Légitimité constructive

«Qu'est au juste  cette amélioration de soi pour avoir donné ? » (IBN) En thérapie contextuelle, il s’agit d’une « garantie » éthique, d’une assurance de grandeur, de hauteur humaine qui s’actualise par et dans une relation  Somme des mérites obtenus par le sujet qui « donne » à un partenaire, « la légitimité n'est pas un attribut de la personne comme le nez au milieu de la figure, comme le surmoi. Un mort de par ses contributions passées ou leurs conséquences peut acquérir une légitimité retard » (IBN) .

Ce « paquet éthique » apporte l'énergie nécessaire à la conduite de sa propre vie. Le «surplus éthique» autorise une liberté de donner, de s'engager dans une spirale de validation de soi;

« Le projet thérapeutique est de permettre à chacun d'avancer dans la spirale de validation de soi » (IBN).

Un sujet sur-légitimé  (overentitled), « ne peut jamais échapper à la nécessité de gagner davantage de légitimité » (IBN). La légitmité constructive est le gain de préoccupations envers un proche, la légitimité destructive (ou vindicative) résulte du refus de ces mêmes préoccupations, elles représentent des conséquences d’essence opposée. Elle est un acquis durable et « demeure lorsque les plateaux la balance se sont redéplacés » (IBN 1991).

Les sentiments de légitimité d’une personne peuvent coïncider ou non avec le fait d’être légitimé. 

«Quelle est la nature de ce qui est donné pour qu'il ait pour conséquences un gain de légitimité?» (IBN 1991).

«.Nous pouvons chercher les composants de la légitimité dans le donner et le recevoir» (IBN 1997).

«La légitimité est du donner non remboursable qui pourtant n'empêche pas  de donner»(IBN 1985).

Elle est la somme des mérites obtenus par le sujet qui « donne » à un partenaire. Mais « la clé pour gagner le plus de légitimité repose sur le parentage, sur la possibilité de donner aux futurs générations » (IBN 1985).

« Quelle est la source de ce qui est "en plus" de ce qu'il y a de personne à personne.» (IBN 1997).

 Ce « paquet, ce surplus éthique, à quoi sert-il ? A-t-il une poignée qui permet de s'en saisir? Chacun porte un paquet éthique, le partenaire un autre paquet» (IBN 1994).

«Sommes-nous scientifique ?  Un tel paquet éthique peut-il être une quantité quantifiable ? (IBN 1994).

«Les légitimités destructives et constructives représentent des mérites, elles  s'obtiennent par accumulation de mérites, toutes deux sont inaliénables, elles sont co-motivateurs de l'action » (IBN 1995). Elles demeurent «la racine éthique de la motivation» (1992) apporte l'énergie nécessaire à la conduite de sa propre vie..

La légitimité ou bon droit ne peut être transférée d’une relation à une autre, « le ticket pour le train n'est pas pas valable pour le bateau»(IBN 1991.). «La légitimité correspond au domaine de juridiction d'une relation, elle n'est pas globale » (IBN 1993). «La légitimité est scellée, on ne peut la charger dans une juridiction différente de celle où elle est née» (IBN 1994), Mais toute personne qui a gagné de la légitimité dans une relation, pourra échanger avec plus de liberté et de confiance dans d'autres relations. En 1998 ,On trouve la formulation: «Il est possible de la gagner de la légitimité puis de la transporter avec soi»

La légitimité permet de lutter contre l’aspect autodestructeur de chaque vie humaine et ainsi d’être moins agresseur dans le rapport à soi-même: « chaque être humain possède une part d’autodestruction, s’il a acquis de la légitimité, il aura moins de violence vis-à-vis de lui-même» (IBN 1993).« La légitimité acquise freine la destruction vis-à-vis de soi-même» (IBN 1993). L'absence de légitimité produit inhibition et dépression.

La légitimité autorise un gain de liberté au sein des liens, « la liberté acquise n’est autre que la liberté de donner » et de s'engager dans de validation de soi. 

«Plus un sujet donne, plus il gagne de légitimité, plus il donne ..... La légitimité pousse à donner puisque donner procure de la légitimité» (IBN 1995).

