D

 

Débiteur  Défaut  Défécation  Défi.  Délégation. Demande  Dommage Dette, Dette de vie,                        Dette et emprise, Dette et contre-don, Dette et retenu  Deuil  nDévouement  Dialogue,   

Dimension,  Distanciation, DommageDon, don anonyme, Don hyperbolique, don unilatéral,

don vital. Dû. Dysharmonie

 

Débiteur

Pour Freud: lorsque l'enfant entend dire qu'il est débiteur de la vie à ses parents, que sa mère lui a donné la vie, des motions tendres s'unissant en lui à des motions qui luttent pour faire de lui un grand homme, indépendant. Ces motions font naître le désir de restituer ce cadeau aux parents, de leur rendre la pareille. L'enfant freudien est en mesure de se dire : si je dois la vie à mes parents peuvent-ils la reprendre? Ont-ils un droit de mort? La rêverie de sauver  les parents d’un danger menaçant tempère le fantasme de reprise de la vie; il fait  de l’enfant un futur adulte accroché au désir de sauver .

 

Défaut

Ne pas pouvoir faire un retour au niveau du don reçu est « être en défaut », être déclassé, perpétuellement en dette. 

Le désarroi parental à ne pas toujours donner est parallèle au désarroi de l’enfant de laisser du manque à donner chez le parent. Que la dette soit rattachée au défaut de rendre et au manque à donner apporte un surcroit de sens à la culpabilité et son lien à l’angoisse. L’angoisse émerge du vécu que notre propre existence s’assure par ce défaut existentiel.

 

 

Défécation

A qui appartiennent les productions corporelles du nourrisson? La défécation propose à l'enfant un premier choix « libre »: entre le refus qui s’essaie à une démarcation de soi et un don qui (ré)assure le lien mère enfant. 

L’objet anal est une demande adressée, il prend sa valeur de cette requête d’un autre. Pour l’enfant cette demande s’accompagne de l’angoisse de céder (du soi) à cette exigence.

A l’occasion de cette éducation des sphincters, le nourrisson vit une première expérience de don d’une partie détachée du corps. « Il faut que tu me donnes, dit le parent, une modification une part de toi non pas pour moi mais pour toi ». Le « cadeau » reste toujours du corps, de la chair que le sujet  tente de rendre. Don officiel obligé, le don anal est règlement, au sens où il faut le payer mais il est au bénéfice du sujet qui le donne, même s'il est demandé par un autre. On le différencie cliniquement du don soutien de l’enfant envers cet autre.

 

 

Défi

Défier en demandant vise à mettre à mal la prétention d’un donateur  à combler et à connaitre le bien du récepteur. Défier peut prendre la forme de demander expressément ce qui fait horreur à donner ou arracher ce qu’offre le donateur.  Cette demande-défi provoque et fait vaciller le don unilatéral sans retour d’un partenaire. L’enfant défi la mère de lui donner un objet qu'il obtient pour le rejeter. Est-ce le rejet d’être une cible de compassion ?

 

Recevoir sans grâce ni profit sont du même ordre. Tout don accepté non rendu fait courir au bénéficiaire le danger d'être dominé par le donateur d’ou l’option de le défier pour qu’il cesse de se prétendre créancier. 

Il y a aussi un défi à donner ce que le récepteur ne peut pas prendre car au-delà de ses possibilités de recevoir.

 

Délégation

La notion décrit les mandats transgénérationnels envoyés à un descendant par l'intermédiaire de ses parents. Ces mandats sont donnés, il sont aussi reçus à la condition d’en faire bénéficier un descendant.

Les « cahiers des charges » transgénérationnels constituent des mandats éthiques adressés à la postérité pour aider les descendant à tenir la vie. La dynamique oblative intergénérationnelle, les héritages investis par les générations passées pour les générations à venir, sont pour ces dernières des opportunités pour recevoir ou pour (re)donner, pour le dire autrement des occasion de loyautés. Elles pourraient se formuler officiellement : «tu as l'obligation de rembourser l’effort des générations passées en validant par tes identifications  et en reprenant à ton compte le cahier des charges de tes lignées qui t’ont fait vivre». Il revient à la génération dépositaire de trier la pertinence du mandat pour sa propre survie et celles de leurs enfants futurs.

Concept introduit initialement par Stierlin (1974) le mot   « délégation »   vient   du   latin delegare,   qui   signifie« envoyer »   et   « confier   une   charge,   une   mission ». La délégation s’appuie sur la loyauté à transmettre « un mode  d’emploi de l’existence » entre l’ascendant et le descendant. La délégation est inhérente aux relations aux parents; le sujet qui l’assume valide les anciens  et reçoit direction et sens à sa vie, elle s’amarre à une chaîne d’obligations articulées aux générations passées qui permettent des identifications structurantes. Le « délégué » a la possibilité d’être loyal, de remplir des missions qui ont un objectif personnel mais aussi un sens supraindividuel.  

Les expectatives transgénérationnelles sont considérées par le descendant comme un engagement propre ou imposé, elles l’arriment à une appartenance et une identité même si elles constituent de lourds fardeaux  laissés de nouveau à la postérité. Le fait de sacrifier une relation de conjoint, au profit de la perpétuation de l’entreprise d’une lignée, la honte de la séparation parents-enfants comme héritage transgénérationnel représentent davantage  des délégations que des  patrimoines .

Demande

 

Donner, recevoir, rendre, prendre, demander, tout un pan de l’équation de la vie relationnelle familiale balance entre les configurations de ces divers pôles. 

Toutes les modalités des demandes portent en elles-même un éventail de contradictions et paradoxes:, elles prennent la forme :

-D'un don qui anticipe une  demande en la transmutant en  offre. 

-D’une sollicitation pour recevoir favorisant un don cerné: « offre-moi quelque chose que je souhaite, je te reconnais comme partenaire, j’accepte de recevoir, d'être en dette », « je sais que tu sais que je satisferai à ta demande, aujourd’hui je me tourne vers toi avec ma demande….(IBN. 1965). La demande peut être issue d’une réclamation de retour à partir de ce que le partenaire a déjà fait et donné.

 

-D’une provocation, un défi pour se différencier en osant demander ce qu’un partenaire a horreur ou ne peut donner. Que gagne un parent, lorsqu'il donne ce qu'il lui fait horreur à donner? Une telle demande inaugure un souhait propre de l’enfant ignoré de l’adulte. Cette « demande-défi »  met à mal la réponse habituelle du parent donateur, elle est trahison de son oblativité aveugle:  « tu ne sais pas ce qui me manque, ce que je veux  ? ».

 

-D’une invitation, une offre faite à un partenaire pour qu’il reçoive, (la demande maternelle). Le don parental est attente vive d'être reçu, jusqu’a ignorer que trop (s)offrir revient à prendre. Offrir doit interpréter la demande du bénéficiaire, faute de quoi le geste ne serait que méconnaissances, toute-puissance du donateur. 

