Cadeau 

 

L'enfant est-il  un cadeau donné aux parents pour qu’ils puissent donner à leur tour ? Le  cadeau offert à l’enfant contredit, le fait qu’il serait le cadeau (G Pommier). Pour un enfant, réclamer serait résister à l’objectivation en demandant à ses  parents de donner dans le sens de ses vœux.

« La mère contrairement à l'amante ne se donne pas elle donne » (JM Delàssus) « Si on fait un cadeau, c'est pour n'avoir pas à offrir son être-même, c'est à dire qu'on s'offre sous cette forme déplacée, ça évite un certain  cannibalisme » (D Sibony Avec Shakespeare p 185)

 

Caprice 

Le caprice, la demande réitérée, la réclamation d’un « toujours et encore plus » émanant de l’enfant est résistance,  mise en échec d’un don total parental qui comblerait (D2) ou du monopole du don unilatérale (D4). Par le caprice l'enfant fait l'effort pour donner du manque, « du reste à donner » au parent.

L’enfant réclame, refuse de renoncer à soi et de se séparer de lui-même en ne répondant plus à la demande qui lui est adressée, il ne donne plus activement l’occasion de donner. Le caprice produit une perte à donner chez les adultes,. Le caprice surgit du discrédit des demandes de l’enfant de recevoir ou de donner selon ses voeux, ce discrédit  provoque une annulation, une dépossession de sa propre pensée, de son corps. Le caprice est l'ignorance que « le parent qui donne le plus à l'enfant est celui qui lui permet de donner » ( IBN 1995).

 

 

Chose

«La loi du don happe le donateur et le fait passer dans le don» dit Maboungou. Les choses reçues ne sont jamais séparées du donateur, elles ont simultanément le pouvoir de provoquer une identification à celui-ci, un renforcement et une possibilité de détachement du lien. Elles incarnent l’âme de ce donateur déposée chez le bénéficiaire, elles font effraction en entamant et perturbant l’identité, le soi du récepteur. 

 

Comment le donateur peut-il se transférer dans quelque chose? Jusqu’a quel point est-il en mesure, de transparaître en transfuge dans une chose offerte?

Donner est toujours de donner de soi-même dans et par la chose offerte; quelque chose de soi est présent, atteste du soi. L’âme du donateur adhère, elle est contenue dans l'objet. L’ échange « engage magiquement, religieusement,  juridiquement le donateur et le donataire » (Mauss).

Le récepteur aliène son désir dans une chose qui porte l’empreinte de la jouissance à donner du partenaire généreux; la chose donnée  lui appartient toujours, porte sa marque, elle a fait intrusion par une prise sur le bénéficiaire. Qui a reçu « en veut », il est dépossédé de soi; le donateur a caché sa propriété (possession et plaisir), une part de lui-même dans la chose ou le geste. Il y a donc un risque permanent (ou une opportunité) de donner pour que le récepteur se vive annexé par l’âme et l’emprise du donateur. Détruire le don reçu est refuser d’être pris par cette âme; pour l'anorexique la nourriture comme tout don n'est jamais séparée du donateur, de la mère à laquelle elle est identifiée.

Comment séparer le plaisir de la chose et le désir de celui qui a donné.

 

Collusion pour éviter le deuil

Une des contributions majeures de Freud, dit Boszormenyi-Nagy, fut d’observer que nombre patients résistent activement aux efforts du consultant pour les soutenir dans une évolution vers l’autonomie. «Le surmoi anti-autonome en 1960, la collusion pour éviter le deuil en 1965 sont les précurseurs du concept de loyauté» (IBN 1995) .

Un partenaire  « prend soin, manifeste sa considération envers un autre en régressant » (IBN). L'un se freine, s’empêche de grandir pour éviter de faire peine à un autre. Les progrès sont contrôlés dans la relation sur fond de la hantise du deuil. Cet atermoiement provient d’une sensibilité au manque de soi dans l’autre, comme une amputation de soi dans le proche.

 

Compte relationnel

 

Qu’est-ce qui est digne d'être compté? Y-a-t-il un administrateur évaluant ce qui compte dans les liens familiaux? Jusqu’à quel point, grâce à un inventaire, est-il possible pour deux protagonistes de se représenter la balance de leurs comptes relationnels entremêlés ? Cela est d'autant plus pertinent que « les chiffres et les comptes du passé ne peuvent être effacés, le passé ne peut être changé » (IBN 1994).

Compter, être comptable de ses actes, est prendre part, prendre sa part, mettre une mise dans le contexte de la famille ou nul ne peut répondre à la place d’un autre protagoniste.  «La réalité objective peut-elle exister dans les relations entre proches ? (IBN et Spark p13).« La seule objectivité est l'existence de deux réalités subjectives » (IBN 1992).

L’impensable, l’indicible des comptes relationnels sont entamés par la parole juste adressée au proche, elle ouvre la possibilité d'une quantification minimale non exhaustive des archives relationnelles du grand livre où sont inscrit les rapports. 

Les partenaires concernés en face à face oscillent constamment entre les positions où ils s’acquittent de leurs obligations et les épisodes où ils en acquièrent de nouvelles. Un protagoniste seul ne peut savoir ce qu’il donne ou prend, d’ou la difficulté en approche contextuelle de travailler avec une unique personne. Les comptes se disent à deux, les énoncés croisés «rappellent » chacun à lui-même.
L'absence de dialogue provoque une impossibilité de tenir un compte, de tenir compte de soi et des autres. Elle occasionne une difficulté de s’approprier une histoire, de la faire sienne, d’autant plus que les déficits relationnels anciens resurgissent dans les temps d’injustices du présent.