Le sujet «en manque de légitimité  ne se sent plus apte d'en gagner; déprimé,

il est à plat avec « un réservoir vide de légitimité ». .

​Un sujet sur-légitimé  (overentitled), « ne peut jamais échapper à la nécessité de gagner un surplus de légitimité » (IBN). « Gagnez de la légitimité est un but»

La légitmité constructive est le gain de préoccupations envers un proche, la légitimité destructive (ou vindicative) résulte du refus de ces mêmes préoccupations.

Les deux versants de la légitimité représentent des origines et des conséquences d’essences opposées, mais «La légitimité destructive est très proche de la légitimité constructive, il  est heureux qu'elles existent toutes deux» (IBN1997).

On ne confondra pas crédit et légitimité : «je suis malade mon fils m'aide, Je peux le reconnaître, le créditer, c’est important pour lui. Mais la légitimité qu'il accumule provient de l'acte réalisé et non pas de ma reconnaissance de sa contribution », «la légitimité prend racine dans l’acte de donner et non dans la personne qui reçoit » (IBN 1996).

«L'essence de la légitimité ne provient pas du partenaire, elle surgit entre moi et le monde» (IBM 1994).

« Que gagne un parent lorsqu’il il donne à un enfant handicapé qui ne pourra pas rendre? Qu’en est-il du risque d’investir à perte? La légitimité n’est pas gagnée face à un partenaire mais face à l’humanité».

«La clef pour le plus grand gain de légitimité repose sur la parentalité et la possibilité de donner aux générations futures. Si la nourriture est la clef de la survie biologique, par analogie, la capacité à obtenir de la légitimité sera la clef de la parentalité »(IBN).

Le « tribunal général de l’humanité » se  définit comme « une attente collective d’équité capable d'évaluer les mérites et les obligations».
 

«Les légitimités destructives et constructives représentent des mérites, elles  s'obtiennent par le mérite, toutes deux sont inaliénables, elles sont co-motivateurs de l'action » (IBN 1995).

Elles demeurent «la racine éthique de la motivation» (1992) apporte l'énergie nécessaire à la conduite de sa propre vie..

«La légitimité d'une personne organise le champ relationnel autour d'elle»   (IBN 1993);

 

 

Légitimité destructive (destructive entitlement)

Qu'est-ce qui pousse un sujet à mettre en oeuvre  une « obligation destructive », voire «une liberté de léser» ou «un bon droit  dont les conséquences sont des manifestations destructives » (IBN 1990). la legitimité destructrice est un droit à un dédommagement, à «une prétention justifiée à une compensation », à une revanche, une vengeance ?

« La légitimité destructrice est dérivée d'une injustice non partagée et non reconnue. Elle n'est pas une faille psychologique, même si elle est tressée avec des conséquences psychologiques. Elle est maillon de la chaîne des conséquences qui sont en rapport avec une blessure de la justice de l'ordre humain. La légitimité destructrice est un résultat final d'un échec parental à honorer la légitimité inhérente avec laquelle chaque enfant née, ipso facto le bébé mérite de la considération » (IBN 1987).

«L'injustice fait surgir la légitimité destructrice», on reçoit quelque chose lorsqu'on obtient  et l'on possède de la légitimité destructrice, c'est un crédit même destructeurs»

«Est-il possible d'être lésé  sans obtenir une légitimité destructrice? Se venger sur le champ effacerait cette légitimité  destructrice ?»

«La légitimité destructrice est le droit de ne pas être redevable, mais le sujet peut passer au dessus de ce droit».

«Elle est une force qui ralentit la mise en route de la vengeance»

«La légitimité destructrice est un droit exercé sur un tiers qui a des conséquences néfastes et n'est pas justifié pour ce tiers» ( IBN).

Le porteur de légitimité destructrice et un « ayant droit » à des « dommages et intérêts» est tenté de focaliser tous ses rapports sur une prétention à des dédommagements. Il est en risque de se dispenser de bienveillance, de remords et de gommer toutes autres options dans la relation. L’injustice du passé est une ouverture à une infraction dans le présent, elle laisse libre cours à une liberté d’attaquer, enlève toute repentance.