 

-D’une exigence pour donner l'occasion de donner, elle se réfère aux attentes des parents. L’enfant demande ce que ses parents sont supposés offrir, il se conforme au besoin de donner et à l’offre parentale, avec le risque de remettre (soi ) ses besoins à un autre bienveillant. «L'enfant est-il captif de son rôle de devoir recevoir ? A-t-il une possibilité de ne pas être captif ? Y-a-t-il un aspect actif de l'enfant qui donne à ses parents la possibilité de donner ? Questions qui se posent à l’infini: qui donne et qui reçoit ? » (IBN 1991).« Donner la chance de donner est une manière de donner, le parent qui donne à son enfant l'occasion de donner est à l'opposé du parent overgiver» (IBN 1995) qui monopolise le don.

-Demander pour aider quelqu'un de déprimé à travers le fait de lui fournir une attente.

-«D’une obligation de …demander » paradoxalement parce qu'on a déjà reçu, comme une "politesse" à permettre une occasion nouvelle de (re)donner. L’enfant travaille à résoudre la double énigme de la demande de la mère et d’une dette grandissante envers celle-ci. « Il en fait beaucoup » pour que sa mère puisse  ignorer qu'il lui donne l'occasion de donner.

-D’un refus ….(demander) pour laisser au partenaire une possibilité de donner selon son souhait et ne pas faire vaciller son supposé savoir sur le besoin du récepteur. Autrement dit, souffrir, renoncer plutôt que de demander au risque de revenir au statut de cible unilatérale de don.

Les enfants comblés, avant même d’éprouver un besoin ou de formuler une demande sont dépossédés de leur corps, dans une difficulté pour se démarquer. L'enfant en vient à penser qu’il serait davantage lui-même si rien ne lui est proposé . 

Il est difficile pour des parents contemporains de formuler une demande aux bénéfices d’eux-mêmes, une telle demande soulagerait l’enfant, elle   diminuerait le poids et l’angoisse d’une dette impayable. Cette peur parentale de demander pour soi-même explicitement aux enfants est un trait majeur de notre époque. 

La peur de perdre légitimité destructrice est un frein pour s’autoriser à demander et recevoir de bon cœur .

 

 

Dette

dette de vie, dette et emprise, dette et contre-don, dette et retenue, 

 

L'individu n'est sa propre cause, il nait débiteur d'une dette contractée face a "l'avance" des parents et des siens ….qu'il tentera de rembourser, se vivant en perpétuel obligé. Diverses questions se posent sur l'origine  de ces dettes: dettes des origines, dettes fondatrices, dettes envers la mère ou le père, dettes envers les générations passées ou futures? 

La dette signifie reconnaissance pour le sujet : on lui a donné la vie, il a reçu de façon à grandir en palliant à sa prématurité; « la promesse de la naissance » a été tenue. 

La dette signifie héritage, devons-nous à ceux qui nous ont précédés une part de ce que nous sommes? Comment  son montant peut être évalué? «Les jeunes générations restent redevables à vie pour les bénéfices reçus des générations précédentes et des parents. L'impossibilité d’établir remboursement équitable et symétrique aux ancêtres crée la base d’un donné non-remboursable (IBN 1986).

La dette se présente au plus intime des relations familiales comme une exigence universelle de la culture, une d'institution humaine de même rang que l'interdit de l’inceste. 

Y-a-t-il eu un temps immémorial où le sujet ignorait ce qu’il devait à ses parents et ascendants dans une « innocence primaire de la dette » pour ensuite vivre  et  accéder au temps des comptes ?

Le sujet débute-t-il dans la vie en s’offrant, persuadé alors ne rien devoir? Un telle offrande corps et âme sera-t-elle une première réplique à la préoccupation vitale maternelle. Cette réponse initiale sera refoulée ( G Pommier) restera en arrière fond de tout échange. 

Lorsque le sujet voudra apurer ses comptes par un retour à la hauteur de ce qu’il a reçu, il se sacrifiera lui-même dans une responsabilité démesurée. Prisonniers du dû, il ne peut pas racheter sa naissance, son existence ni rembourser l'humanité qui lui a été gracieusement offerte. Le sujet peut se perdre dans un don total, un accomplissement de soi paradoxalement suicidaire. L’ éprouvé de la dette pèsera durablement à son insu, comme le prix  inestimable de son existence.

Par quels canaux ce sujet peut-il accéder au sens et la mesure d’une telle dette ? Peut-il se fier à son sentiment de redevance ?

Une obligation de donner, pour ne pas se donner s’impose pour parer au risque suicidaire qui aspire vers le néant en présence d’un autre corps ( G Pommier).

Le don est réponse à la générosité « naturelle » des femmes, une réplique à la toute puissance oblative de la mère. le don inaugure une disparité entre le don total premier et la balance des échanges à sa suite. Etablir une parité reste un moteur de la relation qui s’emballe de ne jamais y  parvenir.

 

Les sociétés traditionnelles avaient forgé des mécanismes de règlements et de circulation des dettes. De nos jours le traitement de la dette n’est plus organisé dans un grand récit « éclairant », il éclate dans des discours variés et laisse libre cours à l'initiative familiale. Moins le degré de redevance est prescrit culturellement, plus il y a un risque d’une parentification singulière à chaque famille et une mutation du sens de la dette selon les âges de la vie.

Le sujet post-moderne vit affolements et atermoiements, iI se perd dans un « éprouvé énigmatique de la dette » qui est une crise de la mesure de nos sociétés. Comment calibrer cette dette? 

Comment honorer une dette sans se perdre, ni avoir la désinvolture de l’apurer? Le dévouement parental incite l'enfant à offrir des dons équivalents ou supérieurs mais il n'y a pas de « tarif » pour exister, par son geste l’enfant, paye-t-il, donne-t-il ou prend-t-il? 

 

La dette imaginaire (D2) consiste à assumer la jouissance de l’autre, à rester dans le sacrifice d'une part de soi, à céder pour donner du désir à l'autre, à renoncer à toute séparation. Quelle réplique l’enfant peut offrir a une mère qui donne avec avidité ? Que suppose-t-ll qu’elle attende en retour lorsqu’elle soutient sa vie avec désir et l’épargne de souffrances. Que veut-elle qu’il lui rendre? 

 

 

 

Le cycle du donner recevoir et rendre n'a pas pour finalité de solder la dette, il est le garant de la confiance construite en dépit des temps de dysharmonie.

La question de la dette ne se réduit pas à la possibilité de l’acquitter. La dette de vie n'est pas le dû. « La dette est une occasion de donner » (IBN) et d'ouvrir un cycle du donner, recevoir et du rendre. Donner aide l’enfant à supporter la culpabilité à n’être pas à la hauteur du reçu parental à la hauteur de la demande maternelle d’accepter qu’il reçoive. Le don de l'enfant est là pour éviter les représailles d'avoir rompu un recevoir sans bornes, il initie à un nouvel ordre d'échange. Il délivre de la faute de se sentir coupable d'avoir rejeter les dons maternels. Avoir torpillé l'obligation de recevoir pour s'être délivré de la disposition des parents à donner pour se donner à soi-même, être donné à soi-même 

La relation est naissance de le subjectivité. Paradigme que l'on ne peut comprendre que comme une issue, une sortie du don total et vital.

 

La reconnaissance du don inaugure et oriente le lien vers l’avenir, alors que la dette s'attache au passé.

 

Dettes bilatérales. Toute vie est débitrice d’une autre, les dettes dites bilatérales enchaînent parents et enfants, elles soulignent la dimension mutuelle des relations. À qui suis-je redevable de vivre? Dois-je à mon enfant d’être parent, qui est créancier ou débiteur ? 

