E

Emigration  Empathie Emprise Endettement Énergie Enfant Envie destructrice Équilibre    Équité   Éthique relationnelle Exil Existence Exonération,

F

Facilitation Famille Fantasme Fiabilité Filiation Frustration,

 

 

 

Émigration

Comment mobiliser la dette d’un héritage quand les ancêtres sont éloignés, ignorés ou proscrits? Comment, alors, un sujet peut parvenir à se faire le récepteur, le garant, porteur, relayeur de transmissions psychiques et culturelles?

Être déloyal est ne pas reprendre et honorer le capital culturel qui a fait vivre les générations précédentes; les enfants d'émigrés sont freinés dans le respect et le culte des ancêtres, ils mettent en péril les moeurs et la culture des ascendants. Ancêtres qui n'ont pas assuré la survie des enfants, les obligeant à quitter le lieu de l’origine et à se retrouver dans des pays où les rues ne sont pas pavées d’or. Le patrimoine des origines est dépouillé d'une partie de son sens du fait qu’il n'a pas réussi à faire survivre les nouvelles générations. Les difficultés, les échecs des enfants nés dans le pays d'accueil est une manière de gérer la « trahison » d'avoir quitté la terre de la naissance, leurs réussites validant l’effort des parents. L'exil provoque une dette énigmatique et paradoxale vis-à-vis des générations passées, la loyauté des descendants est plus importante envers un peuple qui a  souffert : « Les rescapés qui ont survécu, réussi à vivre dans des conditions plus favorables que leurs proches demeurés dans l’indigence ou sous la domination d’une occupation, ont une dette envers ces victimes : Comment peuvent-ils témoigner en faveur des victimes tués ou persécutés ? Comment contrebalancer par des oeuvres qu’ils ont pu développer, les torts que les rescapés subissent? » ( IBN,BGAT, 1986).

 

 

Empathie

L'empathie est un élément de la partialité multidirectionnelle, elle permet au consultant de pressentir les demandes et les degrés d'injustices des membres de la famille pour formuler des questions qui amorcent leur dialogue. La justice n’est pas un observable, elle nécessite paroles et témoignages des protagonistes.

 

« Quant le thérapeute invite le patient à énoncer son ressenti, il favorise l'empathie  à son égard; en demandant quelle est sa manière d'aider les autres, il donne crédit» (IBN 1994).

Ironiquement Boszormenyi-Nagy conseille d’user de l’empathie lorsque, comme ami, nous sommes devant un couple en train de divorcer. S’identifier à la souffrance de l’un ou de l’autre suscite moins de risque de ruptures de l’amitié que d’ouvrir la question de la justice dans ce couple! « Si vous voulez rester en bonne entente, n’ouvrez pas la question de la balance éthique entre les protagonistes ! », « L'empathie est un premier élément de la partialité multididirectionnelle auquel s’ajoute la possibilité de faire crédit ou de permettre aux proches de se donner du crédit.(IBN,1991). Par expérience et avec une identification alternée à chacun, le consultant tente de pressentir les injustices.

L'empathie multilatérales oblige à considérer «les intérêts de chaque membre de la famille à  partir du point de vue de tous les autres, et non pas uniquement à partir du point de vue d'un seul membre de cette famille ou encore à partir de sa perspective personnelle du thérapeute » (IBN 1981)

Ses intuitions ne certifient rien, elles l’aident à formuler des questions évoquant une injustice entre les deux partenaires. Le consultant se garde de consoler chacun ou de prendre sur lui de réparer les dommages.

Donner exige de l’empathie envers le partenaire bénéficiaire, recevoir nécessite aussi de l'empathie d'où une confusion de soi et d'autrui dans le toujours mal partagé du donner et recevoir, Recevoir est s’identifier au bénéficiaire qui s’identifie au récepteur. « Le manque d'empathie résulte du blocage de la possibilité de donner » ( IBN 1996 ). 

 

Emprise

 

Dette et emprise sont des constats cliniques très proches, la dette inconcevable à l’égard de ceux qui ont donné la vie incline à ne pas oser s’en séparer. Il y a comme une faute de ne plus exister dans l'orbite familial. Exister pour soi devient une trahison. Facteur de honte et de culpabilité l'engagement dans des nouveaux liens restent dérisoires par rapport aux attachements premiers.

Le cycle du donner, recevoir, rendre et demander témoigne d'une relation ambivalente balançant entre deux pôles; le pôle de l’emprise et de l’aliénation de l’autre le pôle de l’émancipation et de la liberté. «Recevoir dans le fait de donner permet davantage de contrôles de la relation que donner dans le fait de recevoir de bon coeur» (IBN).