« L'exercice de la légitimité destructrice dépend des circonstances » et des partenaires, Le porteur de légitimité destructrice a-t-il plus de difficultés pour arracher compensation aux plus vulnérables ou voit-il une opportunité et une liberté d attaquer plus aisément ces personnes en détresse? L’injustice nouvelle ignore souvent les gradations dans la rétorsion dans les relations du présent . 

 

Qui n'a pas reçu son dû durant l’enfance, voit les autres comme créanciers à son égard. La légitimité destructrice peut prendre deux formes: la certitude que la promesse de la naissance n'a pas été acquittée ou ce que le sujet a donné n'a pas été honoré mais considéré comme normal.

Quelque chose d'irremplaçable n'a pas été donné. L’'enfant n'a pas reçu assez de sollicitude; les apports pour une vie de confiance n’ont pas été délivrés. Il n’a pas bénéficié de soins adéquats, de parents ignorants ses besoins et ses droits, L’enfant est dépossédé de ce qu’il est en droit d’attendre, dépourvus des éléments pour une vie de relation, on ne lui pas délivrées suffisamment de limitation ni de bienveillance, Le parent n'a pas payé le prix de son souhait de le lancer dans la vie. La légitimité destructrice fait vivre le sujet dans le monde du ressentiment et d’un dû à l'égard de tous: « C'est à toi de payer, commence par donner toi » pourrait-il dire, ensuite je pourrais vivre; on n’a pas acquitté la dette à mon égard qui me permettrait de vivre, je suis sans merci ». «Acquérir une légitimité destructrice est peut-être une bonne solution, pour avoir un droit à réclamer quelque chose» (IBN), la réclamation est une exigence qui prive de demander.

 

Le sujet s’autorise, alors, à vivre sur le mode dérogatoire, se considère comme une « exception » ayant des droits à la transgression, à l’exploitation. Ce qui était dû au sujet ne l’a pas été; personne ne s’est montré soutenant dans une enfance volée. Le manque à recevoir invite au refus de pactiser et pousse à déroger au cycle du don ou à attendre une compensation de personnes plus vulnérables que soi. Les offres des partenaires actuels ne seront jamais à la hauteur du tort passé et apparaîtront comme des dédommagements dérisoires. Le sujet fait une évaluation de ce qui n’a pas été donné et ne le sera jamais, ce qui n’a pas été donné autour de la naissance  ne peut plus l’être. Il s'agit d'aider le patient à reconnaître qu'il ne sera jamais dédommagé, la justice réparatrice est impossible, il n'y a pas de compensation possible. « Vous n'avez pas reçu ce qui vous été dû », formule le consultant pour soutenir un sujet à reconnaître qu'il ne sera jamais remboursé. La justice rétroactive est impossible, il n'y a pas de réparation ni compensation possible. 

 

Le porteur de légitimité destructrice peut être un sujet qui à donné sans recevoir un retour ni une reconnaissance, il a un "avoir" chez ses ascendants, un "avoir" sur un monde injuste. L’enfant bafoué sans crédit pour ses engagements et son dévouement, privé de reconnaissance est en décrochage subjectif du monde des adultes ou du monde humain. S’il ne reçoit que disqualification en échange de ses « avances », s’il est blâmé pour les échecs relationnels des adultes; il finit par considérer le monde comme débiteur. 

Toute tentative ultérieure pour faire valoir ses droits deviendra une revendication maladroite, une vengeance à caractère substitutif, une récupération. Il devient lui-même auteur d’une nouvelle injustice. La légitimité destructrice provoque un cercle vicieux. Le sujet arrache son droit en provoquant des dommages, fondé à attendre un remboursement, il accumule paradoxalement de nouvelles dettes. 

«Si une personne lésée ne porte aucun dommage à un tiers mais à elle-même, elle augmente sa légitimité destructrice. Les sujets anorexiques ou toxicomanes portent dommage à ceux qui doivent prendre soin d’eux (....); ils parentifient l'entourage» (IBN 1997). 

