Abandon

Tout enfant adopté est dans une situation potentielle de légitimité destructrice, exposé au risque de clivage loyauté, sa loyauté aux origines perdure quelle que soit la responsabilité  des parents de sang. même si l'enfant a été rejeté, « le caractère unique de la relation reste un fait indéniable de la vie » (IBN). 

Cette loyauté persiste lorsque la séparation a eu lieu pour cause la maltraitance. Même les enfants  aux  origines cachées se sentent redevables envers des géniteurs qu'ils ne pourront jamais connaître. Le sujet « aux quatre parents » : ( parents inéluctables et parents qui comptent) cherchera à retrouver ceux qui restent dépositaires d'une dette de vie à son égard et auxquels il n'a pu donner. « Le parent adoptif gagne à permettre à l’enfant de donner aux parents biologiques » (IBN 1994) .

« L’abandon de l'enfant est un dommage plus grave que  la négligence, les mauvais traitements et même l’exploitation » (IBN).

Souvent l’expérience clinique montre que les enfants sont parfois plus loyaux envers leurs parents biologiques qui les ont abandonnés ou maltraités qu’envers leurs parents adoptifs qui les ont élevés avec bienveillance.

 

Le consultant contextuel sera vigilant à «ne pas abandonner l'enfant dans son souci d'aider ses parents» (IBN1995).

Abus

«Quelle est la balance du donner et recevoir dans l'abus ? » (IBN 1990). Une forme d'abus de soi-même est de se plier à recevoir pour offrir et garantir la possibilité de donner à un autre. L’enfant peut se sentir « aplati » d’avoir donné l’occasion de donner, d’avoir répondu au désir des parents de lui donner, abusé de s’être  aliéné dans l’offre parentale. Trop recevoir interroge la valeur de celui qui reçoit.

 

Addiction

L'addiction est un acte juridique de contrainte par corps exercé sur un sujet pour une dette dont il n'est pas solvable, « un esclavage pour dette ». L'addiction vise à se donner quelque chose à soi-même pour échapper à la dépendance à une dette aliénante, à l’accoutumance à recevoir. « La capacité d'établir des relations de confiance est remplacée par le besoin ou la dépendance à des stimuli chimiques ou à l’alcool » (IBN). 

Autoérotisme radical, la masturbation est l’addiction paradigmatique (Freud). Elle trahit le don maternel pour échapper au trop donné, à l’aliénation passive de recevoir. L’addiction est le choix d'un « partenaire-objet » sans désir et dépourvu de compte qui n'exige aucun retour; elle a sa source dans une dette qui ne peut pas se transformer en don.

L' addiction  fait échapper à une relation de dépendance accablante au recevoir et elle empêche « le gain de mérite à donner ». Elle est un frein à  l’effort pour assurer son existence à travers la balance du donner, recevoir, rendre et demander.

 

 

Adolescence 

En 1980 Boszormenyi-Nagy condense une thérapie d'adolescent dans ces termes « C'est en apprenant à rembourser la dette filiale en des modalités correspondant à son âge que l'on aidera  l'adolescent  à trouver un équilibre. Un équilibre entre le droit de vivre sa propre vie et la hauteur des exigences et des attentes parentales auxquelles il doit répondre ». 

« Le thérapeute invitera les parents à établir plus clairement pour eux-mêmes leurs attentes envers l’adolescent. Il les soutiendra pour les énoncer sans détours et non par sous-entendus, il les portera à accepter avec gratitude les acomptes raisonnables effectués par l'enfant pour honorer ses obligations de loyauté. En dernier lieu, le thérapeute aidera à une prise en compte qu'un adolescent ne peut indéfiniment dédommager des parents de ce qu'ils ont perdu dans leur  propre enfance »( IBN 1980).

L’adolescent est de plus en plus vigilant à l’inventaire de son histoire de comptes relationnels, il se sait en compte, créancier ou redevable à l'égard de ses parents, il s’ouvre aux questions du sens de la dette? Peut-on l’évaluer, qui devrait à qui ?

L’adolescent post-moderne est sans discours partagés culturellement autour des redevances et sans rituels de paiement initiatique, il est peu valorisé pour ce qu'il donne ou a tenté de donner durant son enfance.

Comment l’aider à déchiffrer ses engagements passés et présents envers ses proches, ce qu’il a le droit de donner et d’attendre des cibles nouvelles, ce qu’il a le droit de se donner à lui-même. Evoquer l’histoire de ses contributions  permet une anticipation de sa séparation.