Compter, faire des comptes délivrent d’une toute-puissance oblative et  « d'un tout donner à fonds perdu ».

Compter évite le risque de basculer dans une violence autant sauvage que sans mesure; les sujets ne peuvent plus se  « calculer ».

Le chiffrage  combat l’infini, lutte contre l'échange en tout ou rien, il fait entrevoir des équilibres relationnels futurs. La nécessité de la mesure se décalque de l'incommensurabilité d'être comblant, elle est deuil d’une fusion qui prétend donner sans compter et qui revient à ne rien attendre de l’autre en le privant de donner à son tour.

Le rapport du sujet à lui-meme est traversé par les comptes relationnels avec ses proches; un lien plus pacifié à soi passe par une vigilance sur les manquements envers soi et envers ses proches.

 

Le plus opaque, caché et clandestin dans les relations parents-enfants ce sont les balances de comptes relationnelles, qui soutient qui ? Qui donne le plus les adultes ou les enfants? L'enfant qui vient au monde, grandit et se trouve engagé dans un contexte où se déploient les contraintes, les attentes et des legs dont il n'est en mesure de jauger l'importance et la valeur. Quelles coordonnées occupe-t-il et occupera-t-il dans les réseaux et contextes de sa famille, Peut-il conquérir une place différente des seuls verdicts et projets familiaux ? Quels droits va-t-il acquérir en donnant ou en recevant? 

L’enfant sera lésé, plein de rancœurs, de colères, si on lui dénie la possibilité faire des avances dans le contexte qui est le sien. Maltraité l'enfant est mis en dette vis-à-vis de ses enfants futurs, il doit à ses enfants ce qu’il n’a pas reçu de ses parents.

 

Confiance,

La survie d'une relation est liée à la possibilité d'établir de la confiance, basée sur l'éthique de l'équité.

«Toute relation interpersonnelle a une viabilité seulement si elle englobe un degré de confiance » (IBN).

«La perte de confiance est parallèle à la perte de la possibilité de donner » (IBN 1992)

«l'épuisement des relations de confiance consécutif à l'absence d’engagement vis-à-vis des la préoccupations multilatérales et des responsabilités mutuelles constitue un  facteur propice à l’émergence de symptômes » (IBN 1981).

«La confiance est un élément régulateur dans les relations » «le dommage entame la capacité de faire confiance, il est  atteinte à la capacité de donner» (IBN 1995). 

« La théorie et la pratique contextuelles se fondent sur la conviction selon laquelle les perspectives de confiance entre proches sont enracinées dans le degré de justice interhumaine qui persiste entre-eux » (IBN).

La confiance méritée (D4) est un ingrédient indispensable dans les relations longues dont les termes  ne sont pas définis d'avance : relations choisies du couple, relations non choisies de la fratrie, entre parents et enfants.  La balance du « donner, recevoir, rendre, demander » est l'intelligence, l'âme de la confiance dans le lien. Une telle confiance s’acquière « aussi longtemps que l'utilisation réciproque des partenaires est équitable et multilatérale » (IBN).

Mais «Qui a subi une injustice peut perdre confiance dans le monde ou envers des personnes précises.» (IBN).

«Chacun de nous partage la nécessité d’une relation de confiance minimale.(…) Toute relation interpersonnelle n’est viable que si elle englobe une mesure de confiance. Les mariages deviennent intenables si la confiance disparait. Les adolescents qui semblent ne se préoccuper de rien sont déterminés dans le besoin de tester un résidu de confiance du monde. Le thérapeute renforcera le comportement symptomatique du jeune en l'invitant à des contributions, superficielles et inutiles. Par contre, reconnaître le noyau engagé et positif de  l'adolescent peut faire évoluer son comportement » (IBN 1973).

«Qu'est-ce que la possibilité de faire confiance ? » (IBN 1996),«Quel est le mérite de celui qui est digne de confiance. Quel est le mérite de qui accorde sa confiance?» (IBN 1995),

La possibilité de la confiance méritée n’existe qu'en relation, elle est une assurance dans le lien, attente d'une demande, invitation à donner, ouverture à rendre, une base pour provoquer l'avenir du lien, inciter des échanges à se nouer. «La dimension de confiance méritée, du gain de légitimité existe en totale opposition aux dimensions du pouvoir, aux options de la supériorité sociale, de l'exploitation ou encore d'une victoire contre un adversaire plus faible » (IBN 1973). Par contraste, on la différencie d'une «confiance immédiate» (D2), spontanée qui ressort de la projection d’un sujet sur une figure de réminiscence.

On distingue la confiance relationnelle (D4) et la confiance en soi (D2); l'articulation pourrait se formuler : « si vous n’avez pas confiance en vous-même, serait-ce là une opportunité pour faire confiance à un proche ou que ce proche compte sur vous ? ».

Il n'y a pas de garantie absolue de la pérennité du lien, seul un dialogue épisodique peut être gardien de la confiance construite.

La confiance est essentielle pour tolérer la tension dysharmonique du don, les périodes d'injustices, les épisodes de dépendances, d'exploitations et de pertes temporaires de fiabilité qui caractérisent les relations entre proches. 

La fiabilité est toujours à gagner sur le long terme par l'équilibre des conséquences liées aux concessions mutuelles entre les partenaires. Elle permet l'incertitude de la prise de risque de l'engagements dans une relation.

