La balance de l'équité ou la réciprocité sans équivalence

 

Les relations entre les membres de la famille sont traversées par une éthique dite relationnelle toujours « déjà là ». Elle n’énonce aucun précepte ni n’édicte de norme. L'éthique relationnelle ne formule pas de sentences normatives pas plus qu'elle ne professe des idéaux ou un bien suprême. L'éthique relationnelle est une justice immanente à la vie en relation, elle signifie que chacun a le droit à ce que ses intérêts personnels soient pris en compte de façon équitable et multilatérale. Les thérapeutes contextuels travaillent sur cette «conviction que les membres d'une famille gagnent des relations de confiance lorsqu’ils ont une préoccupation pour les équilibres relationnels, le  souci de juste distribution des fardeaux et des héritages relationnels, lorsqu'ils donnent du crédit et tentent retours responsables»

 

Nous ne pouvons nous empêcher de penser nos relations entre proches, en termes de justice et d’injustice, d'attente d’équité et de réciprocité pour donner et recevoir . Ceci est aussi vrai pour les enfants, insiste en permanence Boszormenyi-Nagy: comment  les adultes peuvent saisir ce que signifie pour un enfant de penser qu’on lui doit beaucoup voire tout,  de penser être le créancier de ses parents ou de se représenter en dette ? 

Les sujets ignorent en grande partie les comptes qui les guident à leur insu dans les nœuds relationnels de la famille. Se travaille en entretien une lecture rétrospective en commun  du « grand livre » autour de la balance des blâmes, des reproches et manquements sur un première colonne, et sur une autre les apports et les avances. Le consultant doit maintenir en permanence la question autour de l’oscillation des plateaux de la balance entre les deux partenaires. 

L’équité est le fondement dynamique des relations viables et durables, formule Boszormenyi-Nagy;  elle est un défi permanent au sein des relations familiales. Elle n'est pas à confondre avec un feed-back, une réciprocité immédiate, une égalité sans pitié, un paiement comptant pour être quitte sans projet ni espoir de construire de la confiance sur du long terme. 

Le crédit, la reconnaissance accordée, l'approbation du reçu autorisent un décalage  entre le donner, le rendre et le demander. Il freine la réciprocité immédiate sans nuance où le contre-don se résume avant tout à rendre coup pour coup dans un refus absolu d'être en  dette. 

La capacité d'évaluer les relations en terme de réciprocité est tâche difficile. A un moment ou un autre aucun partenaire ne peut s'épargner un type de dialogue sur l'équilibre des comptes relationnels au sein de sa famille et de ses lignées. Cet examen partagé sur l'équilibre des comptes relationnels ne va pas sans un mal à dire.

Les interventions du consultant ont pour objectif de rechercher un lien plus équilibré entre les uns et les autres, une juste réciprocité gage de confiance et un rapport pacifié à soi-même. Ce qui veut dire simultanément que  compter et  mesurer permet de se différencier, de se démarquer des autres de la famille et ainsi de se subjectiver.

Quelle est la manière de donner qui laisse à l'autre l’opportunité de (re)donner ? « Je te donne surtout pour que tu ne me donnes pas et que je ne sois pas en dette » serait  le slogan d'un sujet qui veut monopoliser un don unilatéral. On donnerait en famille, non pas pour recevoir mais pour que l'autre donne à son tour. Faut-il, alors s’assurer que le proche puisse donner à son tour et être attentif à ses répliques?

Ce droit à la réciprocité accordé au partenaire et à l'enfant procure la capacité de donner à son tour. 

Jusqu'à quel point êtes-vous capable et vous paraît-il souhaitable de donner en retour dans la relation à….?

Existe-t-il une guerre du don, un potlach  permanent? Existe-t-il une réciprocité implacable au sein de la famille.  Personne ne voulant être en reste,  tout don appelant un contre-don immédiat.

Avez-vous (re)donné davantage que vous n'avez reçu dans la relation à…..?

Êtes-vous dans la situation où votre partenaire donne toujours plus que vous pouvez lui donner ?

Est-ce qu'il y a quelque chose de blessé, d'injuste, quelque chose qui fait mal dans votre relation à votre conjoint(e)?

Avez-vous reçu un retour de votre engagement, (investissement) dans la relation à…. ?

Votre enfant doit-il apporter (ou apporte-t-il)  sa réussite..(scolaire, professionnelle, familiale etc.) comme paiement de ce que vous avez fait pour lui?