L’adolescent ouvre le livre des comptes, s’arroge un droit de procéder à un inventaire. Se reconnaître en dette à l’égard de ses parents lui devient insupportable et  freine son émancipation surtout si ceux-ci n’ont rien crédité de ses contributions. Il explore, alors, « l’obligation » d'acquitter ses dettes ou inversement tente de les réfuter. Il veut occuper une juste place; « la sienne », indépendante des verdicts et injonctions des mythes familiaux. Il a des difficultés à se positionner dans l’échange, a-t-il suffisamment payer son entrée dans le monde des adultes ? Il cherche, ne sait pas chiffrer, calculer ce qu’il donne et ce qu’il a reçu: « où en est mon compte relationnel avec chaque parent, mes lignées»? Il a toujours un « compte » oublié à faire entendre à un proche, il se ressent à la fois débiteur et créancier mais ne sait au juste pas de qui: de ses parents, de ses camarades, de son pays?

L’adolescent se vit abusé d'avoir donné l'occasion de donner, d'avoir répondu aux demandes paradoxales des parents de recevoir ;  « pour lui-même,  pour son bien» et simultanément, il est lésé ou plein de rancœur pour des parents qui lui dénient le droit de prendre part, de mettre une mise officielle dans le contexte qui est le sien qui a vu son apparition. De surcroît, il peut être amené à « recalculer » son histoire de soutien à partir de l'aide apportée à ses parents vieillissants.

Il repère avec une particulière insistance la dimension égoïste en jeu dans les dons parentaux, refuse de formuler une demande et ne supporte pas qu’on ne lui réponde pas. Il ne veut plus recevoir pour ne pas donner l'occasion de donner, être accablé par du recevoir. Il ne sait pas encore donner le juste don, donner dans une sexualité plus mature.

Le sujet adolescent oscille entre divers pôles;  il s’éclate dans l’éphémère de l’instant, en pensant ne rien devoir à personne ou être rien pour quiconque. Il est hanté par être tout pour une personne et se donner totalement dans un engagement amoureux. Enfant parentifié, il a essayé d’être le sauveur et le consolateur de ses parents ou de leur couple; adolescent, il se voudra le « sauveur » de la société, de sa culture, des générations futures et le soutien de Dieu.

 

Nombre d’adolescents ne ressentent pas de dette envers les adultes qu’ils vivent créanciers envers eux. Négligés ou maltraités, ils ont supporté une vie fardeau sans les conditions d’une existence humaine. Ils restent sans approbation parentale pour leurs contributions. La dette est inversée, le monde est leur obligé, les adultes sont redevables pour les avoir engagés sans tenir la promesse de la naissance. Cet irréparable est source de la légitimité destructrice, ce qui a été implicitement promis n'a pas été donné et ne peut plus l’être. Se rembourser sur n’importe quelle cible devient l’option, elle  provoque de nouvelles injustices. 

Ces sujets n’espèrent en rien pas que les tribunaux leur rendent justice, ils « se doivent de la faire eux-mêmes », ils sont à la fois juges et partie en « sanctionnant » avec violences les contrevenants injustes ou deviennent des militants engagés en se consacrant intensément à une cause particulière. 

 

 

Anorexie 

Il n'y a pas de « lait autarcique » qui ferait qu’un sujet ne dépendrait que de lui-même. Les troubles alimentaires questionnent la relation en termes d'excès de dons, de refus de recevoir, de défi à donner. Ils bousculent l'évidence du monopole de l'oblativité parentale pour ouvrir la question du sens (direction) du don: qui donne, qui reçoit, rend, donne l'occasion de donner durant l’allaitement? Le sujet anorexique ou toxicomane porte dommage à l'autre qui doit prendre soin de lui, il sait le don maternel prend autant qu'il donne. Ecoutons cette mère cité par Henri Rey  Flaud  :"Sentir ce jaillissement qui s'en va te fortifier… Le plus fabuleux c'est d'être un corps à manger…. Cette fuite  du lait vers ta bouche adorable et vorace. La mort n'existe plus. La mort ne peut avoir les seins gonflés de lait ? Je me sens prise, soulevée par la joie du monde. Prise. Aimée, Baisée . » Merci mon enfant de ce que je peux te donner devrait s'exprimer cette mère. Finalement, qui donne le plus ? celui qui reçoit ou celui qui donne ? 