Qui confisque quoi dans l’emprise? Quel est le type de don qui rend son auteur propriétaire du récepteur ? Qu'est-ce qu’un don qui, au contraire, permet au donateur de se retirer de se soustraire du récepteur? Qu'est-ce que donner sans posséder?  

Peut-on qualifier d’emprise un don qui ne vise que le lien entre les partenaires, le récepteur oubliant les choses données au nom de la fascination de la générosité du donateur et par contraste  appeler jouissance, un don qui fait oublier le donateur dans le plaisir de la chose reçue ? « Lorsque l'enfant est possédé, il devient rapidement le problème, La séduction du trop donner ne va pas dans le sens de la confiance (IBN 1994)
L’emprise par « la domination est établissement par le dominant d'une dette dont les dominés ne peuvent s’acquitter » (P Clastre). Tout réception de don est en risque d’être embarrassée par la satisfaction à donner qui oblige à recevoir en s’oubliant (D2); le récepteur étant identifié au souhait du donateur qui est transplanté dans la chose transférée. Recevoir n’est pas seulement acquérir un avoir, c'est une transformation de l’être, de la valeur de soi et de sa légitimité. 

Boszormenyi-Nagy reprend l'idée Freudienne de « surmoi anti-autonome ». Elle signifie que chaque enfant intériorise une attente inavouée de la mère d’être jamais quitte d’une demande, l’enfant se sentant coupable de ne plus donner l'occasion de donner. 

Qui détient le pouvoir et l’emprise : est-ce le parents qui donne ou l'enfant qui refuse de réceptionner ?

L'emprise peut se comprendre aussi comme une manifestations du chagrin des expériences de perte de confiance, une option pour ne plus investir de la confiance, de ne plus tenter une réciprocité?  Le rapport d’emprise est essentiellement l’expression d’une légitimité destructrice.

 

Notons qu'à l'inverse du thérapeute structural qui tente de mettre des frontières dans la hiérarchie des générations au risque de  rendre l'enfant coupable d'une avidité de pouvoir visant à prendre le contrôle des adultes ou d’une toute-puissance ; Boszormenyi-Nagy rétorque: « Qu’est-ce qui fixe l’enfant dans une telle position? Ce sont les besoins de dépendance de parents immatures qui amènent sa réaction, il vit une culpabilité s’il n’arrive pas à y répondre ; le mettre  à l’écart augmente sa culpabilité » (IBN 1987).

 

Endettement

Les adultes contemporains, les parents énoncent un héroïsme sacrificiel (Anne Dufourmantel), une volonté d'absence de contrepartie, un engagement gratuit, sans mesure qui se ferait oublier comme tel, un don hors de tout compte qui se prouverait  par l’ingratitude du récepteur. 

Il  y a comme une inversion de la dette par rapport à la famille traditionnelle. Le « manquement » n'est plus du côté d’un enfant déloyal qui ne répond pas de la dette, mais du côté des parents, une « faute » de réclamer des missions et d'endetter l'enfant. Tout endettement empêcherait d'être soi, d'être à soi-même sa propre fin, serait une restitution vaine d’un équivalent de la vie donnée..

 

« Il fera ce qu'il voudra du moment qu'il est heureux », «on fait tout pour lui on ne lui demande rien »; le « parent idéal », tel dieu n'a besoin de rien, demande rien et n'attend aucun retour sauf que sa créature vivent. Tout contre-don à dieu serait dérisoire, arrogant, dieu n’est pas dans la nécessité. DIeu n'est pas une femme, les mères luttent contre ce qu'elles donnent elle-même, luttent contre la « sauvagerie maternelle » à donner sans limite. Elles assument le traumatisme de la dépossession de ne pouvoir tout donner. Leur vigilance et compassion maternelle limite la surenchère du contre-don de l’enfant.

Qu'est-ce que donner sans être irresponsable ou prodigue ? Y aurait-il un « juste » don dans le cadre de la famille ?

Winnicott esquisse une réponse: « celui qui croient qu'il suffit de donner un enfant sans rien recevoir de lui n'a rien compris de l’enfance". Les enfants, ajoute-t-il , dévouent leur « existence à porter le réverbère sur lequel ils s’appuient ». 

