l'isolement, à un échange de plus en plus stagnant, à des relations

pathogènes et insoutenables, ou enfin à des affrontements autant douloureux que menaçants» (IBN 1980).

Mais Boszormenyi-Nagy l'affirme: «Nous ne pouvons pas nous retirer de la responsabilité des relations humaines (IBN 1992), «Le souci et la responsabilité pour l'autre sont des dimensions importantes inhérentes à chaque relation intime» (IBN1983). Il y a une responsabilité à donner en tenant compte de  soi et des besoins du récepteur et en ouvrant la possibilité d’un retour. Il y a  une responsabilité à recevoir sans s’oublier, en créditant et remerciant. Ne pas tenir les différents versants des responsabilités de donner, recevoir, rendre et demander exacerbent la culpabilité existentielle. 

«la rejonction est le terme utilisé pour décrire le processus de restauration du souci responsable pour les équilibres de la justice entre les membres d'une famille, elle est devenue la base essentielle de la méthode d'intervention contextuelle »  (IBN)

L'approche contextuelle grâce aux questions du consultant catalyse les différentes responsabilités. Elle n'est pas une injonction aux prises de responsabilité, elle ne vise pas des décisions intellectuelles argumentées, encore moins des valeurs insufflées de surplomb par le consultant. Les justes responsabilités se déclarent par la prise en considération de l’histoire du face-à-face enregistré dans le grand livre, histoires de dons, de deuils, de «choses jamais eues ». Les responsabilités se soutiennent du vécu, du constat du côté vain des réparations et de la récupération sur des tiers innocents des torts subis dans le passé. Elles se confirment dans l'expérience du gain à donner. 

Il ne s'agit pas d'oublier l'enfant concerné : « Comment se présente-t-il comme personne responsable » (IBN) face aux partenaires de sa famille? « Tout parent malade souhaite que son enfant lui vienne en aide….. L'enfant loyal n'est pas toujours d'accord sur ce qui doit être fait en priorité. Il examine le plus important pour le parent et ne réalise pas seulement le dessein du parent… il doit tenir compte des générations suivantes. Tant que l’enfant examine comment peut-il s’y prendre pour faire face à ses obligations…il est loyal. (IBN)

 

Ressources

Les ressources relationnelles «sont de nature dialogique» (IBN 1994), elles se manifestent lors de circonstances par lesquelles deux partenaires peuvent améliorer leur relation et se venir en aide.

Les ressources appellent trois points, dans le premier,« je perçois que l'autre a besoin de moi», dans le second «il est face à un danger réel, une situation cruciale pour sa survie et enfin j'ai la possibilité de faire quelque chose pour lui. Dans la conjonction de ces trois points  surgit la possibilité d'embrayer de la légitimité constructive de manière automatique»(IBN 1993).

« Les ressources relationnelles sont les moyens, des opportunités factuelles nécessaires, par lesquelles les proches s'améliorent en venant en aide à eux-mêmes et à un autre membre de la famille », 

« les ressources relationnelles sont une conjonction d'avantages »,  

« les moments où deux personnes peuvent acquérir une légitimité constructive » (IBN).

«Dans une relation entre A et B, Il faut rechercher le moment de ressources qui permet à A de donner et à B de  donner». (IBN 1995).

La thérapie contextuelle recherche les « réserves de dons non utilisées » (IBN 1991), elle catalyse les ressources positives sans se focaliser sur la suppression des symptômes. Elle vise à «augmenter les ressources et moins à supprimer la pathologie», « Il est beaucoup plus délicat de mettre en avant des ressources que les éléments pathologiques », «il est aussi plus aisé de mettre en exergue les blessures que les ressources. La thérapie contextuelle voit les ressources dans le fait de retrouver une capacité de donner et elle tente de promouvoir la possibilité de donner» au sein de la famille humaine, « Les animaux supérieurs qui tirent profit de pouvoir donner»(IBN 1991)

Les ressources procurent l’énergie qui permet d’actualiser les loyautés. Mais demeure la question « de la balance entre la quantité de blâmes et les possibilités de ressources ?» (IBN 1994).

« Si le consultant inaugure l’entretien par une question formulée en termes d’appréciations négatives des parents, la personne sera bloquée par  loyauté. Par contre si on énonce : « Comment aidez-vous vos parents ? la personne abordera les aspects négatifs avec plus de facilité, Il y a là un point méthodologique important » (IBN 1996).

Lorsque le sens des vies se déchire devant les occurrences du destin: l’absence de toute compassion, l’ignominie d’un proche, lorsque l'humanité se délite dans une tragédie: reste-t-il des ressources ? «Comment une personne peut-elle gagner un retour indirect dans cette situation? » (IBN 1995),« demeure-t-elle un fardeau jusqu'au bout ou ouvre-t-elle une possibilité de donner ? ». « Donner serait alors l’unique ressource disponible » ?  (IBN). La recherche des ressources relationnelles par le consultant provoque des contre-réactions par peur d’annihiler la légitimité destructrice, comme si renouer des liens   équivalait à réparer en annulant les injustices subies par le passé dans ce lien .

 

 

Retour direct, Retour indirect

« D'où vient le bénéfice de se montrer généreux, qu'est-ce que la dialectique de  la possibilité de recevoir par le fait d'avoir donné? D'où vient ce gain? Il ne provient ni du partenaire ni de la balance du donné et  du reçu. De quelle manière affecte-t-il la personne?» (IBN 1993).

« Quand je donne ma valeur s'améliore-t-elle ?» «Quelle est la nature du changement de ma stature, la nature du surplus éthique émanant de mon acte de donner», (IBN 1995).   

                           

«Qui remercier pour le surplus éthique?» (IBN 1991). 