Boszormenyi-Nagy fait l'hypothèse que chaque enfant naît avec un « réservoir de confiance », il peut réagir aux injustices et maladresses avec la possibilité d'offrir un lien fiable. «L'enfant nait avec une réserve de confiance, il pleut réagir aux injustices avec la possibilité d'offrir sa confiance, si le dommage se perpétue qu'en est-il de cette réserve ? À partir de quand l'enfant agit-il avec revanche?» (IBN 1991). 

« Indépendamment  des maltraitances familiale, il persiste chez l’enfant une inclination spontanée à puiser dans sa réserve de confiance. Il essaiera de la restaurer jusqu’a  l'épuisement. Au cours d'une séance, l'enfant manifestera une fiabilité en s’efforçant d'offrir des réponses même si ses parents restent de marbre. On peut affirmer qu’un tel enfant est parentifié; néanmoins ses réponses  peuvent fournir un levier nécessaire pour susciter un mouvement de rejonction chez ses parents » (IBN 1981).

Dans une attente exagérée de confiance, l’enfant peut devenir le seul pôle de fiabilité dans le monde, comme la garantie pour ses parents de la validité du monde humain : « A sa naissance ou à son adoption, l'enfant peut être assigné au rôle idéalisé mais destructeur de gardien de la confiance dans le monde. En attachant l’enfant auprès d’eux, les parents ne peuvent devenir que vindicatifs ou ambivalents. Les adultes qui délèguent aux enfants la charge de leur donner une confiance sans faille, impossible à assumer, les mettent en position de bouc émissaire future.

Les jeunes deviennent les représentants des souhaits parentaux, la preuve d'une demande de fiabilité mais l'excuse d'une stagnation relationnelle cachée » (IBN et K 1986)
 

Le projet de la consultation contextuelle ressemble aux avancées des sociétés démocratiques: « la justice sous l’angle démocratique introduit la perspective d'une distribution plus équitable des fardeaux et des bénéfices », (IBN, 1993).

« Le but de la thérapie est de rétablir de la confiance sur la base d'éléments crédibles » (IBN 1997). L'horizon de la thérapie sera une augmentation de confiance entre proches, pour l'enfant un gain de confiance envers le monde des adultes qui se reflétera dans l’histoire future de ses relations.

« La consultation s’appuiera sur les ressources de confiance qui ont été déployées par chacun des face à face du réseau formé par toutes les personnes».(IBN et Krasner, 1991).

« Restaurer la confiance est en partie synonyme de donner à chaque membre de la famille la possibilité de se valider», (IBN 1997).

«Restaurer la confiance dans les liens est l’objectif de la thérapie, peuvent surgir critiques, plaintes, craintes et fantasmes, ils sont des éléments de toutes les relations. La confiance comme levier de l’intervention est un virage important ».( IBN et K 1991).

«La confiance s'érige sur la capacité de donner et le droit de donner de chacun des partenaires» (IBN 1992); c'est-à-dire : «Donner, prendre le risque d'entrer dans une relation, arriver à croire que l'autre peut donner» (IBN 1992).

Les parents peuvent profiter de la « réserve de confiance spontanée accordée par le nouveau-né »; mais il arrive que les adultes demandent aux enfants d’offrir un excès de confiance afin de les aider à être des parents suffisamment bons. Boszormenyi-Nagy constate que dans la famille monoparentale ou nucléaire avec un ou deux enfants,  il n'est pas évident d’obtenir un équilibre entre donner et recevoir qui ne rendent pas « excessivement responsable l'une ou l'autre des parties ».

 

Conflit d’intérêt

Jusqu’a quel point le droit d'exister de l’un des partenaires de la dyade à prédominance sur l’autre ? Jusqu'à quelle limite peut-on renoncer à soi au nom d’une demande adressée dans un face à face relationnel? Jusqu’à quel degré un enfant manifeste un lien envers ses parents au détriment de sa propre intégrité ou dans le soutien qu'il a envers un adulte ? «Quelle est la nature de ce que gagne un sujet lorsqu'il sacrifie un but personnel à aider autrui ? (IBN).
Les conflits d'intérêts surgissent aux croisements des dons possessifs parentaux et des besoins filiaux d'autonomie, ils durent toute la vie entière dans les relations familiales. 

Nombres de conflits d’intérêts, de besoins, de légitimité sont inévitables entre partenaires et sont banals plutôt que pathologiques. Les projets visant à aplanir tous les conflits sont idéalistes. «Deux partenaires en dialogue fréquent autour de leur propre relation ne pourront  jamais éviter entre-eux des conflits d’intérêts; il leur est possible de les considérer en face pour examiner comment peuvent-ils être dits et travaillés »(IBN)

Une attitude thérapeutique  consiste à travailler sur les conflits inéluctables mais praticables autour des échanges entre parents et enfants surtout pendant l’adolescence. 

 

 

Conflit de loyauté, clivage de loyauté 

Les loyautés ont une structure triangulaire, Qui a une priorité pour recevoir ou pour donner à un tel au sein de la famille? 

Les loyautés concurrentielles produisent des tensions, être redevable à plusieurs favorise l'émergence de conflits de priorité d’égards ou de disponibilités. L'enfant est en risque d'être un débiteur tiraillé du fait d'être issus de deux lignées d’ancêtres, ses parents sont souvent ambivalents, ils le freinent lorsqu’il donne ou « empreinte » « trop » à l’autre lignée. Les conflits entre legs sont fréquents, Ils sont une ressource de création pour nouer les lignées de manière originale. ils peuvent prendre la forme d'une difficulté à faire coexister la dette aux ascendants avec l'horreur de leurs conduites intrafamiliales ou envers la société. 