Le sentiment d'une dette est le moteur de la filiation, transforme la dette passé en a un don soutenant l'enfant. Les règles, les postures enseignées dans les « écoles » de parents indiquent un rôle à tenir, l’enfant n’est pas connecté à une restitution de dettes qui l’ancre dans une vie voulue par les anciens par l’entremise de ses parents.

Devenir parent est un retour à des enfants, à « ses enfants » de ce qui fut reçu jadis.

 

Le don parental n’est jamais le don inaugural, il est endossé à la permanence des dons et des dettes entre générations, il s’ancre dans la continuité des héritages transgénérationnels. S’il est un don en rupture, dans un essai de réparations de dommages antérieurs dans une tentative de donner ce que l'on a pas eu, il est potentiellement en risque de parentifier davantage le récepteur.

Mettre au monde n’est pas un acte ponctuel, il implique d’accomplir sur du long terme des gestes à l’égard de l’enfant. Certains adultes s’acquittent chichement de la « promesse de la naissance », prétendent un paiement comptant de celle-ci . L’enfant « épuise sa réserve de confiance » (IBN) dans un monde sans secours ni recours; il engrangera de la légitimité destructrice, exigera alors, le remboursement de ce qu'il n'a pas eu, le paiement d'un "avoir" sur le monde humain. La dette est renversée au compte des partenaires qui doivent payer. Le refus de toute reconnaissance de dette plonge le sujet dans un effort et une grande solitude pour justifier sa propre vie.

 

 

Dette de vie

Le don vital est le parangon de tout don, le modèle, la forme originaire  de tout don dans l'esprit du donateur (D2). Le don vital demeure un mythe  à l'horizon, à l'arrière trame du don charitable, du don alimentaire, ce don unilatéral n'existe que dans de rares situations, il le point d'amorce du donner, recevoir et rendre, le starter du don agonistique.

 

Le don vital serait donner contre rien, hors calcul, sans contrepartie ou attente d'un retour envers une cible sans répondant qui par définition est en état de détresse et de fragilité, une cible incapable d'une demande. Son cri de détresse, laisse le donateur répondre de la situation, selon ses compétences et engagements. La cible reçoit sans prendre, sans conditions dans une passivation et une dépendance.
Donner la vie, éviter la mort, sauver n'impliquent pas une attente de réciprocité ni un contre-don supérieur. A l'inverse du don séducteur qui oublie  l'objet pour glorifier le donateur, le don vital est centré sur son contenu secourable. Il ne se pense pas « symbolique » ni moyen pour soutenir un lien. Le don vital se déclare un geste responsable, soins,  « nourritures ». 

Ce moment mythique irradie tous nos dons. Sauver, faire vivre endette qui  a été secourable et généreux dans une responsabilité originaire obligeant à une suite d’ engagements ultérieurs. 

Recevoir dans ce cas de figure était aussi vital que donner l'occasion de donner, chaque pôle se pensant le gardien responsable et conservateur de la vie de l'autre. L'enfant sait qu'il ne peut assurer une vie, sa vie sans recevoir des dons aussi essentiels et vitaux. Dans cette collusion pour éviter le deuil du manque de soi dans l’autre, l'enfant a besoin qu'un adulte ait besoin de lui pour grandir. 

 

Dette et retenue

On donne pour ne pas se donner. Donner avec retenue en laissant du découvert dans le lien, en gardant du « reste » revient à se préserver de la toute-puissance d’un don total. Le plus grandiose, le plus généreux des dons est le refus de tout donner pour sauvegarder l'avenir du lien.« Qui donne constamment tient captif la cible de son don.  Être une unique cible de dons qu'est-ce que cela signifie pour un partenaire. Trop donner est aller au-delà de donner d'une manière adéquate» (IBN 1991) 

Le don sans retenue, à fonds perdus, donation en excès, don oblatif,  unilatéral prétend aller jusqu'à l'effacement du donneur dans la grandeur de l'abnégation. Donner devient la seule chose qui compte pour le donateur qui peut oublier les besoins de ceux qui reçoivent et particulièrement leurs besoins de donner. 

« Qui donne doit permettre à l'autre de donner. Qui freine l'autre dans une possibilité de donner ne reçoit plus dans le fait de donner » (IBN 1994).

Le don sans retenue (D2) n'est pas animé par le souhait de gagner un bénéfice sur l'autre, il se sert d’un partenaire pour une dépense sans mesure afin de lever à jamais l'obligation, la dette.

 

Dette paradoxale: L'adulte rend l'enfant « coupable » de devoir une dette de vie et récuse de manière virulente tout retour; qu'est-ce que donner un partenaire et surtout à un enfant plus qu'il ne peut prendre? 

 

Règlement de dette 

La position des parents oscille entre deux pôles: infliger une dette non acquittable ou refuser à l'enfant d'être en dette, au risque de l’endetter davantage. Si l'enfant tente apurer la dette, elle devient sacrifice de lui-même dans une prise de responsabilité infinie. Le sentiment de ne pouvoir honorer sa dette de vie est surdéterminé par l’impossibilité de « racheter » les dettes contractées par les anciens de son contexte de vie.

Maintenant dirait le parent ideal, « ta vie t'appartient, tu as donné et reçu ce que tu pouvais recevoir et donner à ta famille à tes parents, tu n'as pas besoin de prendre des risques, de mettre ta vie en jeu pour être toi et posséder ton corps ».

Le règlement de la dette s'attache au passé, il peut détourner des engagements pour le présent et le futur. 

 

Deuil

Les processus de croissance ne sont pas séparables des processus de deuil. Au moment ou se profile un épisode de séparation, l’enfant lutte pour protéger l’adulte du deuil de sa perte, deuil de lui-même dans le parent et de la douleur de limiter sa possibilité de donner; il entrave son évolution par considération pour un membre de la famille. Le deuil le plus douloureux est celui qui prive de donner, il freine les processus évolutifs, il cause plus de douleurs que celui qui prive de recevoir. 

Dévouement

Il peut prendre deux formes:

- Le dévouement à donner.  

. Le don et le dévouement habituels des parents incitent les enfants à leur offrir des dons équivalents  afin de moins se sentir éternellement obligés.

- le dévouement à recevoir.

Pour soutenir la justification de vivre du parent. l’enfant réclame, invite son parent à lui donner, il le prie au-delà ce de ce qu’il souhaite et peut recevoir, il se plie inconditionnellement à une réceptivité sans limite. « l'enfant bénéficie du fait de donner. Quelle est la limite du droit de donner?  Quel est le préjudice dans le fait de trop donner ? (IBN)

L’adolescent n’ignorera pas qu'il a donné l'occasion de donner et s'est séparé de lui-même, de ses vœux, en suppliant de recevoir. Il craint la dissolution de soi dans cet excès de recevoir, d’être sans importance d’avoir de valeur que d’être une  une cible de dons. 