Le premier don crée moins un endettement qu’un un appel pour recevoir, « on donne pour que l'autre donne. ». La mère "insuffisamment bonne » serait celle qui ne sais pas recevoir de l’enfant qui devient le « mauvais bébé » qui refuse en miroir de recevoir.

Au sein de la famille un partenaire peut refuser le statut d'obligé en acquittant trop rapidement, payant ou remboursant trop rapidement.

Il y a un dommage à ne pouvoir donner qui amène à la revanche dans une guerre pour ne plus recevoir.

 

Energie

« L'éthique relationnelle est une force dynamique fondamentale », « un déterminant de l’action »,« il faut une composante de légitimité pour passer à l'action » (IBN), Tout sujet est en proie à une énergie  parallèle aux droits acquis dans une relation. La légitimité fait agir en tant que facteur de co-motivation. Qu'elles soient destructives ou constructives les légitimités se manifestent par la levée de l’inhibition, elles freinent ou soutiennent l'action.

 

 

Enfant 

Malgré les différences de pouvoirs et de compétences, l'enfant est un « égal paradoxal de l’adulte » dans son droit de donner, de ne pas être réduit à un réservoir vide à recevoir et à recevoir. Il est en recherche de dignité en aidant: «Comment l'enfant se présente comme une personne responsable? » durant l'entretien, « la question de l’aide de l'enfant à ses parents reste un challenge à leur l'autorité ».

Boszormenyi-Nagy.,«s’adresse à l'enfant comme à une personne responsable; l'approche contextuelle n'est pas de la thérapie structurale ! » (IBN 1996). 

L'enfant serait-il donné aux parents pour pouvoir lui donner? L'enfant d'une mère « comblée en comblant» est obligé de la mettre hors d'elle pour lui permettre de faire l'expérience d'un don: Y-a-t-il dans le hurlement du bébé une recherche de la faire exister comme capable de donner en fonction d’une demande difficile à trouver?.

De plus «Il est impossible de s'adresser à un enfant comme si ses parents étaient sans importance», la clinique repère «La capacité de l'enfant à amener ses parents à se préoccuper d'eux-mêmes» (IBN).

«Le plus souvent dans les thérapies le but est de permettre à un enfant de ne plus soutenir son parent; la thérapie contextuelle affirme le droit de l'enfant à se préoccuper du parent, le droit de ne pas  le bloquer dans sa capacité de donner» (IBN 1991).

Reste une question majeure pour l'approche contextuelle : les adultes parents et professionnels savent-ils, recevoir des enfants ?

 

 

Envie, envie destructrice

Comment l’enfant, questionne Mélanie Klein, supporte-t il, le don maternel bienveillant? Tente-t-il, animé par une envie destructrice, de l'endommager comme dans des formes de potlach : « c'est précisément la facilité avec laquelle le sein dispense le lait et gratifie l'enfant qui provoque l'envie, comme si un tel don était inaccessible à l'enfant » (M Klein).  

Le donataire craint le don à proportion de son importance; l’envie destructrice nait de qui ne peut être à la hauteur du don reçu. L'envie surgit à l'égard de la bonté, de la beauté à l'égard de ceux qui donnent le plus, envie envers la créativité, définie par Boszormenyi-Nagy comme la « qualité d’une personne à échanger ». 

«Pourquoi m'en veux tu autant, je ne t'ai pourtant rien donné? », réplique qui signifie que l’envie est dirigée contre le donateur qui procure  satisfaction et gratification, elle est  prédatrice envers tout ce qui est capable de dispenser de richesses relationnelles, de penser et de créer: La jalousie est perte d’une possibilité de donner car un autre sujet prend le relais et rivalise en générosité et dépasse en sollicitude.

 

 

Equilibre

"La thérapie contextuelle ne parle pas de la psychologie du donneur mais de l'équilibre au sein d'une relation" (IBN).

« Un déséquilibre est inhérent à toute relation entre le fait d'être utilisé ou le fait de tirer profit, le déséquilibre ne peut être vraiment évalué qu'en rapport avec tous les autres équilibres de justice du contexte »(IBN) «Dans une relation de couple, il y a une première balance de l’équilibre  du donnant-donnant. Mais il y a toujours des tiers:: la postérité ou l'humanité qui sont témoin  de cette première balance; Il faut tenir compte des tiers, des enfants, leurs descendants. Ces derniers sont des partenaires silencieux de cette première balance. La balance de l'enfant avec chaque parent sera couplée à la balance des parents entre-eux » (IBN 1992)

L'excès d'équilibre dans l'échange est refus de la tension dysharmonique du don. Le rejet des incertitudes de la navette du donner, recevoir et rendre se manifeste par une maitrise très peu flexible des rapports, qui se prétendent explicites et objectifs entre les partenaires.