«Dans le clivage de loyauté il n'y a pas de sortie du dilemme, nous sommes dans les liens de sang, dans le conflit de loyauté il y a le choix ».(IBN 1993 ).

Dans le clivage de loyauté l’un des proches réclame comme preuve de loyauté, la déloyauté à un autre. L'enfant est devant des parents « dépendants » de sa loyauté. Donner à l’un parent est blâmé par l’autre, recevoir de l’un est trahir le premier. .Il n'est pas envisageable de donner ou de recevoir de l'un sans blesser l’autre. Le trop donner d’un coté provoque la destruction ou le refus du don au nom de l’autre. «L'enfant est doublement exploité, parentifié et blâmé pour cette parentification, une parentification dans un monde défiance entre adultes» (IBN 1991).

Il n'est pas possible pour un enfant, d’être tout pour l'un rien pour l’autre, tout pour une lignée et rien pour l’autre branche. L’enfant a besoin de faire des liens, de mettre ensemble parents et lignées pour tenir ses loyautés équitablement. 

Le clivage loyauté est une difficulté à « se rassembler » pour prendre  place dans son contexte de vie par l'impossibilité du métissage des contributions le chaque lignée.

«L'enfant est captif, suite à la méfiance fondamentale entre ses parents, il ne peut pas prendre le risque de couplage ni avec l'un ni avec l’autre. Il lui est impossible d'échapper à la situation» (IBN 1992).

 

«Le clivage de loyauté entraine un crédit existentiel face au monde. Le monde ne répond pas à la demande de l'enfant, un écart se creuse de plus en plus : «Qu'est-ce qu'ils m'ont encore fait une fois encore» est la formulation paranoïaque. Une telle projection est soutenue par le fait que personne n'a reconnu ce que l'enfant était en droit d'avoir» (IBN 1992) .

« Pris dans cette nasse l’enfant vit dans un monde de méfiance », il peut tenter de mettre les parents à égalité d’impuissance. Il lui est difficile de survivre sans pouvoir établir une relation de confiance durable. Sans espoir de changement avec les siens; «le suicide survient lorsque clivage de loyauté se produit. Sans une issue, l’enfant ne peut plus donner ni rendre, rien ne peut être reçu. L’unique porte de sortie de l’impasse est la mort. L'élément déterminant de la loyauté clivée est la nature inconditionnelle de l'implication de l'enfant dans le conflit des parents»  (IBN1985) . Le suicide n'apporte pas de solution mais l’arrêt du dilemme.

«Le suicide "réussi' a-t-il activement rapproché les parents? On touche à l'aspect  le plus lourd de la dimension éthique. Lorsque nous sommes placés devant le risque de suicide d'un enfant, le plus en danger est celui qui est blâmé de ses efforts pour rapprocher ses parents, blâmé comme un mauvais parent, il se trouve dans la situation la plus à risque.» (IBN 1991).

Le consultant aura de la considération pour l’effort de chacun pour sortir du piège. La première étape consiste à énoncer les éléments en jeux qui constituent le piège sans oublier que l’on ne peut pas respecter un enfant si on ne respecte pas ses engagements impossibles envers ses parents. 

Conséquences

«Les conséquences représentent un aspect important des relations humaines. Toutes les personnes apparentées sont exposées aux conséquences découlant de leurs relations mutuelles. À long terme, les conséquences constituent un lien relationnel plus significatif que les structures de type transactionnel ou communicationnel »(IBN)

Touts les proches apparentés sont exposés aux conséquences découlant de leurs échanges mutuels. Les conséquences représentent un aspect essentiel des relations familiales plus important sur le long terne que les projections fantasmatiques, les transactions ou les communications. A l’inverse de l'approche systémique où les échanges sont repérés comme des  interactions immédiates et observables, dans l’approche contextuelle les relations sont pensées en fonction de leurs conséquences  sur le long terme, conséquences qui émergent par la parole des proches concernés: « les conséquences sont plus importantes  que les transactions observables » (IBN 1994).
En décalage avec la psychanalyse,
"la dimension de l’éthique relationnelle se manifeste par les conséquences de l’acte sur l'autre, peu importe son origine consciente ou inconsciente, le plus important pour le partenaire n'est pas là » (IBN 1996).

«Pour travailler avec un couple en vue de enfant, il est bon d'avoir une connaissance de la dimension psychique, mais l'essentiel pour moi reste les conséquences des actions de chaque pôle du couple pour le tiers qui est l’enfant. J'introduis la dimension éthique en me préoccupant officiellement de la tierce personne. Réside, ici, la différence entre l'implicite et l'explicite en psychanalyse;  le thérapeute individuelle s'occupe explicitement de la vie psychique de son patient, les conséquences de ses actions vis-à-vis d'une tierce personne sont explorées implicitement » (IBN 1985)

«Les conséquences sont une réalité existentielle inévitable ». L’affirmation ne signifie en rien une quelconque prévisibilité: « Il est difficile d’anticiper quelles seront les conséquences sur un enfant d’une union conjugale dépourvue de confiance. Mais il serait irréaliste et irresponsable de nier l’inexistence de conséquences » (IBN). Le consultant «doit considérer les situations présentes dans leurs conséquences dans le futur» (IBN 1992).

La vie reçue des anciens, poursuivie par les descendants reste une chaîne de conséquences entrelacées. Elle délimite un contexte comme un ensemble de partenaires impliqués dans des rapports dont les actes ont des impacts et des conséquences.