Le boulimique avale, se  comble lui-même se donne quelque chose à lui-même pour effacer le manque de lui-même ressenti par la mère. Il comble un manque à  soi qui est un manque  à donner l'occasion de donner en avalant sans retenue, sans égard pour le donateur. Le boulimique se soustrait en se dépouillant d’un recevoir de bon coeur. Le boulimique  s'empare car en attente de rétribution pour avoir donné l'occasion de donner, il « prend » plus qu'il ne reçoit au risque de se sentir un ingrat. Il oublie le donateur pour se  fixer sur la nourriture et ériger  une existence autonome, solitaire hors lien et don. Se soustraire au don pour ne pas se « faire avoir » et exister par soi-même fait choir un idéal de soi de se consacrer entièrement à l'autre, à être une cible  comblée et comblante. Pour le formuler autrement, prend sur soi pour ne pas prendre l'offre de l’autre, pour le déposséder en se décomptant, en se décomplétant du lien.

Ardoise, Ardoise pivotante, (revolving slate) 

L'ardoise de tout membre d'une famille est chargée avant sa naissance: en fonction  du dévouement ou de la négligence de ses parents, il aura à vivre dans un champ de plus ou moins grandes obligations. De la même manière que ses ascendants, il aura à équilibrer les obligations filiales avec les obligations parentales, nous sommes incités à penser à l'héritage en terme de structure multigénérationnelle.» (IBN)

L’ardoise pivotante ou (balance substitutive) est une facture envoyée avec erreur d’adresse, une vengeance basculée sur un tiers, utilisé comme le débiteur originel qui lui reste innocenté. L’injustice subie dans le passé  autorise  l'infraction envers le tiers innocent. Un premier partenaire reste épargné pour en victimiser un autre. La dette se déplacent d'un créancier réel à un créancier imaginaire. 

« Le flou des souvenirs de l'enfance expliquerait-il le choix d'une cible prise au hasard? On peut s’interroger: pourquoi ne pas rendre la pareille à la famille d’origine?  Nous suggérons l'explication  par ce que nous appelons la double comptabilité. Vis-à-vis de ses parents la personne  exploitée se sent  également en dette. Les parents peuvent être parallèlement  perçus comme des personnes malheureuses  souffrant le martyr. L'ambiguïté qui en résulte  fixe une injonction  s'opposant à toute idée de revanche » (IBN 1972).

L’injustice ne se tarit pas, ni ne s’abolie, elle pivote en réplique négative sur ce tiers non concerné, elle se transforme en nouveau préjudice. L’ardoise pivotante devient comme un « rapport » de l'injustice accumulée dans l’histoire d’un sujet. Le terme d’« ardoise » se réfère à des avoirs ou des dettes indéchiffrées des partenaires, elles attendent d’être évalués de façon équitable: « l'ombre noire des stagnations transgénérationnelles restrictives d'un sujet lui ôte toutes possibilités de relations engagées avec ses pairs ». « Dans un mariage les conjoints peuvent se jeter à la figure des meubles, ils introduisent dans leur relation des éléments qui ne la concernent pas : des comptes non soldés avec leurs familles d’origine.  Un mari risque d'exiger de sa femme la réparation de torts dont elle n'est nullement  cause, torts issus de sa famille d’origine. Il y a là le phénomène de l'ardoise pivotante, il masque une loyauté invisible » (IBN 1985). Dans une formulation plus tardive:«l'ardoise pivotante est l'utilisation du partenaire pour prouver que les parents ne sont pas si mauvais » (IBN 1994).

« L'enfant parentifié est dans une position particulièrement difficile lorsqu'il envisage de nouveaux engagements, tels que le mariage ou la parentalité » (IBN 1993), pour le dire dans une formule : « La déloyauté à la déloyauté est plus profondément une loyauté » (IBN 1993).

 

Asymétrie, 

 

Boszormenyi-Nagy insiste sur le fait que la relation Parent/enfant est nécessairement asymétrique : l’enfant ne sera jamais en mesure de rendre ce qu ’il a reçu, il a moins de pouvoirs institués au sein de la famille, il est moins compétent que les grandes personnes.

Cela ouvre parallèlement la question « du droit de l'enfant à ne pas exister; à l'obligation des parents à considérer le droit de l'enfant ne pas exister....entre parent et enfant, l'un est cause de l'existence de l'autre» (IBN 1995).