L'entretien ne vise pas à mettre en équilibre à « régler » la relation dans un régime de normes prévues et permanentes. L'équilibre  souhaitable implique les jugements des deux partenaires de la relation. L’entretien se fixe comme objectif d'explorer les ressources relationnelles pour remettre en mouvement la navette du donner du recevoir et rendre. Les ressources ce sont les engagements mutuels pour assurer l’existence de chacun dans les liens au sein de la famille.

 

 

Equité

«Le thérapeute familial doit reconnaître la dynamique de l'équilibre équitable de la relation. Il est important de séparer cet aspect éthique au sein d'une relation de l'évaluation des individus selon un degré de droiture ou de perversité» (IBN 1993).

Justice et équité sont les éléments cruciaux de la relation, le socle de l’éthique relationnelle, elles ne se présentent pas comme des valeurs. «on ne peut pas en parler en termes de  bien ou de mal ». Justice et équité sont un équilibre  dynamique entre donner et recevoir au sein de la spécificité d’un rapport. «L'équité de la relation dépend de la balance du donner et recevoir» (IBN 1998). 

«Équitable ou inéquitable, est-ce une évaluation uniquement dans ma tête? seulement dans celle de mon partenaire? Est-ce présent entre nous dans la relation ?»,« Ce qui comptera n'est pas de rétablir des comptes, mais les mouvements de la balance du donner et recevoir. Ce sont les questions autour de la mutualité et de l’équité qui soulèvent le plus d'émotions » (IBN 1994).

Qu'est-ce que recevoir de manière équitable et donner de manière équitable? « Il est compliqué de voir l’équité dans le fait de recevoir, encore plus compliqué de voir l'équité dans le fait de donner » (IBN, 1996).

Malgré l’asymétrie dans les relations entre le parent et son enfant, celui-ci tente de (re)donner au parent de façon équitable, de rembourser en devenant un enfant apportant et en ayant plus tard une postérité. 

Pour le thérapeute dans l'effort de partialité multidirectionnelle «L'équité devient un guide, lorsque je parle à un membre de la famille, les autres entendent mon exigence envers lui. Ils peuvent se montrer jaloux, impatients, en colère. Je note les signes de ces participants. Je sais que lorsque je vais changer d'interlocuteur d'autres seront jaloux:.»(IBN 1994).

 

 

Ethique relationnelle 

 

«L'éthique relationnelle n'est pas un choix préférentiel envers certaines valeurs.  Elle ne se réfère pas à la psychologie du développement moral ni se fonde dans une joute où chacun exerce ses compétences réflexives».(IBN 1991).

« Le mot éthique est souvent compris comme moralité, recherche du bien, de « la vie bonne »; des termes qui ne visent pas l’éthique dans une relation. Pourquoi ai-je tant insisté sur ce terme d’éthique depuis 40 ans: l'éthique relationnelle est la dynamique qui détermine les relations intimes, elle  est le vecteur de la relation, la tête du gyroscope inclue dans la torpille, si le courant dévie, le gyroscope rééquilibre la direction vers la cible, il agit dès que quelque chose se passe entre deux personnes » (IBN 1996).

Traitons-nous le proche en réplique à la manière dont il nous traite? «L’éthique relationnelle est fondée sur le principe d’équité », « elle est la prise en compte de la réalité primordiale de l’équité dans une relation, chaque partenaire se montre-t-il responsable de l’équité au sein de la relation ? ».

   

Boszormenyi-Nagy poursuit par d'autres formulations :« qui donne a un droit de recevoir, qui a reçu à des obligations, des dettes ».

Les membres de la famille se retrouvent « assujettis » a cet ordre d’échange qui détermine leur « être » et ne sont pas soumis aux règles du système mais liés par «des offres de loyauté; la loyauté de l'un est différente de celle d'autres».

il y a les « les critères de la justice ont à voir avec les choses qui se sont passées, le développement de la fiabilité et de la confiance dans la relation ».

« Donner en considérant le point de vue de l’autre résume  l’éthique relationnelle ».(IBN 1991) 

 

L'éthique relationnelle est l'abord de la relation en termes d'offre de loyauté et de droit.

Propriété inhérente des relations familiales, vecteur et opérateur des liens, l’éthique relationnelle se soutient  de « la mesure » ; elle permet de se «calculer » avec l’autre, de le déchiffrer. 