 

 

Dialogue

« Aucun dialogue n’est limité à deux participants. Au sein d'une une relation une personne et son monde humain  rencontre une autre personne et son monde humain. Chacun se situe dans la hiérarchie familiale des obligations. De cette rencontre naît un nouvel équilibre de crédits et de débits. La structure fondamentale de nos existences, celles de nos enfants restent partiellement déterminées par les comptes  des générations antérieures, malgré le désir d'indépendance de chacun vis-à-vis du passé » (IBN et Spark,)

«Le thérapeute aide à faire croître le dialogue, il ne recherche pas une objectivité. à l'inverse la société  veut établir l'objectivité du bien ou du mal, il n'y  a pas cette visée dans la thérapie contextuelle ! La seule part objective est l'existence de deux réalités subjectives».

 « Les évaluations subjectives sont en confrontation, les deux subjectivités s'affrontent autour de leurs réclamations pour témoigner de leurs justifications». Le dialogue est « sources de délimitation de soi, d'individualisation», chacun se définit de manière plus précise »..

«J'établis ma propre réalité à travers la contestation de l’autre». « il n'est pas valide de faire  réclamation à une personne autre que celle qui a commis l'injustice ». (IBN 1994)

 

«Une personne ne peut pas savoir ce qu’elle a fait à l’autre, d’où la difficulté de travailler avec une seule personne ». 

« Dans la perspective de la thérapie contextuelle, le dialogue sur la balance du donner et du recevoir procure une mesure plus sensible et plus adéquate des distorsions de la réalité que ne le fait l’analyse de l’univers intérieur d’un seul individu» (IBN).

«Freud attendait que le patient ait  capacité et l'audace de faire face à ses structures psychiques, à ses relations intériorisées. La dialogue thérapeutique exige  le courage de  faire face aux spectres qui résident dans les relations réelles. Si je parle de vous en votre présence, vous observerez mes réactions et je serai le témoin des vôtres. Quels sont les risques et les gains potentiels pour chaque membre de la famille ne pas seulement parler les uns sur les autres, mais faire valoir leurs points de vue devant l’autre?»

Comment débits et crédits sont-ils nommés, ignorés, manipulés, pris en compte dans la spontanéité des rapports de la famille? Personne au sein d’une famille peut se dire le propriétaire et le garant de l'interprétation des dons et dettes.

« Bien-dire l’échange », le dialogue prôné par l'approche contextuelle se veut un espace de production et d'énonciation de la balance des comptes et des justifications dans les face à face des partenaires. «Le dialogue vivant se situe au niveau de la disponibilité d'être là pour l'autre » (IBN).

L'entretien contextuel ne se veut pas un endoctrinement, une soumission à des rapports comptables codifiés propres à la famille, ni une imposition de règles  universelles d’échanges. 

 

Le don m’implique pas toujours une conscience du geste. Donner, recevoir, rendre, prendre sont des interventions qui se réalisent, le plus souvent, à l’insu des partenaires. Nous ne savons pas « au juste » la pertinence de ce que nous donnons, elle nous échappe au niveau de nos intentions, des demandes et de la réception du proche et plus encore des conséquences sur le long terme. 

Le dialogue dépasse la naïveté d’un sujet qui évalue seul les échanges ; aucune séquence de l’oscillation du donner et recevoir ne peut être interprétée isolement selon le point de vue unique du récepteur ou du donateur. 

Le consultant favorise une verbalisation de l’équilibre ou du déséquilibre de la balance des engagements mutuels. Les partenaires remettent sur le métier la fiabilité de leurs rapports jamais acquise définitivement. 

Les prises de paroles visent un échange « plus juste » dans la spécificité de chaque lien. Cette évaluation de la réciprocité coûte à chacun mais assure une crédibilité à la parole dans un lien de confiance augmentée. 

«Est-il possible de demander aux gens de donner plus que ce qu'ils ont reçu au départ ? » (IBN). Le dialogue est sauvegarde de la démarcation de soi et de l’individualisation, il permet de sortir d'une logique du tout ou rien, d’un monde sans mesure, ni calcul. 

Il y a toujours du non raconté « agissant » inscrit dans le « grand livre ». « Pourquoi as-tu fait ça? de quel droit ?»; chacun peut être en mesure d’évoquer ses justifications à tout partenaire capable de lui poser une telle question. Le dialogue dépasse le rapport entre contemporains: 

« Le dialogue intergénérationnel avec sa volonté de responsabilités mutuelles est un absolu interhumain assumé par l’approche contextuelle »  IBN et K 1986).

« la suite des générations sont aussi en débats les unes avec les autres même si elles ne peuvent jamais être dans un dialogue parlé » (IBN).

"Nous ne considérons pas la génération des parents comme cause première de l’impossibilité d’un dialogue. Nous attribuant la responsabilité de son ouverture aux membres de toutes les générations d’une famille. Les parents ont une responsabilité tout comme leurs enfants adultes. Parents au même titre que les enfants sont supposés prendre le risque d’un tel échange.  La descendance a le droit, la possibilité d’inviter à ce dialogue et une phase de confiance. Les tentatives d’un enfant devenu adulte d’initier une meilleure  attention entre les générations est une ressource et son auteur tire bénéfice de son engagement » (B G and T, ).

Le dialogue contextuel décale le sens habituel, il ne se résume pas à une communication émotionnelle entre proches de part son exigence de paroles autour de l’équité et de la réciprocité.. 

 

 

Dimensions

Toute personne en relation prend en charge la réalité de l'origine spécifique de sa propre vie (…) chacun a son royaume existentiel où il est seul confronté au fait d’être né, de vivre pour lui-même et de mourir. Alors, comment faire pour prendre en considération les besoins de deux protagonistes dans une relation ? Théorie et  pratique contextuelles proposent une approche dialectique, elle englobe, à la fois équitablement, les critères individuels et relationnels (IBN) .

La thérapie contextuelle n'est pas une technique ni une éthique n'est plutôt une compréhension de la nature des relations humaines. Elle propose une théorie de l’intégration qui décrit des relations à travers cinq dimensions. Les dimensions constituent « les organisateurs des relations familiales », les  «facteurs actifs présents » en leurs seins, les « déterminants majeurs de nos actions ». Elles ne sont pas réductibles les unes aux autres.

 

La dimension (D1), des faits «objectifs», les  aléas du destin, les tares, les fardeaux, les avantages et dons distribués par la vie: les racines génétiques, la santé physique et les gènes personnels. Quelles sont les cartes offertes: les blessures, les caprices, les maux qui ont fondu sur une personne? Quels sont les atouts, les faveurs du sort, les chances insolentes? La dimension (D1) regroupe les éléments non relationnels qui ont un rôle déterminant dans les relations, des conséquences dans d’autres dimensions. La thérapie contextuelle s’abstient d’options théoriques explicatives autour de l’origine de la justice distributive; elle ouvre la possibilité d’en parler: « Est-ce que tu penses que c'est injuste d’être…orphelin…. diabétique», « Y-a-t-il quelqu'un à blâmer ?»

Par exemple, 

«Les éléments de vie: les divers richesses, les cartes reçues, la loterie du lieu de naissance....... entre les partenaires d'un couple ces questions rentrent en ligne de compte» (IBN 1994).

Être « un élu du destin» recevant tout pour rien en n’ayant ni compte à rendre ni rien à rembourser au destin. Un telle grâce « indue » de recevoir sans un quelconque effort, est-elle un point d'appui pour le sujet de s'enorgueillir d’une aura narcissique ou de s’ouvrir à des possibilités de partage? 