Le rapport asymétrique est  souvent mis en avant par les adultes au nom de l'inachèvement de l’enfant, il se déploie à leurs bénéfices. Il favorise une ignorance des contributions des plus jeunes, maintient un frein à leurs droits de donner pour augmenter celui des adultes. « L'enfant mérite de recevoir en échange de rien. Beaucoup de parents pressentent qu'ils n'ont pas droit de se plaindre, ils recouvrent les sentiments d'être dupés par une surprotection, une permissivité, une dévotion martyre. Associés au fait d'avoir été grugés dans leur famille d’origine, les impressions d’exploitation dans la famille actuelle peuvent influencer l'équilibre relationnel allant jusqu'à l’abus de l’enfant » (IBN 1993). 

 

Attention

Etre attentif est une manière de:

-Prêter une attention en écoutant ce qu’un partenaire énonce de savoir ou de vécu. Qui, alors, donne ne plus? Est-ce celui qui transmet son savoir (sans le perdre) ou celui qui se forme ? Est-celui le qui se livre en racontant son histoire ou celui auquel on livre cette « remise de soi » ?

-Prendre soin du partenaire en étant vigilant à la tension entre l’objet du don et à la relation qui en découle.

 

 

Autodémarcation,(self-delineation) 

 

Qu'est-ce qu'un sujet peut donner ou recevoir sans se détruire lui-même? Quelle est la zone de vie « pour  soi » et non pour ses proches  ? Comment ce sujet donne et reçoit en veillant à sa propre intégrité et en défendant sa propre fin? L’autodémarcation est la capacité d’un sujet à se délimiter, à pouvoir s’affirmer clairement comme soi-même en n’étant pas l’autre. Elle consiste pour chacun à se définir de manière plus précise, à être généreux envers un partenaire en étant capable de prendre position, à repérer ses propres critères sans nier ceux du partenaire. Chaque sujet est à lui-même une fin en soi, il se doit à lui-même, tout en étant un épisode dans la série des générations ou il se doit et doit aux anciens et aux futurs générations. 

Quels sont ces autres de nous-même auxquels nous sommes attachés autant voire plus qu'à nous-même? Quels sont ces autres envers qui nous sommes en souci, sont-ils aussi importants que nous-même ? « Un garçon, prisonnier d'une relation peut-être poussé à donner sans qu'on ne lui demande rien (…) par exemple, il est contraint d’être le canal réceptif de  deux parents  qui sont inaccessibles à ses besoins »(IBN)
Il y a  un courage de s'autodémarquer à n’être que soi en tenant compte de ses loyautés en faisant peine à l'autre de moins recevoir et donner, en trahissant la posture d'offrir une occasion de donner. Une amélioration de démarcation de soi a toujours une « connotation de déloyauté envers la famille d’origine que le parent soit vivant ou mort » (IBN IL 178).

 

Autoengendrement,

Se sentir en dette de vie est le moteur de l'aptitude à transmettre la vie, il y a là précisément ce que l'autoengendrement refuse. Il se veut une (re)mise au monde de soi par soi et ne rien devoir ni revendiquer à quiconque, le sujet est dans une grande solitude pour auto-justifier sa propre vie. 

Les familles  « Ces familles, encloses dans leur peau épaisse, sont comme tassées, accroupies sur le trésor d’un auto-engendrement ; elles ne peuvent concevoir qu’elles doivent la vie à d’autres ; elles se veulent sans défaut ; seules maîtresses de leurs origines (au-delà : le néant), elles n’ont dirait-on, pas d’ancêtres ; ou bien au contraire paraissent les connaître comme si elles les avaient faits : subtile manière de les engloutir… » (Racamier), elles se veulent sans défauts de paiement seules maîtresses de leurs origines, elles sont des « suffisances » sans d’ancêtres. Les dons parentaux ne sont plus articulés à la continuité des dons et des dettes  envers les ascendants.  Ils se veulent des dons d’exceptions pour refonder les relations, des dons inauguraux rompant avec le passé des traumatismes antérieurs. lIs endettent excessivement les récepteurs de la génération montante malgré une demande d’ingratitude des parents. L'enfant est « originé » sur l’unique compte de ses parents ce qui l’endette massivement, il n’est pas mis comme un retour à ses grand-parents, Il ne se sent pas l’héritier d’un maillage généalogique de dons et de dettes.