Le dialogue entre ces partenaires essaiera d’établir « la responsabilité des conséquences » afin que chacun tente de les assumer dans cette chaîne de proches. «La préoccupation pour les conséquences de la relation améliore  sa qualité et  la qualité future de la santé physique  et émotionnelle de chaque partenaire »(IBN)

« Le contexte des conséquences implique des perspectives différentes selon la symétrie ou l’asymétrie de la relation. Les enfants en bas âge ont par définition des impacts plus limités que d’autres catégories d’âge; les conséquences relationnelles seront plus décisives et plus contraignantes  pour les adultes. » (IBN). «L’impact de la génération présente sur celle à venir est essentiellement unilatéral et n'a rien d’un feed-back » (IBN)

La partialité multidirectionnelle permet au consultant d'avoir de la considération envers toutes les personnes impliquées dans les conséquences de son intervention.

Contexte 

Il s’agit du faisceau des liens de face à face traversés par le donner, recevoir rendre et demander qui tissent la trame de l’interdépendance au sein de la famille. Le contexte inclut la connexion dynamique de l'ensemble de ceux qui sont reliés par des liens filiation actuels du passé et de l’avenir. Il est constitué par le maillage des comptes relationnels dans lesquels un sujet est engagé et qui le relient à chaque face à face de la constellation familiale de ses origines et de sa vie présente.

«L'éthique relationnelle est une force dynamique fondamentale, elle cimente les relations familiales  dans la mutualité et la fiabilité. L'équilibre multilatéral de la justice entre humains  constitue le contexte le plus englobant  et le plus profond. C’est  à ce contexte qu'oeuvre  thérapie contextuelle » (IBN)

«Ce contexte multicentré est la charpente de la confiance et de l'interdépendance humaine, il est une matrice de motivations et de droits» (IBN)Chacun vient au monde à une place  anticipée, un emplacement unique à la croisé des coordonnées des vivants et des morts dans la trame des comptes qui ont été noués avant et après sa naissance. Chacun est impliqué dans une série de balances; elles sont l'ensemble des comptes en mouvements. Le réseau des comptes relationnels entremêlés englobe tous les face-à-face dans lesquels nous avons donné ou reçu et nous avons eu une responsabilité à l'égard de proches qui eux-même ont eu une responsabilité envers nous. « Le contexte c'est l’effet, la réflexion de ma vie sur la vie de l’autre » (IBN 1997).
Il y a l’idée clinique qu’un sujet ne peut se saisir sans se référer aux face à face avec ses proches; le sujet n’est pas une entité fermée, un globe en suspension mais une batterie de rapports de comptes qui entament et constitue le moi de
chacun face au proche.

 

Contre-don

 

Pour les anthropologues, le contre-don se présente comme une « offrande sacrificielle » destinée à éviter les « représailles d'être privé d’échanges ». Au sein de la famille, une question similaire se pose: Comment peut-on se débarrasser de la contrainte du retour qui oblige et aliène ? La réplique pour ne plus se vivre redevable précipite des gestes sans rapport aux besoins ou demandes du partenaire. 

Le contre-don de l'enfant est toujours en risque d'insignifiance devant le don de la vie; d'où l'importance de la reconnaissance des moindres gestes de l’enfant par les parents pour habiliter à l’humanité ce futur adulte.  Le contre-don à des parents qui ont tout et donnent tout est particulièrement dérisoire. Il y a là l'origine de la parentification des enfants de parents généreux. 

 

 

Corps

Le corps n'est pas un corps biologique déterminé, programmé par les besoins naturels, des instincts fixés ou des pulsions innées. 

Le corps est l'espace où on peut décrypter les archives des grands livres de comptes. Il s’éprouve, se découvre, se développe, se perd, vit grâce à la  générosité maternelle qui le rend humain et vivant. 

Cible active d'un don vital unilatérale, l’enfant  aliéne  son corps sommé de le conformer aux propositions et demandes materneles.

Une part de lui-même  « obligée », lui échappe, reste hors de lui: ce qui traverse ou se sépare de « son » corps fait partie de ce qui deviendra un corps d’échange. Avant d’être sien, l’enfant est étranger à un corps vivant, il est « emprunté » par la sollicitude maternelle.

Dévoré en dévorant, l’enfant est rendu apte aux plaisirs qu’il rencontre dans la relation à sa mère, le corps de plaisir s’érige sous cette perfusion à sens unique. Être bénéficiaire d'un don trop unilatéral mutile et trouble la possession du corps propre dans la jouissance à donner plaisir à un autre. L'enfant jouit du don  maternel dans une ignorance primaire de son corps, le donateur s’immisçant et se cachant dans son don. 

Se donner quelque chose à soi-même revient à conquérir son corps sur l'omnipotence oblative dévorante du tout donner. La mère prive l'enfant  de posséder son corps en même temps qu’elle l’invente, elle en tient les clés. Le corps de chacun de nous fut ce que notre mère a voulu donner, ce don maternel prend autant qu'il donne.

Dans le langage de la psychanalyse, être adéquat aux souhaits maternels se relie aux idéaux du moi (D2); ce que l'enfant aurait dû être pour répondre à la demande de la mère de recevoir tout ce qu'elle offre. 

