Mandat,

Le mandat permet d’entreprendre une action vers un sujet à la demande d’un autre, de faire un geste au nom d’un ascendant. Il est un élément hérité, donné à la condition d'en faire un usage pour soi et  transmettre à des descendants. Il scelle les « attentes éthiques actives » sur plusieurs générations, il exprime la nature éthique des engagements pour agir au bénéfice des générations montantes. Le mandat est l'objet d'une concession perpétuelle pour les descendants, Il est l'empreinte éthique et le don   transgénérationnel que les ascendants ont prévus, anticipés pour les différentes générations venants après eux. Il confirme l'enracinement dans les lignées par la continuité d'un fil rouge. Le mandat est transmis au mandant à son insu, il est l'héritage d'une dette qui donne l'occasion de donner et de se sentir responsable pour répondre aux lignées des ascendants dont les conséquences des actes et projets affectent le présent. Le sujet mandaté, gardien du temple doit rendre des comptes rétrospectifs sur plusieurs générations, le mandat de nature éthique, permet un gain de légitimité, il diffère d’une soumission à des actes traditionnels.

 

Manque,

Plus un  sujet donne en excès à un récepteur, plus ce dernier est convaincu que ce donateur est en manque et en besoin de recevoir un retour. En termes de (D2), les choses et gestes donnés ne peuvent se départir de la marque d’un ratage. Il n’y a de don que par rapport à un « reste » non donné, il a pour fonction de « tracer » et non pas de combler le manque des partenaires pour appeler en retour une même évocation. Le manque est manque à recevoir et à donner.

Recevoir, est sauver celui qui donne, combler ses manques, mais le don sans limite ni retenue n'est pas attentif au récepteur, il se glorifie de ne pas  attendre un retour; donner ne peut jamais se substituer à recevoir pour établir une confiance dans la relation. 

L'enfant se vit concerné et coupable de son refus de recevoir qui provoque un manque à donner de la mère. Il ne consent plus à être assujetti à une cible de recevoir, il se soustrait pour s’accorder une existence séparée. « En fin de compte, l'enfant en refusant de satisfaire à la demande de la mère, n'exige-t-il pas que la mère ait un désir en dehors de lui, parce que c'est la voie qui lui manque vers le désir? » (Lacan, Ecrits) 

Une mère qui donne avant toute demande, satisfait son enfant avant qu'il éprouve un besoin, un manque le dépossède de son corps.

Entre-t-on dans le cycle du don par un demande? Une la sollicitation, une « déclaration de manque »? Par une requête justifiée par le fait d'avoir déjà donné ? 

 

Masturbation,

La masturbation est une manière de se donner quelque chose à soi-même, de  se détricoter d'une fusion, de la réception d’un don fusionnel qui fait autant jouir le donateur pour le récepteur. La masturbation trahit, échappe au tout donné maternel, à l'aliénation passive à  un autre qui donne tant. 

La masturbation est l'addiction originaire, la seule grande habitude, le besoin primitif de tous les appétits tels que le besoin d'alcool, de morphine, le tabac. Ils ne sont que des substituts, des produits de remplacement. Pour qui je me prends? Contre qui je me prends lorsque je consomme? L'objet de l'addiction attache sans liens humains, il est sans désir, ni compte, il ne réclame ni dette ni réciprocité. 

 

Mépris

Le consultant se doit de pas ignorer les différentes formes de mépris. Le mépris est une expérience d’abaissement, de ne compter pour rien, un vécu intérieur d'anéantissement. Le sujet « sans merci » est interdit de réciprocité, sans voix qui compte, dépourvu d’assise. Le mépris d’un proche produit une invisibilité, une dépréciation de ce qu'il fait la valeur humaine de son face à face à un autre. Le sujet « sans importance » ne peut s'envisager à partir d’un proche bénéficiaire et reconnaissant de ses contributions. Le mépris n'a pas d'oreille pour le compte, il se complet dans un discours général rendant incompatible tout témoignage des engagements, en les dévalorisants, il provoque une souffrance du proche dans l'élaboration de sa pensée sur son compte. «Tous les éléments de mépris sont moins graves que les moments de vengeance aveugle; l'accumulation de légitimité destructrice reste préférable au passage  à l’acte. » (IBN)

 

 

Mérite

Qu'est-ce qui fait mérite?

Le mérite fait parti de manière structurelle d’une relation au sein de la famille,  «nous parlons de mérites et d'obligations construits au sein de la relation qui constituent la relation.» (IBN 1996), sur une île déserte sans partenaire d’engagements, le gain de mérite est impossible. 