La violence se perpétue lorsqu’une génération prétend épargner une autre d’un pôle de souffrance et recommencer le monde sans tenir compte des traumatismes et violences anciens.

 

Autovalidation (self-validation), 

C’est la capacité d’une personne d’augmenter son mérite, sa hauteur et son étoffe humaine  par des contributions dans une relation.« Le soi bénéficie du soin apporté à l'autre », « en donnant  on augmente son mérite, la valeur de soi. La validation de soi est causée la  quantité de mérites acquise par le fait de donner »  (IBN).

Cette «validation de soi sur le plan éthique» (I BN 994), instaure le sentiment de ne pas être superflu, d'avoir une valeur et un sens à sa vie. Formulé autrement, nous éprouvons notre importance humaine liée à la mesure de la balance du donner et recevoir avec nos proches; ce rapport à nous-même est constitué dans et par l’entremêlement des dons et des dettes avec nos proches.

Dans la spirale de validation de soi, « plus je donne, plus je gagne de légitimité, plus ma légitimité augmente plus je donne » (IBN 1991). Plus je gagne un droit à continuer à me valider et  plus ma liberté augmente, « dans le  sens contextuel, le plus grand degré d'individualisation se situe dans la validation de soi » (IBN 1985) : il permet « la liberté d'apprécier la vie, de bien dormir, d’utiliser son potentiel psychologique, d'user de sa capacité sexuelle, d’être moins destructeur par rapport à soi et enfin d’offrir une préoccupation authentique pour un autre. On voit l’intérêt d’avoir quelqu'un à qui nous pouvons manifester une générosité et d’avoir une chance de donner plus que ce que l'on n'a reçu » (IBN Chexbres 1991).

« Le mot validation occasionne des incertitudes. Il pourrait être compris comme une affirmation de soi sans un contenu éthique. S’affirmer champion d'un sport ou d'une profession n'a rien à voir avec la validation de soi. Telle patiente se valide en se montrant une mère suffisamment bonne et responsable avec sa fille. En tant que femme,  elle est apte à conquérir une infinité d’hommes, elle tente, alors, de se définir et non de se valider. La définition ou la délimitation de soi-même se déploie toujours dans une relation duelle d’altérité, elles sont une façon d'être différent en tant que soi par rapport à un autre. Plus une femme se définit en tant que femme par rapport à un homme, plus l'homme se définit en tant qu'homme par contraste.(….). En psychologie classique, la délimitation de soi se réfère à un contenu d’identité, il y a là une étape importante vers l’individualisation. Pour l’option contextuelle, le plus grand degré d’individualisation se trouve au sein l'éthique de la validation de soi » (IBN 1985).

 

Avidité

«Suis-je un entrepreneur privé, travaillé par la nécessité de trouver des cibles à qui donner?»(IBN 1994) Au sein de la famille, un don recevable exige du donateur le deuil de son avidité à tout donner, tout donner à un partenaire en pensant offrir tout ce qui lui manque, sans rien attendre ni demander. Tempérer l’avidité à donner par la capacité à accueillir et l'ouverture à un recevoir qui compte. « L’ échange-don » nait du fait que les partenaires abandonnent l'idée de se complaire sans condition, totalement, sans le moindre reste. 

 

Bilanisme

«Le bilanisme  consiste dans la tenue d'un compte serré du donné et du reçu, du doit et de l'avoir, transporté dans le domaine psychique et surtout affectif. Le plus souvent il est assez inconscient. Ainsi le but caché de donner est de recevoir en retour, le don conçu comme une perte qu'il s'agit de récupérer» (Charles Odier 1943).

Donner autant que recevoir: rêve d’un équilibre sans manquement, d’une harmonie où les protagonistes seraient quittes en permanence, ni débiteurs, ni créanciers. 

Le «bilanisme» est l'emprise sans limite de la comptabilité, il prétend à une de réciprocité immédiate dans une tentative de faire l'appoint à chaque moment de la relation. L’équivalence est féroce et les calculs sont particulièrement contraignants au sein de la famille. Les partenaires  rendent pour rendre, pour être quittes, ils ne font pas réplique pour répondre aux désirs et demandes des proches mais pour ne rien se devoir. L'émergence du bilanisme dans les rapports familiaux est souvent l’indice d’une situation critique.