Le délinquant a une créance envers le monde qui a été injuste, il a ressentiment profond, un droit de prendre une compensation unilatérale de quiconque dans le monde. « C’est là le piège d’une telle situation : le jeune vole, se drogue prétend  avoir droit à une contrepartie pour les dommages subis, il a une justification issue de sa propre histoire pour obtenir compensation. Mais simultanément, il crée un nouveau dommage qui n’est pas justifiable » (IBN 1996).« Se venger  sur un innocent ne diminue en rien la légitimité destructrice, la recherche d'une compensation dans la délinquance ne s'arrête jamais » (IBN 1995).

Dans l'avancée de l’oeuvre, le droit destructeur proviendra de plus en plus de ne pouvoir donner et moins de n'avoir pas ou peu reçu: «La source la plus marquante de la légitimité destructrice s’enracine dans le fait de ne pouvoir donner » (IBN). « Les chances de pouvoir donner se répartissent-elles de manière équitable dans une relation ? », « si le partenaire refuse de recevoir ou ne me laisse pas donner, je suis lésé », « qu'est-ce qu'un parent qui ne peut pas recevoir de son enfant?» (IBN). 

Se considérer comme un créancier infiniment lésé peut provoquer un générosité abusive en excès qui ne prend pas en compte les besoins, les demandes du partenaire. Donner peut-il, alors.                 le fait de n'avoir rien reçu? 

La légitimité destructrice se traduit par une impuissance à appeler, une difficulté à demander qui ne tolèrent pas les réponses jugées comme autant dérisoires que la non réponse. « La légitimité destructrice un refus de s'occuper à gagner de la légitimité » (IBN) .

« Avoir une légitimité destructrice » protège d’une action immédiate, freine le passage à l’acte vengeur, aveugle et chaotique. « Le monde est plus juste si le sujet est reconnu dans son droit destructeur », son droit suspendu de réplique négative. « La légitimité destructrice ne peut jamais être annulée, il y a un avantage au fait de ne pas pouvoir l'éradiquer, il y a un élément de justice au fait que ce droit à une compensation ne puisse être enlevé à qui l’a acquis par l’accumulation de dommages ». Le surplus éthique, ces droits supplémentaires de l’expérience d'avoir été lésé ne diminuent pas, même  si le sujet victimise un autre, « la thérapie ne change pas la légitimité» (IBN 1993) .

Le consultant fera cette distinction entre « avoir » une légitimité et agir sur la base de cette légitimité.

« Le thérapeute est-il plus pertinent en empêchant d'agir sur les bases de la légitimité destructrice ou en indiquant les avantages se mouvoir dans la légitimité constructive ?» (IBN 1995). S'attaquer a la légitimité destructrice est la renforcer, ce n'est pas là une solution»  (IBN 1994), «plus j'attaque la légitimité destructrice de quelqu'un plus je la renforce » (IBN 1998), donc «ne jamais s'en prendre à la légitimité destructrice de quelqu'un même par des questions» (IBN 1995) . L'option n'est pas de supprimer ou diminuer le droit destructeur mais de permettre au sujet de ne pas agir en son nom. «Le thérapeute diminue  l'étayage sur la légitimité destructrice en permettant une reconnaissance des dommages» (IBN 1995).

L’ entretien familial ne changera donc pas la nature de la légitimité, le sujet s’appuiera moins sur celle-ci, mais il reste possesseur du droit de revanche. Il n'y a pas de fin à la question de l’injustice, elle ne s’use pas avec le temps, par contre elle est toujours un facteur d’énergie. 

Le refus de chercher des ressources relationnelles est signe de légitimité destructrice. « La légitimité destructrice renforce le droit de chacun de ne pas améliorer les relations au sein de la famille».(IBN ),« La légitimité destructrice accumulée d'une personne freine le projet thérapeutique qui l'encourage à s'ouvrir à donner (IBN 1992) pourtant plus cette personne est lésée plus elle a besoin d'un tribunal.

L'absence de légitimité abaisse le sentiment d'exister. La légitimité constructive implique un potentiel de séparation.

Liberté

«La dimension éthique de la réalité relationnelle représente les sources majeures de liberté personnelle, elle fonctionne comme un parapluie qui couvre toutes les autres dimensions » (IBN1986)

La légitimité contribue à la liberté d'action à prendre à nouveau le risque de donner  même s'il n'y aura pas de retour. « la liberté acquise n’est autre que la liberté de donner », de s'engager dans une spirale de validation de soi; « plus un sujet donne, plus il gagne de légitimité, plus il donne ». La légitimité invite à donner puisque donner procure légitimité et liberté.