«Le mérite est une valise éthique que chacun transporte avec soi. Il n'est pas uniquement un événement psychologique, il est impossible de s'attribuer à soi-même du mérite, le contexte extérieur en décide,  » (IBN 1997).

«Le mérite peut-il être une quantité quantifiable ? » (IBN 1995),

Qu'est-ce qui qualifie un acte pour devenir un geste qui entraîne le mérite?  (IBN 1997), Le mérite ne dépend pas de ce qu'on donne, mais de l'aide qu'on apporte, Le mérite n'est pas une visée, un projet, on ne donne pas pour le recevoir, se gaver de mérite.

Au-delà du partenaire, «Le jugement à propos du mérite peut provenir de n'importe qui sauf de moi-même » (IBN 1998).

« Le mérite requalifie, il dépend du point de vue de l'autre, son évaluation de ma valeur éthique est ce qui la détermine » (IBN 1997)..

«le mérite dépend du point de vue d'une troisième personne» (IBN 1994)

«Suis-je mon propre qualificateur? La requalification ne peut venir de moi, elle doit provenir d'un partenaire, elle n'est pas dans sa psychologie, mais dans l'examen de la situation examinée du  côté du partenaire» (IBN 1995).

«Le mérite n'existe qu'en terme relationnel, en tant que concept  relationnel, il est couplé avec la maturation, notion de la psychologie individuelle »(IBN 1992).

 

 

Il n’a rien à voir avec une émotion, il est la « plus-value » d'une contribution positive envers un partenaire ou l’injustice d'avoir été lésé.

.« Le  mérite est un acquis du fait de s'être montré généreux, non du fait d'avoir perdu au sein d'une relation » (IBN 1991). Il est  un au-delà d’une créance toujours remboursable, d’un autre ordre que l’intérêt de la dette qui s’acquitte et s’oublie. Il est un « reste » de l’échange, un surplus qui s'inscrit au sein du «  grand livre » des relations familiales, et dans « l’ordre humain ».

Facteur d'équilibre relationnel, le mérite n'est pas contenu dans le psychisme individuel «Mais l'augmentation de sa valeur éthique affecte la psychologie de  la personne» 

 

« Le mérite est un élément qui résulte de l'action et qui est le précurseur de l'action » (IBN 1996).

«L'acte a immédiatement des conséquences éthiques » ,(IBN 1996). «Le mérite est un surplus éthique qui n'existe que grâce à une relation, (....) Le fait d'avoir été exploité équivaut à un mérite dans le monde humain; il y a là un constat clinique de la thérapie contextuelle» (IBN 1991).

«Chaque relation entre proches a une comptabilité synthétique, quasi quantitative,,

 quasi-objective des mérites . La comptabilité inclut les implications à court et long termes des événements relationnels manifestes ou implicites »,(IBN et Spark 1984)

A une première époque de l’œuvre de Boszormenyi-Nagy, le mérite est considéré comme le pendant de l’obligation. Il équilibre les plateaux de la balance de justice d’une relation, il appartient à celui qui s’est engagé, l’obligation échoit à celui qui a reçu. Le mérite est comme la monnaie d’un monde non marchand.«A travers la notion de mérite, nous ajoutons  et  impliquons  un élément éthique à l'origine de l’action, le mérite est un facteur de motivation »(IBN)

Dans la maturité de l’œuvre, le mérite s’obtient par le «retour indirect», gagné au-delà de l’anticipation et de la perception des protagonistes, à la condition de ne pas viser un intérêt pour soi. Gain d’un acte qui ne s’effectue « justement » pas pour bénéficier d’un gain, «le mérite n'est pas  chose que l'on prend mais que l'on gagne »( IBN 1997) « Le mérite se gagne indépendamment de l'intention et du résultat, ce qui compte c'est le geste généreux ». « Le mérite, résultat d'un acte  manifestant une disponibilité, il est inéluctable ne dépend pas de la réponse des partenaires » (IBN Paris 1993). «  Comment l'autre évalue ma valeur éthique est  ce qui la détermine» (IBN1995). 

Résultat du moment de désintéressement d’un des partenaires, le mérite n’est pas désintérêt ni de soi ni du partenaire : «la question du mérite fait la synthèse dialectique entre l'égoïsme et l'altruisme»

«Le plus grand mérite est de permettre à l'autre de donner, le mérite s'accumule en permettant à l’autre de donner ».

« Interdire à l’enfant de donner favorise une accumulation de légitimité destructrice », (IBN  Paris 1993).