Les oscillations des plateaux de la balance du donner et recevoir fonctionnent sans représentation, mais en attente de mots, de formulations pour  être pris dans le mailles de discours.

Les concepts contextuels émergent de nominations maladroites pour dire les débits ou les crédits préexistants dans la relation,« Les concepts sont-ils seulement des hypothèses ou font-ils partie de la réalité humaine?....... ils sont des réalités empiriques» (IBN 1991).

L’entretien contextuel favorise une prise de parole pour compter avec le proche, mettre en histoire la relation, percevoir ce qui a été donné et ce qui ne l’a pas été. Il permet de s’accorder sur: qui a offert une occasion de donner, qui n'a pas tenu ses promesses. La spécificité du demander, donner, recevoir et rendre au sein des relations longues rend l’identifications de chaque termes difficile: les intéressés doivent s'impliquer dans des opérations mentales complexes : ressentir son propre vécu et entendre celui de l’autre, penser, oser dire.

 

Exil

« Les parents se sentent justifiés à exploiter l'enfant parce qu'ils sont  happés dans une tâche permanente et épuisante, celle d'un remboursement, le plus souvent envers leurs propres parents. Fréquemment, il s'agit d’immigrants, de la culpabilité d’immigrants: ces derniers n'ont pas trouvé comme ils l'espéraient les rues pavées d'or et  ne peuvent s'acquitter de leur redevance vis-à-vis de parents laissés derrière eux. L’ enfant bouc-émissaire apprend  que ses dernières armes  résident dans la manipulation de la culpabilité de ses parents.(IBN 1981)

 

Qu'est-ce que les parents ont-ils sacrifié dans le processus migratoire? L’exil provoque des questionnements vis-à-vis du mandats des générations passées: A-t-on droit à une vie loyale en quittant les lieux de naissance? Peut-on se dispenser d’honorer les dettes aux origines, en oubliant la culture des ancêtres qui n’a pas permis de vivre dans son lieu? Le désir d'exil des parents est-il difficile à dire, clandestin ou dissimulé au nom de la nécessité; peut-il être interrogé par les jeunes ?
La mise en demeure d’une famille dans un monde plus favorable aux générations montantes mais qui éloigne des anciens et des morts crée une tension entre les droits du passé et le droits des futurs générations. Les ruptures culturelles entraînent des exaspérations des manières de donner, de recevoir et de rendre du pays d’origine; le «montant des loyautés» aux générations passées prend des modalités contradictoires, soulignant les difficultés pour trier l'héritage des legs d’origine, face à la culture du pays d’accueil.

Qui doit payer le prix de l'exil ? Est-ce ceux de la terre d'accueil qui doivent tout donner et porter la dette? Ou est-ce en réussissant que les enfants confirmeront le bien-fondé de l'exil et simultanément rendront au pays d'accueil.

 

 

 

Existence

Il n'y a d’existence que par la double inscription dans l’arbre généalogique et dans le grand livre des comptes. La position existentielle de chacun face à la vie se déduit des comptes avec le destin et des balances des avoirs et des dettes avec la parentèle: «la prise en considération de la globalité existentielle des relations porte l'accent sur les questions d'éthique relationnelle plutôt que sur les questions psychologiques» (IBN 1993).

«Lorsqu'on donne on se cause soi-même» (IBN), donner est inséparable d’exister, mais se soustraire est aussi nécessaire pour une existence singulière. Exister, être séparé est être éternellement en dette pour avoir été inconstant, s’être affranchi de la charge de recevoir pour s'originer. Exister c'est manquer à quelqu’un, être décompté de l'autre parental, prendre sur soi pour ne plus se donner, quitter l'obsession du don absolu en prenant en comptes des avoirs et des dettes avec divers partenaires. 

Ne pas exister au sein un contexte est-ce être dans un unique compte relationnel avec un seul partenaire? En se donnant sans limite sans compter dans la gloire d’une perte de l’individualité; l'enfant croit valider sa vie en n’existant pas, en étant tout pour un autre, se dévouant corps et esprit pour être approprié aux offres maternelles. Il fait orgueil et légitimité à être tout pour un(e) et rien pour les autres. Tout engagement vers un tiers est vécu comme nul ou dérisoire. L’enfant et l’adolescent ne peuvent exister sans mise multilatérale dans leur contexte de vie.

Existe-t-il des moments de grâce de suspension de toute obligation et d’attente ou la sensation d'exister, d'être soi-même est liée au sentiment de suffisance et d'harmonie avec le monde?