 

Lien,

 

Dans les liens choisis, les partenaires se trouvent en position d’égalité, ces rapports se caractérisent par des engagements plutôt réciproques, ils peuvent rentrer en confrontation avec les liens dits « non choisis, irréversibles », c’est à dire les liens parents-enfants plus dissymétriques. 

Le don à une force de liaison, de maintien, de confrontation, de renforcement de ces différents types de liens. Le don qui ne vise que le lien est emprise. Jusqu’à quel point, l’objet, le plaisir donnés font-ils oublier le donateur dans un moment de jouissance ou/et renforcent-ils l’attachement à celui-ci? Ont -ils simultanément un pouvoir de régénération des liens et un pouvoir de détachement par rapport au donateur? 

«L’enfant a la capacité de créer des liens entre les adultes», «L'enfant a la capacité  d'amener les parents à se préoccuper des parents» (IBN 1993).

 

Loyauté

Caractéristique essentielle de la vie familiale, les liens de sang et la loyauté restent indéfectibles. On ne peut pas être entièrement propriétaire de soi-même. La loyauté indique qu’une partie du moi est en indivision, elle n’appartient pas en propre au sujet, elle est dévouée aux siens à leur merci, le sujet se (la) doit. Paradoxalement « l’indivision » engage la source de la subjectivité.

«La loyauté est une attente intense de l'humanité » (IBN), « une attente collective d'équité du le tribunal général de l’humanité ». Le fait d’avoir été conçu, reçu la vie, survécu et d’avoir pu grandir forme le socle de la loyauté filiale. «Les parents attendent de la loyauté de la part de leur enfant », il a reçu  des soins, « le retour n'est pas d’obliger l'enfant à obéir, la loyauté n'est pas intégrée dans le désir des parents »; elle trouve sa source dans la balance relationnelle. La vulnérabilité des plus jeunes est un appel à la loyauté des adultes, l’enfant se ressentira redevable dans l’enchaînement relationnel entre parents et ascendants. 

La loyauté est toujours un choix, preuve et épreuve de la liberté de donner. Elle se présente comme une priorité d’égards, un engagement privilégié pour les racines nourricières. Elle est partialité par des prérogatives préférentielles en faveur des partenaires familiaux qui ont aidé; ils ont droit à une contrepartie pour leurs « avances ».

notons que: «Se sentir loyal est  différent d'être loyal, la loyauté est dans l'essence de la relation »

Dans Invisible Loyalties, la loyauté apparaît  amarrée au fait « existentiel » que tout être humain est introduit au monde par ses parents. La loyauté est la «dette congénitale» des jeunes générations envers les plus anciennes. Chacun entame sa vie à crédit: «Chaque humain est porteur d’une dette existentielle. Elle provient de la réalité que nos parents ont été bienveillants durant notre enfance et ont  

mérité notre confiance. Tant que l’enfant vivra, il ne sera jamais quitte de cette dette envers ses parents. » (IBN). «Si j'ai un grand besoin de donner (D2), je peux donner à n'importe qui ! Quelle est donc la spécificité de donner à ses parents? Donnons-nous en fonction de ce que nous avons reçu ? (IBN 1991).

Ce lien de loyauté influence le rapport de chaque sujet humain envers le monde humain.

Le conflit de loyautés émerge dans des situations de loyautés concurrentielles: à qui donner une priorité d’égards? Qui a une primauté pour recevoir ? Si le consultant se veut meilleur parent que les parents et attaque ceux-ci, la loyauté de l'enfant se retourne contre ce consultant.« En présence d'un étranger lors du premier entretien thérapeutique, l'enfant est le membre le plus préoccupé à ne pas être déloyal à la famille, » (IBN).

 

De quels types de loyauté mon père, ma mère ont-ils besoin ? De quelle sorte de loyauté l'enfant a-t-il besoin ? Un sujet peut se ressentir loyal, mais seul le dialogue avec le partenaire pourra le confirmer. Insistons les sources de la loyauté ne se situe pas dans le « désir des parents » mais  dans les comptes relationnels entre enfants et parents.