Le mérite se maintient, voire s’exaspère en absence du crédit ou de  la reconnaissance des récepteurs, toutefois le crédit n’annule pas l’acquisition du mérite. Le mérite est à l’image d’une carte de crédit dont le possesseur ignore le montant, La reconnaissance, le crédit me crée pas le mérite, il existe indépendamment par la construction du contexte.

,Le mérite enregistré se maintient  après l’échange, dans une mémoire des hommes. Il se fixe dans l’entre-deux des protagonistes du monde familial, il se gagne toujours dans un lien  par un geste  justifiable. Le geste d’engagement singularise marque et identifie le donateur. 

Le mérite n’est viable que dans la relation ou il a été obtenu, mais il a des conséquences dans d’autres relations. Gagné grâce à l’autre, il fait de cet autre une contrepartie essentielle à l’évolution de soi vers davantage de validation. Mais reste la question: «Qui décide du mérite ? La question n'aura peut-être jamais de réponse»(IBN 1997).

                                                                                

 

Mesure

L'émergence du calcul, de la mesure dans les rapports entre proches est-elle nécessairement l’indice d’une situation familiale critique ? Dette et crédit soumis à des évaluations subjectives doivent-ils rester clandestins, ne jamais être évoqués dans un dialogue? Ils signifieraient, seulement un « état » de la relation plutôt qu’une mesure du rapport entre proches? 

Mesurer revient à attribuer une « valeur » à des gestes en leur prêtant une place, un prix proportionnel à d’autres. Mais, il n'existe pas de mesure commune et universelle pour (dé)chiffrer les comptes des dyades des familles, pas plus qu’il existe un « juste prix » pour régler les dettes bilatérales de vie. 

Qu’est-ce que donner, recevoir ou prendre avec mesure? Une réponse spécifique au sein de chaque relation familiale se cherche en permanence. 

Le don n'est jamais un « présent » sans lien avec le passé, de même qu'il n'est jamais vraiment achevé. Mesurer ponctuellement un don est impossible, il est nécessaire de le replacer dans le cycle interminable du donner et recevoir au sein de la singularité d’une famille et des générations.

Mesurer, c'est d’abord lutter contre le « nul », le « rien », « le moins que rien» qui hantent l’échange; le dérisoire d'un don se déclinant à l'étalon d’un don vital qui offre tout contre rien et  tient l'autre en vie. 

On pourrait faire l'hypothèse que la naissance du calcul, de la mesure se décalque de l'incommensurable d’un contre-don à la hauteur du don maternel. « Mesurer» pour instituer de l’un, pour être séparé, être à distance, défusionner. 

« Quand on aime on ne compte pas », dans certaines familles, un déni de la mesure et une rage éclatent lorsqu’on tente de dialoguer sur la balance des comptes. N’être pas tout pour l’autre, ne pas tout lui donner reviendrait à être rien dans la famille, prendre une place mesurée par une mise dans le contexte multidirectionnel facteurs de conflits deviendrait trop individualisant  et par voie de conséquence dérisoire voire dangereux. 

Le crédit parental est habilitation, mesure de ce que l'enfant donne. Valider, créditer le geste reçu le fait glisser de l'idéalité d'un tout rembourser sans borne, à «un donné», quantifiable, circonscrit mais non dérisoire. La pondération du credit cadre la toute puissance, la démesure, et la mégalomanie des prises de responsabilités des enfants. La mesure introduit une pacification dans la recherche de la réciprocité et instaure la fiabilité relationnelle. 

La méditation dans le for intérieur sur la mesure du compte avec un proche est recherche d’une instance à qui témoigner, elle peut dégénérer en procès intérieur permanent.

 

Mission

Chaque enfant est attendu par les siens pour être une source permettant une réception de  leurs dons. Le mandat est un legs, il constitue une mission offerte  pour inventer du nouveau en validant passé familial. Il induit soit : 

-une opportunité de continuité le sens de la vie spécifique à ce contexte relationnel ….comme cadeau reçu des ascendants pour vivre et à retourner aux générations futures.

-des obligations contradictoires de continuité et de ruptures lorsqu'il y a des oppositions difficilement compatibles entre lignées. La mission, l'esprit de famille peut sauter une génération, elle sert de points d’appui en cas de défaillance de parents qui ont tenté une rupture sans merci avec le passé. 

 

 

 

Moratoire, 

 

Il s’agit d’une d’une modalité thérapeutique. Elle consiste pour chacun à considérer les gains qui découleraient d’un nouveau régime d’échanges en bénéficiant d’une période d’attente pour expérimenter de nouvelles oscillations des  plateaux de la balance. Un moratoire n’oublie pas le but souhaité mais ne néglige pas le rythme dont chacun a besoin. Il combine : l’insistance du consultant sur la responsabilité active pour donner ou recevoir d’un proche et la possibilité pour celui-ci de choisir à quel moment mettre en oeuvre cette responsabilité nouvelle dans les cycles du donner, recevoir, rendre et demander.  