 

 

Exonération de onus, oneris, du latin : « charge »

L’exonération est un examen rétrospectif de la négligence ou des maltraitances d’un proche, Il s'agit de «faire le constat des dommages » (IBN 1993). « On exonère quelqu'un en comprenant sa légitimité destructrice » (IBN 1995), en considérant que ce proche a vécu une situation difficile ou traumatique dans le cours de sa vie, on restreint le poids d’un blâme. L’ exonération est le passage d'une justice rétributive à la justice distributive; l'agresseur a été une victime. «Une victime est toujours victime d'une victime». L'exonération limite le poids de la culpabilité et laisse prise à la responsabilité des conséquences.

«L'exonération des parents est l'élément le plus important du processus thérapeutique» (IBN 1996).

L’ expérience clinique montre que l’amélioration de l’adulte coïncide avec le mouvement d'exonération de ses parents, ce moment est crucial lorsque ceux-ci deviennent grands parents:. 

«A partir du moment où un enfant peut s'autoriser à explorer le pourquoi des comportements de ses parents, il se valide, il gagne du mérite, une forme de libération qui permet d'explorer les générations antérieures, de pouvoir exonérer » de trier le patrimoine de ses lignées pour les futures descendants.

«Nous ne parlons jamais d'une balance ou d’équilibres qui  permettraient d'effacer les dommages  commis »(IBN 1985). 

«L’exonération diffère du pardon. Pardonner maintient la culpabilité, met en exergue la générosité du proche qui gracie le maltraitant. En offrant le pardon, Il n'est plus nécessaire  d'énoncer les  dommages. On supprime l’accusation sans exiger punitions ou compensations.

Contrairement à une telle option, l’exonération se manifeste par un réexamen adulte de «l’insuffisance » des parents, en tenant compte qu'ils ont eux-mêmes  été victimes dans  l'enfance. L'exonération se substitue au blâme, par une appréciation adulte des efforts et des limites qui par le passé étaient propres aux personnes ou à une situation donnée » (IBN).

«L'exonération est un processus unilatéral, au contraire du pardon qui est demandé par le maltraitant.  Pardonner  qui a causé un dommage est passif pour l’agresseur. Dans l'entretien contextuel, il peut amener des éléments qui lève la charge, à chercher des raisons qui permettent de le décharger »(IBN)

L'exonération n’est pas un moment ponctuel et solennel, mais un processus long voire permanent qui se déroule entre soi et soi (D2) et au  niveau dialogique (D4) entre les personnes concernés. Elle ne se limite pas à l'interrelation offensé agresseur, elle est vigilante aux conséquences dans le contexte. La question de l'exonération fait retour dans la  pensée d'une victime lorsque des conséquences imprévisibles des dommages surgissent à l'occasion des occurrences de la vie.

L'exonération passe par le constat mature que le passé est irréversible, l’injustice n’est pas réparable. Ce qui a été pris ne sera jamais rendu, ce qui n’a pas été donné, ne le sera jamais, ne peut plus l’être, ce qu’on n’a pas donné ne peut plus être offert mais d’autres lignes peuvent s’inscrire dans le grand livre.

 

 

Facilitation (eliciting)

La facilitation est une modalité thérapeutique, elle catalyse les tendances spontanées des sujets pour le dialogue et la réciprocité. Elle permet de «traduire en justice » l’équilibre des relations dans l’entrecroisement permanent avec les partenaires. Plutôt que prescrire une directive, la facilitation requiert du consultant la capacité d’aider les sujets à affronter et rééquilibrer mérite et redevance dans leurs contextes. « La tâche du thérapeute est de promouvoir le processus par lequel les gens entre eux, tentent de répondre à la question de la justice et de la légitimité », (IBN,1996).

Famille 

La famille est  un ensemble des personnes impliquées dans des efforts de transmission et du maintien de la vie aux seins de relations  « longues », dont les termes ne sont pas anticipables. Les relations familiales non choisies sont les plus indissolubles, elles restent le lieu par excellence de l’expérience fondatrice de la dette et de la pratique du don.

L'approche contextuelle : le courant le plus récent des thérapies familiales prend naissance devant l'émergence des nouvelles formes de familles :

  • familles en recomposition, en recherche, en invention de nouveaux modes relationnels 

  • familles aux croyances et références friables, en reconfiguration permanente, en création incessante avec, pour conséquences, divers types de parentalité : monoparentalité, co-parentalité, parentalité partielle et ou plurielle.