Voudriez-vous que dans tel aspect ( sexualité, argent, temps consacré aux loisirs, aux enfants) de la relation à votre conjoint,  les choses soient plus équilibrées? 

Dans cet aspect-là …..de la relation avec  …., est-ce qu'il y a quelque chose d'équitable?

Êtes-vous dans une relation fluide dans le donner et le recevoir avec… pouvez-vous nous aider avec des exemples précis?

Entre-vous, pouvez-vous être dans rapports fluides, reciproques autour de ce que vous pouvez donner et recevoir, l'un peut-il s'appuyer sur l'autre lui donner et recevoir inversement ? Je vais d'abord posé la question à F puis à H

Dans les relations à….( tel proche), êtes-vous dans une relation fluide pour accorder votre  confiance et recevoir sa confiance? Votre lien a-t-il quelque chose d'équitable?

Dans les moments où vous êtes injuste avec........., y a-t-il l’idée qu’il sera possible de rétablir plus tard des relations équitables?

 

« Dans une situation où vous vous blâmez où vous vous faites des reproches…. est-ce quelque chose qui n'affecte que vous-même ou qui porte atteinte à un autre ? »

Quand vous parlez d'injustice,  voulez-vous dire que votre conjoint(e) peut beaucoup mais donne peu?

Où serait le risque d'une absence de retour dans votre relation à… ?  Qui prendrait ce risque?

L'enfant contemporain extrêmement soutenu se dévoue-t-il à une réciprocité sans bornes avec ses parents?

Avez-vous eu à protéger vos enfants avec la même détermination que celle qu’ils déploient pour vous protéger ?

Protégez-vous vos enfants de la même manière qu’ils vous protègent?

Qu'est-ce que donner, quand il y a possiblement une absence de retour comme par exemple un enfant gravement handicapé ou un parent extrêmement âgé? Dans ce cas de figure, est-ce seulement en donnant que l'on reçoit?

Pour vous, dans la relation à ….. avez-vous la  possibilité de recevoir?  Etre en lien ne passe-il que par le fait de donner? 

Y a-t-il autant de difficulté à recevoir de manière équitable que de donner de manière équitable dans la relation à…?

Quel serait le critère dans les relations particulières de la  famille de l'exigibilité d'un retour?

La requête est-elle le pivot de contentieux anciens avec un partenaire de l’enfance (ardoise pivotante), un procès en indemnisation d'une relation du passé basculé sur une relation qui n'est pas concernée par cette injustice?

Y a-t-il des difficultés à demander de manière équitable, à faire une requête à votre conjoint?

Y a-t-il le risque d'une absence de retour dans votre relation à ..... ?

Quelle est la nature de ce que vous recevez et que vous ne pouvez pas (re)donner?

Formulez un exemple de quelque chose qu'un tel…. vous aurait pris et aurait donné à quelqu'un d'autre?

Est-ce que vous voyez votre proche comme une personne ayant besoin de recevoir et peu de rendre?

Qu'est-ce qui fait que …. ne voit pas l'absence de retour de tout ce qu’il (qu’elle) vous donne?

Dans votre difficulté de recevoir, y-a-t-il l'idée qu'il y aura une dette, quelque chose à rendre, qu'il y aura du souci pour rendre?

La satisfaction dans la relation à. …. est-elle dans le fait de donner, dans le retour ou dans le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien?

Comment dire quelque chose  de l'incommensurable du compte relationnel ? Quelle est la tentation d'un sujet: faire un retour immédiat par une « indemnité compensatoire » ou faire un nouveau don? Dans la maturité  de l’œuvre l’axe essentiel de la thérapie n'est plus de chercher une compensation, une redevance à un préjudice, mais d'ouvrir des opportunités de donner.

Comment enfant avez-vous donné plus que vous avez reçu dans les diverses relations avec vos proches?

Qu'est-ce qui fait que vous vous préoccupez de vos parents, alors qu'ils vous ont… (non reconnu, abandonné, négligé, maltraité)?

Si vous aviez des pas à accomplir pour faire évoluer votre relation à...., serait-ce en recevant, en limitant vos dons ou au contraire en donnant davantage?

Vous arrive-t-il de vous défendre vous-même de trop donner dans la relation à….pouvez-vous formuler un exemple?

Quand et à partir de quoi avez-vous eu l'occasion de « rembourser » quelque chose à vos parents?

En quoi avez vous l'impression que votre enfant se dédouane-t-il envers sa mère  son père?