Loyauté et conflits de loyautés sont difficilement séparables. Ils surgissent dans les configurations triadiques; un sujet est écartelé, empêtré entre deux cibles qui ont des droits de redevances, d’égards proches. Chacune de ces cibles a des raisons justifiées d’être considérée de façon prioritaire, par exemple un enfant est sommé de départager deux parents « affamés » de sa présence.

Dans la maturité de l’œuvre, l’évolution du concept de loyauté n’est plus liée au passé. Les droits de la postérité importe plus que les droits du passé. La loyauté n’est plus une obligation de rendre par un juste retour, elle est davantage liée au droit de donner. Être redevable crée la possibilité de donner. La loyauté n'est plus un dû mais prétexte pour donner. L’enfant maltraité, par exemple, «offre plus de loyauté au parent déméritant qu'au parent méritant. » (IBN 1993). Il a le droit de se préoccuper de ses parents, il a le droit d’être aider pour rendre ses parents plus responsables. Le droit destructeur provient maintenant davantage de ne pouvoir donner que de ne pas avoir reçu manière équitable.

Un clivage de loyauté survient lorsqu’un sujet est acculé à choisir un partenaire au détriment d’un autre, sans possibilité de jongler pour répondre aux obligations envers chacun. Des parents « suffisamment bons » chacun  isolément se révèlent incapables d'être bons ensemble; pour l’enfant donner à un premier devient incompatible avec donner à l’autre et recevoir d’un premier est trahison du second. 

Le clivage de loyauté surgit lorsque les adultes sont profondément déchirés par une méfiance réciproque et un mépris mutuel. Tout geste, d'un protagoniste est disqualifié par l’autre, jugé dangereux pour l’enfant. Une attente confiante envers l’un de ses parents provoque méfiance de l’autre côté. La situation triangulaire du clivage élimine toutes possibilités de liens pacifiés, l'enfant est vécu comme un bras armé d'un parent contre l’autre. 

« Si un entretien se base sur la déloyauté de l'enfant vis-à-vis de ses parents, le consultant est en mauvaise posture. Pour le professionnel, il est moins dangereux de ne pas tenir compte de la loyauté entre conjoints que de la loyauté entre parent et enfant » (IBN 1994)


Loyauté invisible ou indirecte 

La loyauté invisible se manifeste de façon indirecte par l’indifférence, l’irrésolution fuyante ou ambivalente vis-à-vis d'un partenaire qui compte. Déloyauté à une première déloyauté, la loyauté invisible sabote toute disponibilité dans une relation nouvelle, sans pour autant exprimer  engagement et considération envers le partenaire initial de loyauté. La loyauté invisible est une attitude au sein d'une relation, sans l'exprimer officiellement le sujet «détruit une relation pour être loyal dans une autre» (IBN)

.«Le phénomène de l'ardoise pivotante est une présentation différente de la loyauté invisible. Les conjoints peuvent se jeter des meubles à la tête, ils importent au sein de leur relation des problèmes extérieurs: les comptes à solder avec la famille d'origine de chacun.» (IBN 1985).

« Quelle est la balance de loyauté entre la famille d'origine et celle du mariage » (IBN); Un sujet « déserte » une relation de couple pour être loyal clandestinement à une autre, il porte atteinte à son couple par une loyauté invisible à ses parents. «L’impuissance, l’éjaculation précoce, la frigidité peuvent être appréhendées comme des témoignages de loyauté indirecte à la famille d’origine» «Les racines les plus cachées de la culpabilité et de l’inhibition sexuelle doivent être envisagées comme la crainte d’une déloyauté envers la famille d’origine. » (IBN 1991).
Le drogué lui « n'est pas plus disponible à sa famille qu’envers des tiers, il n'a pas plus d'engagements actifs vis-à-vis de ses parents que vis à vis des  tiers »

Le consultant contextuel cherchera à substituer aux conduites de loyauté invisible des gestes manifestants un engagement ouvert envers le partenaire premier de la loyauté .