Les cadeaux du ciel, les dons de la providence procurent-ils l’impression au sujet de vivre une existence à crédit, de recevoir par une chance imméritée des biens sans mesure. «Ce que la vie donne va bien au-delà de ce qu'une personne peut donner à une autre » (IBN 1993).

« Y a-t-il une balance entre ce que la vie donne et ce qu'elle prend ?  Comment cette première balance s’articule-t-elle au donné et reçu au sein de la famille ? » (IBN) .

La survie après un accident ou un génocide peut être considéré comme une grâce du destin : « qu’ai-je fait pour être sauvé »? Y-a-t-il  « une dette de survie », une obligation à témoigner et à poursuivre les génocidaires. « Les survivants ont payé un prix exorbitant en souffrances et en pertes d’opportunités de vie. Malgré l’énormité du coût, une majorité des rescapés parviennent à accomplir de nouveau un départ:  ils fondent une nouvelle famille et éduquent des enfants comme tout un chacun. Ces survivants sont surlégitimés, leurs souffrances sont établies: ils ont eu à produire un extraordinaire effort pour dépasser des difficultés  plus importantes que la mesure d’une vie. De surcroît, ils ressentent une dette envers ceux qui ont injustement disparu, bien qu’à l’évidence ils n’ont pas péri de leurs faits. Que cela soit approprié ou non, les survivants se sentent plus obligés que d’autres personnes qui ont moins de revendications  ou de légitimité dans leur vie »; (IBN et K 1986 ).

Ils ont, continue Boszormenyi-Nagy, une «dette de survie » à laquelle ils ne peuvent pas échapper, envers ceux qui ont péri, mais aussi envers la postérité. Ils ne souhaitent ni charger le futur ni l’humanité elle-même, de la connaissance de leurs expériences et s’Ils adressent des témoignages c’est pour éviter le retour des horreurs. «il n'y a que les survivants qui peuvent témoigner de ce qui s'est passé, il y a une culpabilité liée au fait de ne pas témoigner pour ceux qui ne peuvent plus » (IBN). 

 

La dimension psychologique ou dimension (D2),  regroupe les déterminants psychologiques fondamentaux d'un sujet en termes de conflit psychique ; les fantasmes, les rêves, le roman familial etc. L'autre est une cible sur laquelle chacun peut faire des projections, des déplacements, il est objet, moyen de la gratification des pulsions.«Plus une relation est intense et engagée  plus le besoin de soumettre le partenaire au format relationnel interne s'intensifie. Simultanément l'équilibre de la relation devient injuste, le dialogue entre partenaires prend la forme d'un Je-Ça au lieu d'un dialogue mutuel Je-Tu décrit par Buber» (IBN 1986).

Si un sujet évoque une « question » à élaborer autour de son père, patient et psychanalyste peuvent vivre dans le transfert et le contre-transfert des éprouvés par exemple de rage, de la soumission ou de peine; mais dans dimension de l'éthique relationnelle, il n'est pas possible de déplacer la responsabilité du père, les comptes du fils avec le père sur le psychanalyste.

La (D2 ) est en grande partie l’œuvre de Freud, le psychisme, le caractère, la personnalité déterminent les aiguillages des désirs dans lesquels la personne s'est engagée; la légitimité (D 4) est le carburant de cette action. Il existe une tension, « une balance éthique entre ce qui est nécessaire psychologiquement (D2) et  ce qui est équitable dans la relation (D4) ».

« La théorie contextuelle ne voit aucun avantage théorique dans l'option qui  éliminerait du champ des préoccupations thérapeutiques, la signification des pulsions, le développement psychique et le vécu interne. Au contraire l'intensité et la profondeur des implications relationnelles de la psychanalyse gagneraient à être explorées, amplifiées et intégrées aux autres dimensions contextuelles ». (IBN)

Mais par ailleurs en 1996, il cite un thérapeute : «connaître la psychanalyse met dans une position de désavantage, orientez-moi une ménagère du coin et j'en fais une thérapeute contextuelle ! » .

La posture du consultant contextuel se formulerait: « comment pouvons-nous, vous et moi, le thérapeute, travailler en équipe pour aider votre famille? » ; par contraste la position du psychanalyse serait «Comment pourrais-je être un meilleur parent substitutif pour que vous puissiez m'utiliser pour vous faire évoluer sur le plan émotionnel(IBN 1973).

« Les matériaux produits par les rêves, les tests projectifs etc. peuvent fournir des indications sur le processus relationnel, uniquement du point de vue unilatéral(……). L'approche contextuelle tient compte, bien évidemment,  des affects, pulsions, défenses, structuration du moi, éléments transférentiels etc. L'effort visant à restaurer la confiance  provoque d'éventuels mouvements: de rages, de désespoir; le thérapeute contextuel doit pouvoir les reconnaître sous peine de ne pas progresser. De telles réactions peuvent être intensifiées par le dispositif contextuel car elles sont vécues in vivo  plutôt que dans le cadre substitutif du transfert (IBN 1981)

Le père, l'enseignant, le psychanalyste peuvent avoir dans le transfert la même signification pour un adolescent. Mais les compte relationnels ne peuvent être transmis. Le psychanalyste ou le professeur ne sont pas responsables pour ce que le père a fait.

La dimension des transactions systémiques (D3) est le champ de la communication interpersonnelle, des modes d’interactions repérables et des rapports de pouvoir qu'il est possible d’observer et de décrire. On retrouve les termes de : rôles, patient désigné, règles, mythe familial etc?
«L’approche contextuelle ne perd jamais de vue que l'objectif thérapeutique est de profiter aux personnes et non aux systèmes ». «En soutenant le système, je suis pour tout  les partenaires simultanément. Pour l'enfant battu, l'option systémique n'est pas réaliste, on ne peut être neutre, on se place au côté de la victime, d'ou la difficulté d'être thérapeute de chacun»,  «L'approche contextuelle rend une vie humaine aux scénarios systémiques » (IBN 1996).

«Mon intérêt a diminué pour la notion de système développée dans les années 50. À cette époque, le modèle est fondé sur l’organisation du pouvoir. Le thérapeute doit savoir quels changements sont nécessaires pour la famille, voila qui est particulièrement arrogant ! je m’intéressais déjà à aider… Staline et Hitler ont changé beaucoup de choses, ils ne sont guère thérapeutes. », (IBN Paris 1996).

La dimension de l'éthique relationnelle ou dimension (D4).

«il est incontestable que chaque membre d'une famille doit développer une complémentarité avec la dynamique inconsciente des autres. Nous rencontrons  dans les familles des hiérarchies d'obligations, des collusions défensives et des modalités d'exploitations qui ne sont pas définissables à l’aide des concepts de psychologie individuelle.(…….). Nous referons à une attitude  qui intègre l'éthique relationnelle, Elle reste la clé d'une compréhension de la différence entre les options de la dynamiques individuelle et le point de vue relationnel » (IBN 1973).

«La dimension (D4) est la pierre angulaire, spécifique de la thérapie contextuelle qui la différencie d'autres courants thérapeutiques. Cette dimension dialectique et éthique  constitue le fil conducteur, la boussole dans la thérapie contextuelle sans pour autant oublier les trois autres dimensions » (IBN 1985).