L'enfant parentifié se dévoue à donner activement la possibilité de donner, il alloue son corps, ses pensées à ses parents en pacifiant et en annihilant ses capacités d’agir et de penser. Le droit de vivre est payé paradoxalement au prix de son corps, mis en mesure du règlement de ses dettes. L’enfant pense acquérir une grandeur sans égale dans cet unique contre-don qui oscille entre le tout ou rien donner. 

L’adolescence sera un changement de propriétaire du corps (Gutton). Le corps  devient un bien propre en rejetant la demande d'un recevoir vital. L'enfant tente de se sentir enfin soi dans un corps d’échange vers de nouvelles cibles ouvert au recevoir et aux dons, sa faim lui donne son corps ..

 

 

Corruption relationnelle

Elle désigne une distorsion permanente des mots et des gestes d’échanges. La  corruption relationnelle est une tentative de faire vaciller toutes pensées, toutes interlocutions sur les échanges. Plus qu'un désaccord sur les comptes, la corruption relationnelle vise impossibilité de tenir compte.

«On peut observer  la corruption relationnelle au cours d'une psychothérapie:  lorsqu'un partenaire, montrant de la sollicitude envers un autre, est dénigré. Les retours cyniques ou sarcastiques à la bienveillance sont souvent répétitifs chez une même personne. Cela signifie un asservissement au  patrimoine de corruption de sa famille, cette personne est habilitée à être inéquitable envers tous. Les origines des injustice qui conduisent la famille à une telle extrémité peuvent être enfouies depuis longtemps. Le membre doit choisir entre la corruption ou la trahison des racines, Il est difficile de se représenter le prix d'une telle trahison » (IBN 1981).

La corruption relationnelle provoque une dégradation de la foi dans la parole et une brèche dans la relation de confiance entre les membres de la famille. On peut citer :

-l’absence de verbalisation des contributions. Rien ne semble présider à l’échange entre les partenaires. Par exemple, un enfant ne peut pas capitaliser du crédit pour ses gestes, sa confiance blessée devient défiance fondamentale. Il y a là refus non pas de l'existence de l’enfant, mais de son importance 

-l’exploitation de l’attention spontanée et l’intérêt qu’offre un enfant à un adulte.

-le clivage de loyauté, les parents plongent l’enfant dans dilemme, il est acculé à choisir un parent au détriment de l’autre;
-le blâme inapproprié : l’enfant est accusé de sa naissance, des échecs professionnels ou conjugaux de ses parents, des difficultés d’un autre enfant de la fratrie.
-une verbalisation inadéquate sur le compte relationnel : «on fait tout pour lui on ne lui demande rien ».

-un abus de reconnaissance, une « gonflette éthique ou narcissique », un lien à bon compte qui se paye de mots. La survalorisation et le crédit excessif des contributions se font au détriment d’un lien durable.

 

Couple

Les conflits de couples surgissent des confrontations avec les loyautés originaires de chaque partenaire; l'une des sources la plus courantes de ces luttes apparait lorsque l’un des conjoints se plaint que l'autre « en fait trop » pour sa famille d’origine. 

L’union « réussira » si les fidélité originaires des deux partenaires sont respectées, si chacun soutient l'autre dans ses options de loyauté: «Comment chacun peut-il soutenir la reconnaissance des injustices et des mérites de la famille d’origine de son conjoint? ». Le fondement du couple ne se résume pas à la nature des désirs et sentiments que partagent temporairement les deux adultes. Dans la vie maritale ce n'est pas deux individus qui s’unissent, mais plutôt deux lignées au nouage de dettes et de dons très hétérogènes. «Qui a eu la vie la plus difficile? Qui a reçu le meilleur lot? Le moins bon ?» (IBN 1994).

« Chaque mariage fait rencontrer idéalement deux individus, mais amène chacune leurs familles avec les livres transgénérationnels vers un dialogue. Lorsque un tel dialogue n’existe pas, la nouvelle famille stagne, l'avancée des enfants vers l’autonomie devient impossible ». «Dans un couple peut surgir un conflit de légitimité destructive: « J'ai le droit à ça parce que j'ai vécu ça » dit l’un « moi c'était bien pire » formule l’autre », « Il sera alors « plus pertinent d'ouvrir un espace de paroles aux parents qui ont souffert enfants, qu’à la bagarre de couple » (IBN). «La thérapie contextuelle de couple prendra en compte les relations transgénérationnelles.»(IBN).

Lorsqu'en thérapie les patients abordent leur sexualité, Boszormenyi-Nagy la  recadre dans l’horizon du donner et recevoir; mais ajoute,: il reste plus fécond d'approcher la souffrance conjugale à travers le rôle de parents plutôt que sous l’angle de conjoints: «Dans le couple déchiré, en rupture : quel est celui qui se préoccupe le plus des enfants?», «le test de la maturité des époux est le team parental », « l'important ce sont les conséquences des scènes conjugales sur l’enfant ».

« Au sein de l'équipe parentale comment parler de la manière dont chaque parent est parent ? On touche à la partie la plus lourde de la dimension de l'éthique relationnelle »   (IBN).

Boszormenyi-Nagy énonce :« mon fil conducteur, ma boussole dans une séance,  dans un traitement est de permettre aux adultes de se valider mutuellement en tant que parents (…).  Nombre d'entre-eux ne réussiront jamais à former un couple, ce n'est pas là le plus important. L'essentiel est qu'ils ne répètent pas avec l'enfant ce qui s'est passé dans les générations antérieures. La thérapie contextuelle a en premier lieu une valeur préventive, prophylactique plus que thérapeutique » (IBN 1985).