La tension dysharmonique, le décalage (Henri Rey-Flaud) entre ce qui est donné et reçu, évolue, oscille en permanence. Les mouvements des plateaux de la balance, la réciprocité différée intensifient une confiance construite favorable à l'évolution et à la fiabilité du lien. Chacun est redevable, mais est à la fois assuré qu’il recevra et qu’il rendra plus tard selon ses disponibilités et les demandes du proche.  « Affection et sexualité sont liées à une relation ouverte et réciproque. Le principe essentiel de la thérapie contextuelle consiste à affirmer que les possibilités d'affection, de chaleurs, d'intimité, ne peuvent être préservées sans un authentique effort  visant à équilibrer la comptabilité du grand livre »(IBN 1981).

 

« Bon enfant »

«L'enfant qui ouvre les bras à l’adulte donne-il quelque chose»? (IBN 1996). Dans le langage des parents, « le bon enfant »  est celui qui accepte de recevoir de bon cœur et donne l'occasion de donner; ses demandes ne sont pas des infractions, des trahisons ni des défis aux offres parentales. « Le jeune enfant nécessite beaucoup de soins et d’attentions de la part de sa mère, Paradoxalement la plupart des femmes ressentent plus de gratifications en s’occupant des touts petits plutôt que des plus grands. Alors, comment le bébé donne-t-il plus à l’adulte et comment mesurer le degré d'équivalence dans le donner et recevoir mutuel dans cette relation quotidienne ? » (IBN,1993).

« Avoir un enfant est-ce prendre à l’enfant ou à donner à cet l’enfant ? » (IBN Chexbres 1991). La question se pose à notre époque où l’enfant reste le seul pôle de fiabilité des adultes aux rapports éphémères. Du coup, l’enfant devient « une cible permanente  de dons » (IBN), chargée de garantir une zone de confiance sans faille dans le monde. Posture impossible à assumer, elle met les enfants en position de bouc émissaire défaillant, elle se perpétue « au nom de la thérapie individuelle, on a parentifié l’enfant, en le chargeant encore plus» (IBN 1995).  

Quelle est la limite du souhait de l'enfant de se faire le bon enfant de sa mère, de ses parents.

« À quel âge un enfant est-il responsable de ses actions, de son droit de donner ?»…. « quels sont les critères qui constituent le trop donner pour un enfant ?»,  « Quel est le rôle du parent pour aider l'enfant à être celui qui donne? Il y a la capacité de donner de l’enfant et le soutien parental à cette capacité. La question devient: comment trouver une limite entre l’'exploitation de  l'enfant et le soutien à sa capacité de donner ». 

« Comment donner aux enfants pour qu'ils donnent ? » (IBN1994).

« Le parent qui permet à l'enfant de donner est celui qui donne le plus à l’enfant ». Boszormenyi-Nagy. n’oublie pas que « Les enfants survivent et luttent pour soutenir la communauté humaine », (IBN 1995) .

 

 

Boulimie,

Le boulimique avale, se comble, se donne quelque chose à lui-même pour effacer le manque ressenti de lui-même dans la mère. Il comble un manque à soi qui est un manque à donner l'occasion de donner en avalant sans retenue sans égard pour l'autre. Le boulimique se soustrait en se dépouillant à un recevoir de bon coeur. Le boulimique  s’empare, en attente d’une rétribution pour avoir donné l'occasion de donner, il prend plus qu'il ne reçoit au risque de perdre de la valeur de se sentir un imposteur ou un ingrat. Il oublie le donateur pour se  fixer sur la nourriture et ériger  une existence autonome, solitaire hors lien et don mais toujours en souffrance et mal de la dette de ne plus recevoir. Se soustraire au donateur pour ne pas se « faire avoir » et e

 

Burnout

Tenter de liquider les dettes par la fatigue, l’effort, ou l’épuisement sont des figures du paiement impossible. Le don en excès, la ruine par le jeu, l'acceptation de l'exploitation seraient des procédés pour liquider la dette de vie.

« la dialectique de recevoir dans le fait de donner n’implique pas que l'on doive plus qu'il n’est dû » (IBN). «La crainte de trop donner (overgiving) surgît dans le rapport où on ne reçoit pas à travers le fait de donner. Qui donne, donne aussi à l'autre la possibilité de donner ....important dans les relations parents enfants ! » (IBN 1994).

 

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