Boszormenyi-Nagy dans d'autres formulations énonce: dans la dimension 2 « on repère  « ce qui surgit du psychisme des individus et modifie la relation , dans la dimension 4 on s'attache à « ce qui  nait, noue se déploie dans une relation et transforme les deux partenaires » (IBN 1993).

La dimension (4) de l'éthique relationnelle se centre sur l'équité dans une relation, la balance entre les mérites acquis et les obligations contractées, elle assure la confiance et la fiabilité dans le lien familial. « Aucun être humain n'est sans demande autour de l'éthique relationnelle (D4)»

«Chaque relation a son propre tribunal avec des critères spécifiques pour définirl ’équilibre entre les concessions mutuelles. Tous les écarts aux principes de l’éthique relationnelle dans une relation donnée devront être considérés selon les modalités de la juridiction propre à cette relation.» (IBN)

Cette dimension est l'invention de l'approche contextuelle, le levier majeur de l’entretien, le biais par laquelle les résultat sont obtenus.

« L'éthique relationnelle est un concept humain universel qui ne repose pas sur des ordres de valeurs, mais sur une juste répartition des mérites, bénéfices et  obligations au sein d'une relation», (IBN 1994).

«Il y a un composant éthique dans le rapport entre proches qui le différencie d'une relation de marché: « je t'offre ma sollicitude, tu m'offres ta sollicitude ». Une telle proposition invite à une mise d’éléments de loyauté. La loyauté est mon offre de loyauté, différente de celle d'autres partenaires, les personnes de la famille sont liées par des offres de loyauté singulières. L'éthique relationnelle est l'abord de la relation en termes d'offre de loyauté et de droits. », (IBN,1995).

Les relations familiales se régulent par des mouvements de répartition des dettes, mérites, obligations et crédits. « La justice dynamique  au sein des relations familiales,  est une armature éthique, un fil d’acier  présent dès que quelque chose se passe entre deux personnes », (IBN 1991).

« De quoi parlons-nous avec la notion d'éthique relationnelle? Lorsqu’on évoque la dette, l’obligation, la dynamique du donner et recevoir dans les relations intimes, on s'approche de cette idée». 

«Si je demande constamment et ne rends rien, il y aura des conséquences, j’aurai à faire face aux conséquences, c'est là la spécificité de la thérapie contextuelle »,  (IBN Paris 1996). 

La dimension de l'éthique relationnelle insiste sur les conséquences des  avantages et des dommages acquis par les générations précédentes, sur la façon dont ces héritages seront tamisés au cours de la vie d’un sujet par les générations futures.

 

La dimension ontique ou dimension 5 (D5) 

Le rapport a soi est indissociable de l’appui de l’opposition d’une autre subjectivité; il n’y a pas d'identité sans autre. L'assurance de l’existence et de la continuité du soi dépend du lien que le sujet peut maintenir avec des autres. L’essentiel  pour ce sujet est de pouvoir « être « en relation pour « être » Ce rapport de dépendance fondamentale est défini, par l'approche contextuelle, comme une « dépendance ontique ». Deux sujets  peuvent maintenir une dépendance ontique l’un avec l’autre, malgré les déséquilibres de l’échange, les injustices subies, ils sont assurés d’un rapport, bien qu’injuste: « ce n'est pas la qualité de la relation qui compte c'est d’être en relation ». La D5 ancre une identité toujours préférable un contexte désubjectivant vide d’autres. « L'horreur intérieure de la solitude (..;) le manque de délimitation dialectique du soi fait que l'on s'accorde avec les demandes de rôles pathologiques même lorsqu'il y a très peu de chances d'établir un dialogue réciproque pour donner et recevoir » (IBN 1965).

 

« Dans n'importe quel phénomène toutes les dimensions sont impliquées. Mais saisir la complexité des cinq dimensions, risque de faire perdre une compréhension en profondeur, l'important est l’implication éthique, la possibilité d'interroger les comptes relationnels et non pas de faire un diagnostic multiréférentiel de la famille ». 

Boszormenyi-Nagy ,insiste tout au long de son oeuvre sur.:

«La prise en compte de la globalité existentielle des relations se focalise sur les questions d'éthique  relationnelle plutôt que sur les questions psychologiques».

Mais «Affection et sexualité sont naturellement concomitantes à une relation ouverte et réciproque. L'option essentielle de la thérapie contextuelle indique que l'affection, la chaleur et l'intimité ne peuvent être préservées sans l'effort authentique visant à équilibrer la comptabilité du grand livre ».

l'inventeur de la thérapie contextuelle note que : «la psychologisation des obligations interpersonnelles provoque le rejet de la dimension de la responsabilité d'une personne envers une autre. La juste réciprocité lors de l'échange entre deux êtres humains ne peut pas être réduite à une relation moi surmoi ou à un devoir religieux  envers le prochain. Le thérapeute familiale doit reconnaître la nature dynamique et vitale des questions de la  juste réciprocité ou de l'équilibre équitable au sein des relations. Il est important de séparer l'aspect éthique des relations d'une évaluation des individus selon un degré de droiture ou de perversité» (IBN 1973).

Pour les professionnels, il y a là une mutation «La transition du cadre psychologique au cadre contextuel demande non seulement une flexibilité intellectuelle mais simultanément un investissement personnel  du thérapeute. Le coût de l'investissement se mesure en termes d'une diminution de la valeur des ses interets scientifiques et techniques antérieurs et dans l’accueil de ses propres relations intimes sur un niveau d'existence profond » (IBN Zurich).
 

 

 

Distanciation

La distanciation est la tentation se dégager des obligations inhérentes en se désimpliquant de la navette du donner, recevoir et rendre. Elle incite à établir les liens sur des règles, des rapports de pouvoir, de forces ou encore de la manipulation stratégique. 

Emprise, pouvoir et maîtrise viennent, alors colmater, l’impossibilité de maintenir un lien fiable et équilibré dans les relations familiales: le partenaire prend, refuse de recevoir, ne crédite aucune contribution. La distanciation peut s’exprimer par des propos qui suggèrent d’offrir crédit et considération aux contributions au proche est naïf, un risque de «se faire avoir». Le désengagement ne doit pas être interprété comme un abandon du lien mais plutôt comme une recherche pour établir de nouveaux rapports.

Dommage

Au sein de la famille les dommages et  les dons s’inscrivent dans un contexte et une histoire passée, actuelle et future. «Le dommage causé n'est pas uniquement mesuré par la victime. L'enregistrement du dommage persiste au delà, il devient extérieur à la relation où il s'est produit, il  s'inscrit dans le registre du tribunal de l'ordre humain que la victime se sente ou non endommagée » (IBN 1998)

« Le dommage de l'exploitation n’est mesurable que sur une échelle construit par une personne sur la signification de sa vie entière » (IBN).

Le dommage est une atteinte à la capacité d’un sujet de faire confiance dans le monde humain et  de pouvoir donner dans des relations longues:

«la mesure de l'abus est dans l'intensité du dommage porté à la confiance » (IBN 1993).