Reste une question: «comment les limites d'un parent sont-elles compensées par l'autre parent ? ». « Que doit un premier parent pour avoir donné à son enfant un second parent défaillant ou en détresse ?» (IBN).

 

Créancier

Dans les premiers temps de l’œuvre Boszormenyi-Nagy insistait sur le rapport de débiteur créancier. «on ne peut attendre de personne de donner plus que ce qu'il a reçu le départ ». Il mettait l’accent sur la dignité de chacun à réclamer les droits acquis justifiés grâce aux engagements au sein de la famille. Les prétentions, les réclamations se basent sur les contributions effectuées, elles différent de la réclamation non fondée sur le fait d'avoir investi. L'enfant qui a trop donné a un « avoir » envers ses parents, d'autant plus qu'il est dépourvu du crédit de ses apports.

La non reconnaissance des injustices subies, la confiance trahie vont faire d’un sujet un créancier universel, sans remords et animé par la légitimité destructrice.

Dans  l’avancée de l’approche contextuelle, il y a une créance paradoxale de ne pas avoir eu la possibilité de donner.  

 

Crédit, reconnaissance (acknowledgment) 

 

L'expérience du crédit est au cœur de la vie familiale.« Le crédit amène une mesure de justice», «avoir un crédit rend le monde plus juste» (IBN 1994). Il certifie le don reçu par une réponse affirmant les contributions, exprimant de la reconnaissance. La  « quittance » aux engagements reçus d’un proche est d'autant plus essentielle qu'il identifie un don qui peut s'ignorer lui-même, se connaît mal dans ses intentions, son accueil, comme dans ses conséquences. Boszormenyi-Nagy insistait  en 1993: « On ne peut se donner soi-même du crédit, la personne seule ne peut décider si son acte est méritoir; le jugement à propos du mérite ne peut surgir que d'une personne tierce ».

Les paroles de validation assurent l’existence engagée du partenaire et de  son effort de ne pas avoir disposé uniquement de lui-même. Le crédit est lui- même un don qui intensifie les oscillations de la balance des échanges entre les partenaires.

Besoin consubstantiel d’estime et de respect, «le crédit corrige le sentiment de culpabilité» ( IBN 1995). Il favorise un rapport pacifié à soi-même et une permanence de soi, il permet d'accéder à une plus grande liberté et propriété de soi .Combien de fois sommes-nous ignorés chaque jour dans la vie. Nous prenons le risque de donner, il n'est ni reconnu, ni remarqué et  s'égare dans des manifestations  de colère et de rage. » (IBN 1994). 

«.La reconnaissance des sources d'injustices diminue, pour chacun de nous, le besoin de recourir à la légitimité destructrice» (IBN 1993)

 

L’absence de crédit, le refus de prise en compte des gestes du proche fissure le respect qu'on a de soi-même. La fin de non recevoir des « droits acquis dans la relation » est un déni de l’importance du partenaire qui fait vaciller son existence. Ce manque de confirmation, l’absence d’approbation sont vécus dans une crainte d'être superflu et de ne compter pour rien, ils  provoquent une désappartenance, une déconnexion de la relation. Sans confirmation de sa valeur, le sujet se mésestime, se décroche des liens et ignore une des source de la dignité humaine, il se vit sans assise ni point d'appui pour jauger la valeur de sa place dans la généalogie. Cette disqualification amène une flottaison, un déclassement humain qui peut accentuer une « nécessité » de donner sans compter, une toute-puissance à donner sans mesure pour enfin obtenir une validation, elle comporte le risque d’ignorer les besoins des partenaires cibles du recevoir. 

Tout engagement  considéré comme nul et dérisoire fera vivre à l’enfant le mépris de ne compter que peu, de ne compter que pour recevoir. L’enfant « mal payé de sa sollicitude », est sans respect dans un rapport non pacifié à lui-même. Sans réponse habilitante, l’enfant ne peut pas se positionner, se «calculer» ni calculer l’autre; il ne sait pas tenir compte, ne se rend pas compte de lui et de l’autre. Sans mesure pour déchiffrer les relations, il lutte pour mériter sa vie à ses propres yeux. 

Si aucun geste n'a de grâce pour le parent, l'enfant perd confiance dans ses possibilités de donner, il bascule dans une omnipotence à recevoir: « je n'ai pas besoin de donner, seul recevoir  compte pour mes parents ». Il demande, fait caprices et défis permanents, détruit les dons réclamés et épuise les adultes .

Pour l’enfant, crédit, reconnaissance, habilitation sont des besoins fondamentaux d'être identifié dans ses gestes. Le crédit reçu est une initiation à la vie humaine qui lui permet d’éprouver sa valeur éthique et son humanité, il lui sert de boussole pour naviguer et exister avec plus de liberté dans son contexte de vie. Créditer, c'est porter une contribution au compte de l’enfant dans une histoire de donner de recevoir et de rendre, une capacité de prendre soin et une responsabilité dans la relation. Le crédit affirme  sa capacité de donner, entérine les efforts dans la relation aux proches. Valider des engagements portés au compte de l’enfant, le préserve d’un idéal oblatif sans borne. De plus, évoquer dans un récit les contributions de  l’enfant lui ouvre les possibilités d’une autonomie future avec sa famille, permet une constitution, une fondation de soi et une confirmation dans  son contexte de vie. 

L’excès de crédit adressé à un partenaire jamais suivi d’un geste de retour   direct envers celui-ci est vécu comme une duperie, un éloge complaisant à bon compte, il déboussole. La reconnaissance immédiate sans justification est nécessaire dans les premiers épisodes du lien, elle est séduction narcissique si elle se prolonge.