 

La famille des sociétés post-modernes se définit comme une famille à phases, à séquences temporelles, à étapes, à géométrie variable. Elle se déploie de moins en moins comme un groupement avec un cadre fixe, une armature de règles permanentes, des frontières délimitées et des rôles fixés par des grands récits. L'enfant est dans une pluralité, un faisceau de liens autour d'adultes aux rapports tenus ou rompus, il est le lien le plus stable d’adultes aux liens éphémères.
Le groupe familial se présente  alors comme :

  • un agrégat de sujets;

  • un espace de liens non structurés ; 

  • un foyer de relations inter subjectives ;

  • un réseau relationnel informel.

 

Autour de cet agglomérat non structuré, gravitent des professionnels qui ont des missions plus ou moins longues autour de l'enfant.

Dans ces contextes peu codifiés, ni institutionnalisés, les liens entre les partenaires s'inventent sans l'expérience de la tradition, dans une discontinuité avec les modèles familiaux des générations passées. L'effritement, la dispersion de normes partagées, l'évaporation d'une responsabilité inscrite collectivement dans les familles actuelles incitent de  nouvelle régulation des liens. Le « réglage » des rapports intersubjectifs s'opère autour de la logique de l'équilibre du donner-recevoir et du rendre.

Pour Boszormenyi-Nagy dans invisible loyauté, il y a tension entre les engagements familiaux et  sociétaux. Les systèmes dictatoriaux attaquent les investissements familiaux, ils attendent de l'individu qu'il accentue les engagements envers le parti, la religion etc. D’un autre coté le déclin des   espérances politiques aboutit à un retour à la famille nucléaire avec un surinvestissement de l’enfant comme centre, il devient le seul pôle de fiabilité dans le monde pour les adultes ses parents: «Il y a un surinvestissement de la famille nucléaire soutenu par l'espérance d'une satisfaction liée à la perte des engagements dans la famille élargie, les options religieuses ou les visées politiques" (IBN 1973)

Fantasme,

Le donner et prendre inspirent les figures des mises en scène du désir; le fantasme ignore l’échange, il ne connait que le prendre ou le don. nous ne rêvons pas de dettes mais de dons ou de prises; Dans le monde du fantasme, le sujet n’est ni débiteur ni créancier, il n’a pas de comptes à rendre à quiconque, ses partenaires n’acquièrent ni obligation ni droit. L’ acte en relation  n’est pas seulement rêve, il a des conséquences qui comptent.

 

 

Fiabilité

« La fiabilité des relations est un ingrédient de la santé mentale, c'est un élément optimiste de la thérapie contextuelle » (IBN). Je propose que la fiabilité  de la relation peut mieux être définie en termes éthiques qu'en terme psychologiques (IBN)

La fiabilité d’une relation se définit en termes d'équité, de justice, beaucoup moins à partir des vécus psychologiques ou émotionnels qui restent trop instantanés. La confiance éprouvée, immédiate « projective » n’est pas une garantie de la fiabilité du partenaire.  

« Maintenir une relation fiable, digne de confiance est l'intérêt réel de tous les partenaires, Il ne faut, donc, pas entendre la responsabilité à l'égard des partenaires comme les rejetons d'une morale traditionnelle fondée sur la culpabilité ni comme une manifestation émanant du surmoi », (IBN)

Le consultant ne prononce jamais: «qu'est-ce que vous ressentez envers ....? » mais « qui vous exploite ? », « sur qui pouvez vous compter ? »

Lorsque les partenaires se montrent crédibles, responsables et suffisamment attentionnés, la fiabilité dans la relation s’accroit: la confiance est réaliste et méritée. Elle permet de supporter l'inévitable tension dysharmonique de l'échange. 

« La réciprocité dans la relation entraîne sa durée », « cette durée est liée à la justice relationnelle ». (IBN).

La question de la justice est inhérente aux rapports humains au sein des juridictions de chaque relation, elle est l’une des clés de la dynamique et du ressort des liens durables. Le refus du « bilanisme » n’évite pas un déchiffrage épisodique du degré d’équité pour maintenir une relation fiable.