« Blâmé un enfant lorsqu'il cherche à se rendre utile est un dommage qui entame sa capacité à faire confiance. Comment mesurer la perte de confiance de cet enfant? » (IBN 1990) Comment mesurer «La douleur de ne pas être reconnu comme une personne qui donne» (IBN1994)

«L'atteinte à la capacité de donner est l'un des dommages les plus graves », « Le plus grand dommage est de  bloquer la capacité de donner de l’enfant (IBN 1996). « Le dommage ne pouvoir donner amène un droit à revanche ou de vengeance sur d'autres partenaires »(IBN 1998)

« En thérapie c'est un grand avantage de pouvoir parler de son impossibilité de donner, il y a la ressource de survie » (IBN 1994).

 

Don

Don anonyme, don hyperbolique, don unilatéral, don vital

 

Le travail en navette de donner recevoir et rendre est omniprésent dans les relations familiales. Il détient une étonnante faculté, pouvoir instaurer un rapport plus fiable que les affects et les émotions qu’il accompagne ou croise.

Le mouvement incessant du cycle du don active de l’autre en nous, aucun épisode ne peut être interprété isolément, hors du rapport historique. Tout geste est un défi, il honore et provoque le proche à qui il s’adresse, et ouvre une perspective de réponse. Le geste ne peut être réduit à son intention, il est toujours inégal à son projet, il n’est jamais l’acte d'un sujet autocontrolé.

 

Donner sans aucune volonté d’un retour, serait-il vouloir être un dieu parmi les hommes, un équivalent du soleil. Le don gratuit, sans condition, existe dans l’intention du donateur, qu’en est-il du côté de celui qui le reçoit? 

Un parent inscrit son geste dans la colonne du don gratuit, une mère donne à son bébé sans avoir en tête la moindre contrepartie. Elle peut être pleinement satisfaite de donner dans une initiative en pure perte, un geste désintéressé, essentiel à la vie. Boszormenyi-Nagy enseigne que le don ne résume pas à l’intention ni au désir du donateur. Il est impossible de décréter dans la solitude de soi, la gratuité de son geste pour que le récepteur soit libéré immédiatement de tout retour. 

Le donateur est sans maîtrise de la réception. Les suites d’un don inauguré dans la colonne de la gratuité ne sont pas prévisibles, ses conséquences restent non anticipables, elles échappent au donateur. Voilà cette mère qui donne sans compter, l’enfant met un doigt dans la bouche de celle-ci après la tétée, la nourrit-il par ce geste? Il se développe une situation d'allaitement mutuel affirme Winnicott. Le psychanalyse fait l'hypothèse que  des l’aube de la vie, il y a un contre-don, une tentative de réciprocité.

Pourquoi ce même bébé ne se satisfait-il pas de l'impression que tout lui est dû et témoigne d’une volonté de réciprocité impérative?

Le bébé a-t-il déjà un sens de la dette, de la réplique, voire même d’une justice relationnelle ?

Je ne peux comprendre, déduire le vécu d’un récepteur de ma place de donateur. Le don ne peut pas, non plus, se réduire au moment de la réception, il implique autant  récepteur et donateur. Ce dernier ne peut pas contrôler l’accueil : que fera le récepteur du don ? Aura-t-il un plaisir ? Le ressentira-t-il comme une charge ? Le don peut être dit symbolique, c’est à dire n’exister que comme dialogue.

Un don isolé, terminé n'existe pas; le don présent est un épisode dans un cycle toujours déjà commencé, toujours en cours jamais achevé, il prend place dans une circulation dans le contexte de vie présent et transgénérationnel de chacun. Les dons parentaux non ancrés dans  une  continuité transgénérationnelle sont des essais de réparations, de nouveaux départs, de (re)commencer à zéro .

Le don est attente d'être reçu, le donateur demande que le proche reçoive, prenne ce qu'il offre. Donner est déjà recevoir, donner recevoir sont intimement mêlés; « il y a du prendre dans le trop donner ». S’ouvrent, alors des questions: « Quel est le besoin de celui qui donne le pouvoir de donner ? » « Quel est le droit de donner de chacun dans une relation qu’il faut distinguer du besoin de donner » (IBN 1995) .«Qu'est-ce qu'un manque d'opportunité de donner dans une relation ? » (IBN). 

Le don lutte contre la capture imaginaire, Il sépare pour unir, donner est à la fois se séparer, affirmer que l'on est séparé que l'on se différencie des objets et en même temps donner est faire passer quelque chose du soi d’un donateur dans ce qui est donné.

 

 

Don vital

Qui donne sous le régime du don vital? Dans le régime du don vital, ne pas donner est mortel ne pas recevoir l’est aussi, s’affranchir, se soustraire du don est fatal, chaque partenaire se pense, se veut le conservateur, le gardien, le garant, auteur et réalisateur de la vie de l'autre. Chacun devient le dépositaire et le concessionnaire de la vie précaire et fragile de l’autre, il est occupé dans sa vie intérieure par l'autre, habité par une existence  qui lui  est si nécessaire que sa perte est éprouvée comme une perte de soi. Chacun à une responsabilité illimitée et aspire à la dépendance absolue dans une emprise mutuelle, une mainmise totale et réciproque. L’enfant et la mère se pense suffisant mutuellement. Le don vital est le plus inconditionnel et coercitif des dons. 

Ce don est moins plaisir qu’apports d'éléments vitaux contenant du nécessaire, de l'indispensable à la vie d’un récepteur sans lesquels il ne pourrait survivre. Ne pas le recevoir équivaut au risque de la mort, tout refus est un arrêt de mort mutuel, une perte absolue de légitimité le don vital ne s'attend pas un retour puisque l'autre est en état de détresse. Le  don vital assure un surcroît mérite, de la grandeur humaine Ce moment mythique du don irradie tous nos dons.

La mère se fait le garant de la vie en prenant la mort sur elle. L'enfant sait qu'il ne peut soutenir sa vie fragile, il ne peut que se donner en réponse au don qui garantit son existence, légitime la mère, mais le pétrifie, il ne peut alors rien demander d'autre que ce qui est prodigué comme essentiel et vital dans la perfusion oblative. Chacun est traité par l’autre comme une partie de soi en détresse, une partie friable, chacun dans la dyade s'accroche à l'autre pour tenir à la vie pour que la vie se tiennent à deux. La mère cesse de vivre pour qu’un autre vivent et réciproquement. Le don vital prétend donner ce que personne ne possède une garantie de vie.

 

Pour les adultes, sortir du don vital est constater que les enfants grandissent  sans eux et sans une intervention oblative permanente; pour les enfants c’est faire l’expérience que les adultes peuvent vivre sans leur bienveillance.

Le deuil du don vital n'est envisageable qu'à la condition de pressentir au-delà de cette perte le vide ne sera pas absolu, il y aura la possibilité de donner.

 

Don unilatéral 

La maternité est un déséquilibre, la mère n'attend pas de recevoir, elle est toute dans la pensée de donner, de donner ce qui manque et fait vivre. Ce don hyperbolique sans retenue ni réserve, ce don total dépersonnalise et peut perdre le donateur qui se livre dans le geste. Le don pure est une exacerbation du donneur au détriment du receveur qui craint de ne pas être à la hauteur du don du premier, de ne pas pouvoir rendre la pareille, de faire un contre-don sans envergure. 

Quelles sont les critères qui constituent le trop donner à un conjoint ou à un enfant ? 