 

Le crédit peut-être incompris, vécu comme démagogique par un adulte, ancien enfant parentifié qui n'a jamais su la mesure de ses contributions, il se sent indigne de recevoir de la validation de la part du proche. Le parent dit « usurier » ne crédite pas, il disqualifie le gestes  en les considérant comme « normal », un  acompte de la dette vie. Ses contributions ne sont pas accueillies comme des dons ouvrant la navette du donner, recevoir, rendre et demander.

La reconnaissance entre proches rééquilibre leurs comptes de dettes et de mérites. Elle diffère de la reconnaissance manifestée par le consultant, ce dernier apporte une d’illustration du gain de validation.  Le crédit prodigué à l'enfant par les professionnels et souvent vécu comme un outrage à l'omnipotence parentale.

Il y a comme un rétrécissement  des styles et des modalités de la reconnaissance des enfants dans la famille contemporaine et dans le monde des professionnels de l'enfance. On reconnaît l’enfant brillant, on valide ses divers types de performances beaucoup moins ses engagements,  mais on crédite l'enfant maltraité ou abusé.

Alors « quel est l'aspect crédit dans la légitimité destructrice ? On reçoit quand on obtient cette légitimité destructrice » « ce surplus éthique acquis grâce à un dommage,  cette "possession" permet de rétablir le compte face a l’humanité. Le crédit est un crédit même destructeur, le monde est plus juste, plus équitable si nous possédons un crédit destructeur ».

«Quelqu'un a été lésé, est-ce possible qu'il  n'ait aucune  légitimité? Qui possède une légitimité destructrice a-t-il assez de gain pour ne pas prendre sa revanche ? » (IBN 1994).. « la légitimité destructrice est un surplus éthique identique à l’autre forme de légitimité» (IBN 1994)

 

 

Culpabilité existentielle, Culpabilité névrotique,

 

. «On ne peut pas limiter la culpabilité à n’être que l'expressions d’un conflit intrapsychique ou le produit d’une pathologie névrotique engendrant angoisse et souffrances; ». (IBN). «La culpabilité existentielle n'est pas dans la tête de l'individu» (IBN 1996),elle se situe aussi dans le contexte.

Ce « sentiment de culpabilité psychologique » est inhérent aux éprouvés de chacun, il est indépendant d'avoir provoqué un préjudice, sa jauge reste le sentiment de la personne elle-même, il ne se discute pas. « Dans une situation où vous vous blâmez où vous vous faites des reproches…. est-ce quelque chose qui n'affecte que vous-même ou qui porte atteinte à un autre, à l'ordre humain? », par exemple enfreindre un tabou religieux implique-t-il de faire du mal à quelqu'un ?

La culpabilité névrotique est toujours limitée aux sentiments d'une personne. La culpabilité existentielle est relationnelle, elle se déploie entre deux personnes »,

elle s'apprécie dans le dialogue des prises de positions réciproques entre les deux partenaires impliqués dans la relation autour d'un préjudice. Sa jauge s’évalue en terme de mérites, de dettes dans les apports du dialogue; «je te dois, tu me dois ». La diminution de la culpabilité névrotique augmente la culpabilité existentielle, de même que la légitimité destructrice contredit cette culpabilité existentielle dans  une absence de remords.

« Un thérapeute qui souhaite libérer le patient d'une loyauté chargée de culpabilité envers les partenaires de sa famille, peut réussir à supprimer des manifestations de culpabilité psychique, mais il risque simultanément augmenter la culpabilité existentielle de ce patient. Buber distingue le sentiment de culpabilité de la culpabilité existentielle. Cette dernière va au-delà de la culpabilité psychique: elle a à voir avec une atteinte objective à l’ordre et à la justice du monde humain. Si je trahis réellement mon ami ou si ma mère a réellement subi un préjudice par mon existence, la réalité d’un désordre du monde humain demeure que je puisse ou non me débarrasser du sentiment de culpabilité» (IBN et Spark 1973,Invisible Loyalties). La culpabilité existentielle est inscrite dans le « grand livre », elle appartient au contexte, la culpabilité psychique appartient au sujet à travers son symptôme. 

 

« La culpabilité existentielle augmente si vous abandonnez des obligations envers quelqu'un,. Elle  relève de l'ignorance d'un sujet de ses possibilités de donner ». «L'enfant éprouve une culpabilité s'il ne parvient pas à répondre aux besoins de ses parents; le mettre à l’écart, loin des siens, augmente de nouveau de la culpabilité. Reconnaître ses contributions fait décroitre sa culpabilité». « la stratégie de déparentification se déploie par une diminution de la culpabilisation de l’enfant » (IB 1997). La provocation systémique qui dénonce le rôle de soutien de l’enfant assimilé à une prise de pouvoir: « est l’inverse du crédit » (IBN)

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«Le sentiment de culpabilité reste plus important chez l'homme que chez la femme,  cette dernière a plus de chance d'acquérir de la légitimité et de la sécurité intérieure grâce à son rôle dans la fécondité », « dans les bagarres de couple, la femme a plus de facilité à culpabiliser les hommes que l’inverse ». 

« Qui a plus le mérites et moins de pouvoir est l’esclave, cela ne signifie que le pouvoir est facile à porter », «lorsque la femme s'avance dans le domaine du pouvoir, elle devient moins effrayante pour l’homme…… le système le pouvoir des hommes est mis en place contre l'impact éthique de la femme » (IBN 1993).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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