«Un sujet est plus enclin à donner à se risquer de nouveau à donner s'il a fait l'expérience du retour direct et du retour indirect » (IBN 1994). «Suis-je davantage près à prendre le risque de ne pas obtenir de retour direct lorsque j'ai fait l'expérience du retour indirect. S'agit-il d'une réalité clinique ou d'une pure hypothèse intellectuelle ? Aucune relation n'est entièrement coupée de la relation avec l'espèce humaine en général.

Dans les périodes de grandes crises, les conflits interpersonnels se modulent, il y a un couplage entre les décisions d'un gouvernement de faire la guerre et ma relation avec un partenaire. L'existence de la justice et de l'injustice est une hypothèse mise en place par la majorité des membres de l'espèce humaine »(IBN 1992)

«En donnant est-ce que je reçois davantage que le bénéficiaire du don? ». 

«Le retour indirect à travers le risque de donner est-il plus important que le fait de recevoir? (IBN 1993). 

 

 

«Dans les relations verticales ce qui se déploie est principalement de l'ordre du retour indirect, dans les relations horizontales l'échange est de l'ordre du retour direct: l'un rend en fonction de ce qu'il a reçu de l'autre (IBN 1994).

«Le projet de donner est-il une possibilité de recevoir de manière indirecte ? » (IBN 1995)

«Recevoir un travers le fait de donner ne nécessite aucun altruisme, Il y a là une garantie de retour indépendant de la réponse du partenaire, Combien le partenaire peut rendre n'est pas important. (IBN1994).

«On peut donner à l'enfant de manière directe ou ouvrir pour lui la possibilité de donner »(IBM 1998)

« Dans une partie, qui donne reçoit : c'est le gain indirect, ce retour est la possibilité de recevoir  de manière indirecte. Si un tel gain n’existait pas, nous serions dépendant de ce que l'on reçoit en retour »...... «Si nous recevons de manière indirecte lorsque nous donnons, nous sommes moins dépendant du retour direct » (IBN 1994). Mais «le retour indirect m'est pas déterminé par l'absence de retour direct et nous ne pouvons pas anticiper, planifier les retours indirects» (IBN1997)

« Sans le gain indirect, nous serions  assujetti à ce que l'on reçoit en retour de nos avances » répète Boszormenyi-Nagy. Il continue le donateur « ne peut pas contrôler ni maîtriser le retour direct, c'est la part de l’autre » .

« Je ne suis pas responsable de ce que le partenaire reçoit de manière indirecte, je suis responsable du retour direct » (IBN 1995). 

« Le retour indirect est automatique. La plupart des thérapeutes se fixent sur le retour direct et ne tiennent pas compte des changements opérés grâce au retour indirect». «Comment peut-on distinguer gain indirect et gain direct? Le retour direct questionne la relation en terme de plus ou de moins, Le retour indirect ne peut rentrer dans cette équation de plus ou de moins » (IBN).

il y a une forme, une manière de recevoir qui n'apparaît qu’avec la possibilité d'avoir pu donner. Le fait de s’engager, d’avoir le projet de vouloir donner est déjà une possibilité de recevoir de manière indirecte.Mais,« le fait de trop donner n'implique pas que l'on reçoive un retour direct».(IBN 1993)

« Les parents donnent comme s’ils se trouvaient dans une situation de retour équitable. Ils continuent à donner même sans  retour de l'enfant malade. Les parents sont dans une position injuste, ils doivent donner plus à l'enfant malade sans une attente un retour direct de l’enfant; il y a là « une injustice irréversible» (IBN) facteur de surplus indirect. Il en est de même lorsqu'on devient plus juste avec la mémoire d’un mort. 

Le don a une vertu d’élévation, en échange de l’objet ou du geste donné, le sujet acquiert un dépassement, une richesse, un surplus d’être. Le donner et le recevoir travaillent la taille, la marque, l’estime, la grandeur, l’étoffe, des protagonistes au sein de la famille. Pour les anthropologues, le don métamorphose; assure une « allure » à un sujet qui devient une « auctoritas », un « Big man », homme dont émane du «mana». La possibilité de gagner quelque chose de manière indirecte, de gagner une validation de soi fait gagner aussi l'espèce humaine. "Le gain indirecte est un gain pour l’humanité, l’acte de donner dans le microcosme fini par s'accumuler dans le macrocosme  de l'espèce humaine » (IBN 1996).

 

 

 

Retrait

Donner nécessite une part d’effacement de soi du donateur pour permettre au récepteur de « prendre » l’objet offert. À l'inverse l'omniprésence du donateur provoque sidération et fait oublier l'objet offert. 

En contraste avec les liens familiaux, un trait spécifique du marché réside dans la facilité avec laquelle les acteurs peuvent sortir des relations. 

Dans les contextes familiaux,« la plus grande injustice est d'être privé de donner », «Des enfants peuvent ignorer un parent par désespoir de ne pouvoir faire quelque chose dans sa direction» énonce Boszormenyi-Nagy.

 

«Ce qui me met en colère et me navre est que tu me prive de pouvoir te donner par tes agissements sur mes enfants» dit une patiente de Boszormenyi-Nagy à un de ses parents.

Toute une série de manifestations ont à voire avec des essais de se déprendre, de se délester de l'excès d’un don, par exemple: refuser un objet de désir, renoncer à demander, perdre ou casser un jouet. Il y a là des démonstrations de révoltes et d'émancipations à l'égard des parents. Une guerre pour ne plus recevoir surgit, elle interpelle particulièrement le parent au plus vif  de sa fonction et le laisse dans le deuil et l'angoisse de ne plus donner. Il y a là des proximités avec les notions d'autoparentalisation et d'autosuffisance générationnelle hors du monde adulte de Jacques Lévine( Lévine, 2003)