Quand l’enfant déchoit-il de ses prétentions à vouloir être adéquate à la demande de retour qu’il suppose de la mère? Comment prend-il sur lui de « s'arracher » par une initiative de refus pour ne plus être son obligé ?

Ce qui revient à dire que l'on donne (D4) pour ne pas se donner (D2), que chacun se défend de la passivation en donnant. D'où l'importance de valider le don de l’enfant par une reconnaissance qui lui évite de se donner sans merci ni bornes.

 

L'impossibilité de donner est une impasse; il y a une rancœur de ne pouvoir donner, une perte de protection qui inaugure une méfiance envers les proches, une perte de confiance dans le monde humain. L'impossibilité, l’interdiction de donner sont pour un sujet un descellement, un décrochage de son humanité, un obstacle pour acquérir une propriété de lui-même. Un enfant ne peut saisir pourquoi est-il exclu du don, il est, alors, freiné pour oser dépendre et se sentir protéger. S’ouvre donc une question: qu'est-ce que donner sans accabler? 

 

 

Dette et don

Le don est plus fort, plus important que la dette, il n’annule ni la créance ni ne vise à conclure pour solder le compte, il ne se veut pas une traite sur la dette. Le don ne sera pas considéré par les parents comme un acompte sur le désendettement. La dette n’est pas transmuée en don lorsque l’enfant n’est jamais reconnu dans ses contributions. Le don maintient  du compte, ouvre un pari sur l’avenir, il est l’énergie de la relation. Dette et don sont la dimension des liens qui comptent et unissent les personnes, les vivants et morts. Ils sont le refus du rapport instrumental à autruI, la matrice de la vie en lien, organisateurs de la vie psychique et relationnelle

 

 

Dû 

Qu'est-ce qui serait dû et qui devrait quoi ? Les sens flottants de la dette du don demeurent énigmatiques, contradictoires dans les discours familiaux, ils sont par contre des sources d’énergie et de motivations.

La dette d’origine est-elle un dû ? Si l’enfant la porte comme un "présent immérité" (Kafka) dans un éprouvé vampirique qu’aucun reversement ne peut solder; elle l’assujettit d’autant plus si les « parents archaïques » (D2) réclament leur dû pour apaiser leur colère. 

Une telle dette ne s'efface pas, elle n'est dit Boszormenyi-Nagy qu'une une opportunité pour permettre des initiatives pour donner. La dette n'est pas le dû, elle se transforme en devoir de ne pas oublier.

   « Le droit de donner est plus important que le devoir de rembourser » (IBN 1993). 

Reconnaître qu’il s’agit d’un don et non d'un acompte sur les dettes d'origines, aide l’enfant à prendre part aux mouvements du donner, recevoir et rendre. 

L'appui du crédit parental est habilitation, « mesure » de ce que l'enfant donne : un don  identifiable. Valider, créditer le geste reçu, le fait glisser de l'idéalité d'un tout rembourser sans mesure, à «un donné», quantifiable, limité, circonscrit mais non dérisoire. La mesure introduit une pacification dans la recherche de la réciprocité et instaure la fiabilité relationnelle. 

Les « parents usuriers » octroient une vie à taux élevé, l'enfant négligé se confirme dans l’option qu’il n’a pas reçu les avances dues à la naissance. 

Ce manque l’invite à un refus de pactiser en n’acceptant pas le cycle du donner, du recevoir et rendre. Société et adultes sont créanciers à son égard. Le « dû », facteur de la légitimité destructrice, fait croire au sujet que l'autre lui doit, qu’il n’a rien à rendre, rien à partager. Tout don est reçu comme un dû, moins que rien, une compensation dérisoire. 

L'invention de Nagy est le crédit, l'obligation de reconnaître, l'enfant fait des  gestes, les parents y voient-ils des avances ou le règlement d'une contre-partie de dûs originaires? 

Nous sommes au cœur d'une relation intersubjective; comment récepteur et donneur s’accordent-ils dans le régime du donner et recevoir. Où se trouve le juste statut du geste ? Est-il un remboursement, un contre-don ou une avance généreuse? 

Les questions du consultant contextuel anticipent les éprouvés  de l’enfant: se sent-il redevable, coupable, responsable ? Que paye-il? Il n'y a pas de réponse de surplomb. 

On pourrait jusqu'à dire que la honte et la culpabilité s'exaspèrent lorsque les contributions de l'enfant sont considérées comme des échéances ou sont ignorées et disqualifiées comme des manifestations d'une culpabilité issue du  des fantasmes meurtriers.

« Rendre à tout prix » serait conclure que les parents ont donné à fonds perdus, qu'ils ne manquent de rien sauf de ce qu'ils ont donné, le prix de l’enfance prodiguée.

Qualifier le geste comme un don par les parents revient de leurs "parts" à s'accepter comme manquants de quelque chose ....ayant une faille, un besoin de recevoir. Par contraste, l'acompte reste centré sur ce que doit l’enfant, la récupération de ce que les parents ont dépensé. Rembourser, est pour un sujet se centrer sur soi, un soi endetter qui a manqué; on ne donne pas pour donner, ni pour rembourser, on donne pour le proche. La dette devient une occasion de donner. L’éducation consiste à glisser d'un régime d'endettement en accusant la réception d'acomptes, au régime du don qui établit de la confiance.

La où je me donnais corps et âme pour être à la hauteur de l'oblativité parentale je dois  advenir comme un sujet capable de don qui ont à voir avec les souhaits ou besoin de l’autre.

il y a là une opération majeure dans la relation parent enfant. Le consultant se doit d'aider les parents à reconnaître comme une inauguration, une initiative la contribution de l'enfant.

Dysharmonie

Dans les liens familiaux, « la tension dysharmonique du don » est permanente, il y a des moments de déséquilibre, de disparité, de ratage dans la navette du donner et du recevoir. La logique du don intègre des décalages de temps entre les allers et retours, de la surenchère et des conflits. Les partenaires sont  souvent en retard pour comprendre les d’ajustements des proches. L’ enfant éprouve un écart entre son attente et ce que la mère donne, celle-ci ressent une distorsion entre ses attentes et le retour de l'enfant.

 


Accepter l’impossibilité de maîtriser l’échange, admettre l’incertitude de ce que l’on donne, attendre les besoins du proche pour faire réplique renforcent la confiance méritée dans le lien. On ne rend pas pour rendre; un intervalle, un temps de suspension avant de rendre est nécessaire, il concourt à l’établissement d’une confiance méritée.

Le décalage veut dire que les comptes ne tombent jamais justes, en aucun cas il ne s'agit de faire l'appoint. L’alternance des positions de donateur et de récepteur  préserve d’une « relation symbiotique non différenciée ». Le cours des échanges entre proches est instantané, aucun ne sait au juste comment les plateaux sont positionnés au moment d’un geste. On s'éloigne d’une  fiction juridique; les partenaires familiaux ne seront jamais quittes les uns envers les autres. Le don a toujours l’aspect d’une gageure devant l’obscurité du partenaire, un pari sur l’avenir du lien.

L'important est moins l'équilibre ou le déséquilibre; l'important est d'avoir des comptes, avoir des comptes garantit une appartenance dans une relation qui même insatisfaisante peut être source de définition de soi.( D5)

Par contraste, la réciprocité immédiate harmonique peut devenir une loi tyrannique dans relation de face à face.