Chaque partenaire se trouve devant l'obscurité de ses comptes relationnels et en face de l’énigme de ceux du partenaire. Il va de soi que ce n’est pas la version d’une personne qui détermine le caractère équitable du rapport. Personne n’est capable d’examiner seul l'équilibre des comptes dans le flux des échanges et dans l’entrecroisement permanent des avoirs et des dettes. Le dialogue vise à élaborer et dire entre partenaires concernés, les options sur l’équivalence, la non réciprocité des concessions. « Les relations deviennent fiables dans la mesure où elles permettent de faire face aux questions : qui est en dette par rapport à qui ?» (IBN)

Le récit croisé des comptes comporte des trous, des ruptures, des bifurcations, des erreurs chronologiques. Il se focalise sur la stagnation relationnelle, les divergences d'appréciation des gestes. 

La clinique contextuelle découvre la justice comme un défi permanent. Tout geste requiert un ajustement de l’équilibre propre à cette justice, accule le proche à répondre au défi du premier mouvement. Il est plutôt requis de faire des efforts constants de paroles et de gestes visant à ce but jamais pleinement accessible. 

Boszormenyi-Nagy remarque que dans le monde contemporain, l'enfant devient de plus en plus le seul pôle de fiabilité des adultes aux rapports éphémères;

 

Filiation

La filiation, essence et genèse de l'existence, est une « avance », elle oblige, l’enfant. L’enjeu est de nouer le don de vie à une dette  qui « accorde » le sujet à ses ascendants et devient le levier de la transmission familiale. La dette désigne un sens à cette relation plutôt qu'une mesure objective et précise de ce qui doit être rendue.

La filiation oblige les parents à renoncer à l'omnipotence d’un don initial inaugurant la vie et simultanément à reconnaître qu'ils ont reçu un legs des générations précédentes. Nous sommes  les descendants de ceux qui ont donné, ceux-ci étaient précédés par d’autres qui ont donné, le don parental est déjà un contre-don. Le sujet ne rend pas aux anciens de qu’il a reçu, mais le transfert aux futures générations qui ne sont pas encore nées: donner à ses enfants, est rendre à ses parents. Bien qu’un sujet soit sa propre fin et se doit à lui-même, mais comme épisode de la série des générations, il se doit à d’autres; les choses et les gestes qu’il effectuera ne seront jamais étrangers à l'histoire et leurs circulations au sein des  générations. «Rien est plus significatif pour déterminer la relation entre le parent et l'enfant que le degré de justice attendue de la gratitude filiale »(IBN)

«Le dialogue intergénérationnel avec sa volonté de responsabilité mutuelle est un absolu interhumain », il désigne les modalités par lesquelles chacun prend en compte un contexte et une histoire transgénérationnelle. Elle devient une histoire singulière et subjective lorsque le sujet y met sa mise.

« L'enfant a droit au chaos dont il est issu »  répétait Boszormenyi-Nagy, Il a droit à son engagement dans sa famille même défaillante et en détresse. 

Boszormenyi-Nagy envisage les rapports avec les ancêtres comme des liens de dettes et de mérites, de contraintes ou d’espoirs transmis.  « La vie donnée par les grands-parents aux parents a créé pour leur génération une redevance. Ne se sentant pas quittes, ces parents deviennent très exigeants à l’égard de leurs propres enfants. Les petits-enfants s’obligent à célébrer ou à racheter la mémoire de leurs ancêtres. Ils se dévouent afin que parents et ascendants soient honorés par leurs succès. En réparant leurs échecs et fautes, ils veillent à ce que parents et aïeux soient récompensés de leurs frustrations personnelles, de leurs insuccès, de leurs désirs érotiques inassouvis.(….). Les « liens de procréation » configurent un contexte éthique d’autant plus puissant qu’il est à la base de tout héritage filial » (IBN et Spark, 1973). La dette de vie se conjugue avec une redevance  aux aïeux et ascendants, elle-même en rapport direct avec les comptes des liens parents grands-parents.

Par exemple : l'enfant bouc-émissaire endosse à titre individuel une faute ou un traumatisme d’une autre génération. Le parent en déficit de confiance vis-à-vis du monde se voit assurer par son enfant d'une fiabilité sans faille pour réparer sa vie. 

 

Frustration

 

La rancœur, le décrochage sont provoqués par l'impossibilité de donner.« La frustration inévitable de ne pouvoir donner autant que nous le voulions lorsque nous étions des enfants ». invite le consultant à accompagner à donner malgré le fait qu’une personne ait le droit de s'y soustraire  par les maltraitances  subies. 

«Demander aux parents de tenir compte de leurs enfants, explorer activement comment  vont-ils aider leurs  enfants revient à leur donner  » (IBN 1991).

Être lésé attaque beaucoup plus le socle de confiance que le fait d’être frustré
Frustration des besoins différents de l’injustice