Motivation

«Nous suggérons que la justice relationnelle, la prise en compte du mérite constitue un déterminant essentiel des motivations. Avec Paul Ricoeur, nous affirmons qu'une théorie des motivations n'est pas véritablement causale; besoin et comportement ne pourront jamais entrer dans  le modèle  classique de cause à effet. Nous ne proposons pas de substituer la dynamique du mérite à toutes les approches de la motivation. Nous constatons la multiplicité,  la relativité des déterminants des comportements individuels. (….) Les obligation de loyauté tout en étant une contribution importante ne seront jamais les seuls déterminants causals de comportements humains ; les gens peuvent refuser leurs obligations consciemment ou inconsciemment.» (IBN 1973).

 

«La motivation est la cause qui sous-tend l'action et qui maintient la direction de cette action» (IBN 1998). A Chexbres en 1996, Boszormenyi-Nagy formule: «La théorie de la motivation a résidé dans le psychisme individuel pendant plus d'un siècle, Nous affirmons que les déterminants éthiques ne sont pas réductibles à l'unique dimension psychique (D2). La dimension éthique (D4) se saisit en termes de conséquences de mes actes sur l'autre. Si je pollue l'eau de la  rivière pour la génération suivante, importe peu que cela soit conscient ou inconscient ! L'acte a des conséquences, il sera loyal aux futures générations en fonction des conséquences» (IBN 1996).

« la question de la motivation a été mise à l'écart par les thérapeutes familiaux. Ils manquent d'outils pour décrire les motivations. J'ai été le premier à m'occuper de la motivation comme une circulation d'énergie dans une relation ».

« On devrait remettre au premier rang les facteurs de motivations: les déterminants éthiques de l'attitude humaine. » ( IBN Zurich)

Le mérite est un déterminant de la motivation, il est  « la racine éthique, la force motrice de la motivation», «un flux d'énergie dans la relation, motivant la circulation d'énergie dans la relation»(IBN 1996). il est à l'origine de l’action: il est « un élément qui résulte de l'action et qui est le précurseur de l'action » (IBN 1996).

Dans une autre formulation:

« L'action se produit, co-motivée par  la légitimité, l'action crée elle-même la légitimité» ( IBN 1996). «C'est une révolution dans le champ de la psychothérapie »  dit Sterling.

«Le mérite est un concept relationnel, il est couplé à la motivation issue de la psychologie individuelle » (IBN  1992).

« Le caractère, la personnalité déterminent le type d’action, les aiguillages et les directions vers quoi la personne s'engage. La légitimité procure le carburant de cette action.( IBN 1997).

«Toute la théorie de la légitimité est élaborée autour de la question de la motivation» (IBN 1997).«Le thérapeute aide la personne à trouver une cible pour pouvoir donner..... ou une motivation pour essayer de recevoir ou pour tenter de donner » (IBN 1994).

 

« Qui va rattraper les injustices commises sciemment ou fortuitement envers un jeune enfant par sa famille ? Si l'injustice est importante,  un ressentiment profond, une méfiance vont s'ancrer dans le jeune enfant, il peut rester convaincu de son droit existentiel d'arracher une compensation unilatérale à quiconque dans le monde » (IBN).  L’injustice subie par un sujet est une énergie qui motive à un « effort pour rééquilibrer », au risque de  contribuer à une nouvelle injustice.

 

Le gain de donner, traduit en « mérite », est une plus-value éthique, facteur de motivation.

« Le mérite gagné est un co-motivateur d’actions » (IBN) .« Plutôt qu’opposer, comme seule alternative, l’égoïsme et les intérêts personnels à l'altruisme noble, on pourrait dégager une autre possibilité, le  gain personnel procuré par l'attention portée à autrui… Recevoir en donnant sert l'intérêt de celui qui donne et devient une force de motivations » (IBN 1994).

Maintenir une sollicitude, aider quelqu'un revient au sujet sous forme d’énergie. La légitimité « mobilise  l’individu », «l'acquisition de retour indirect fait fonctionner l’individu », elle libère de l’inhibition dans la relation à soi-même et aux autres. Les justifications énoncées d’une légitimité destructrice peuvent freiner de nouveaux déploiements  de motivation à la vengeance.

La motivation se décompose en différents ingrédients : éléments de besoins et de pulsions, éléments psychologiques (D2),  éléments de légitimité (D4).